‹ L'Elvire de Lamartine;Chapitre 15 sur 15 · SUR LA MAISON DE CHARLES A BEAUGENCY · texte numérisé non relu

SUR LA MAISON DE CHARLES A BEAUGENCY

On lit dans le Temps du 9 juillet 1889, sous ce titre : Billet du matin :

G..., 8 juillet.

Je suis sûr, ma cousine, que vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi la vieille maison que j'habite (*) s'appelle la « mais£)n Charles ». Eh bien, je vais vous le dire, même si vous n'êtes pas autrement curieuse de le savoir.

Elle s'appelle la maison Charles parce quelle a appartenu à Charles et que Charles s'y est réfugié pendant la Terreur.

Qui cela, Charles ?

Charles (Alexandre-César), né en 1746, mort en 1823, est une gloire de chez nous. Son buste

(' ) A Beaugency.

est à la mairie de mon cliel-lieii de canton, où il décore la cheminée de la bibliothèque municipale. Charles fut membre de l'Académie des Sciences. Il était physicien de son état. Je sais, depuis que je suis au monde, qu'il perfectionna les ballons et qu'il eut le premier l'idée de les gonfler avec de l'hydrogène. Voilà!

Ma maison n'est pas belle; ce n'est qu'une grande maison de paysans. Mais il y a, au premier, une chambre assez vaste, avec une large fenêtre, d'oii l'on voit de beaux prés et, à l'horizon, de l'autre côté de la Loire, la ligne bleuâtre des bois de Sologne. J'étais très ému jadis en songeant qu'un homme aussi considérable que le physicien Charles n'avait pas dédaigné d'occuper cette chambre où je couchais.

Un jour, mon émotion et ma fierté redoublèrent.

Voici pourquoi (je fais beaucoup de paragraphes pour soutenir votre attention) :

Je venais d'apprendre que la créature idéale rencontrée par Lamartine au lac du Bourget, célébrée dans les Méditations sous le nom d'Elvire, et sous le nom de Julie dans Raphaël, n'était autre que la jeune femme du physicien Charles, remarié sur ses vieux jours.

Ainsi, Elvire avait peut-être dormi dans mon

alcôve ! Julie s'était peut-être accoude'e à ma fenêtre! Les arbres de mon jardin s'étaient peutêtre reflétés dans les yeux que Lamartine aimait! Je couchais» approximativement » dans le lit du grand poète? Quel honneur, ma cousine! Je ne fus pas éloigné de croire que la Providence avait des vues sur moi, et c'est alors que je fis mes premiers mauvais vers.

Malheureusement, je voulus m assurer de mon bonheur, je m'informai et j'acquis la triste certitude que le physicien Charles n'était pas revenu sur notre coteau depuis le séjour qu'il y avait fait en 1793 (époque où il n'avait pas encore épousé Elvire-Julie) et que, par conséquent, rien de l'âme de Julie-Elvire, absolument rien, ne pouvait flotter dans la vieille chambre...

La désillusion fut rude au premier moment. Maintenant j'y suis fait.

Je rentre à Paris, ma cousine.

(') Ces Billets du ynatin furent signés dans le Temps de la lettre T. L'auteur, M. Jules Lemaitre, en publia plusieurs dans la 5® série des Contempoi^ains (1802, ia-\8); celui du 9 juillet n"a pas été admis dans ce recueil.

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