PRÉFACE
Ce volume est la suite naturelle du petit livre, consacré à VEmbryoIngip générale, que j'ai publié voici un an. Ce dernier est une introduction au présent ouvrage, comme il en est la conclusion. Dans un sens, il indique les phénomènes généraux du développement: dans l'autre, il monire de quelle manière ces données découlent des faits particuliers, et comment elles permettent de s'élever à des vues d'ensemble sur la façon dont les aniuuiux arrivent à édifier leur organisme.
Aussi était-il inutile d'écrire à nouveau des notions prélimir naires, déjà exposées d'après la méthode employée dans cette Embryologie comparée. Le chapitre, ("onsacré à la classification, qui termine VEmbryologie générale, est la base du volume actuel : les embranchements sont examinés, les uns après les autres, dans les diverses manifestations de leur développement. Les modes variés, suivis dans leur reproduction par les êtres qu'ils renferment; le façonnemeni de leurs feuillets, qui seuls con.stilucnl l'économie à son début : les formes successives présentées parleurs embryons, sont signalés d'après leur ordre d'habitude.
L'organogénie a été mise de côté. II suffisait d'indiqucu', afin de se conformer à l'esprit de cf't ouxragc les procédés usités dans l'évolution pour' engendrer les appareils et les régions du corps, sans insister sur les nio\cns (jui convertissent ime ébauche oigani(ine en mi s\stèiiie di'lliiilil'. dette dernière (''tiide es! l'Iroilenu'iii
liée àccllc (le l aiialdiiiic. cl ne [iciil en clic rcliiiiiclicc. l^cs ressemblances sont grandes, souvciil. cnlic iilii>iiMii's dos dispositions ollcrtes |)ar rcinlii\nn diiii cire supérieur, et celles de 1 adnltc d'un èti'c iMdins élevé, apparlcnanl au inèuic cudtranchement. Il est nécessaire, pour saisir nettement les liaisons des fonucs. de ne point séparer l'un de l'antre ces deux côtés dun fail nni(|iu'. De telles notions ciiniplémentaires appartiennent à la m<iipli(»logie siricle. et aussi à celle niorphogénie compai-ée. qui a élé l'ondée par E. (iedH'iox Sainl-llilaire lorsqu'il assimila, pour la première fois, le crâne il un endir\nn de ^'crlél)ré su|iérieur à c(dni d'un \'erléhré inl'éricnr ailnllc : elles seront exposées dans un pi-dchaiu Aolnmc.
Cependant il a édé parfois m'ccssaiic de dé'passer (pu'lque peu ces limites : sciil dans le cas (u'i la science achudle ne peut se prononcer sur l'origine réelle des organes, à cause des contradictions des auteurs; soit dans celui où les appareils de l'économie, étant d'une structure très simple, ont fort peu à elfectuer pour se dégager des premiers linéaments de l'embryon. Ce dernier fait s'est présenté pour la plupart des Cœlentérés, (|ui soid les moins élevés des animaux pluric(dlidaires ; le premier pour les Arthropodes et les Tuniciers. Partout ailleurs, alin de conserver son unité à 1 ouvrage, les bornes précédemment indiquées n'ont pas été franchies.
Mon but. en préparant et écrivant ce livre, n'était pas de publier une sorte d'encyclopédie embryologique, ou toutes les observations de tous les auteurs seraient résumées. J'ai voulu exposer l'état pr-éscnl des choses ac(piises. louchaid le développement des animaux, et mettre en lumière les données saillantes. J'ai cherché, avant tout, non pas seulement à signaler les notions prédominantes, mais à poser chacime d'elles en sa place, et à indiqu(M'. \ydv cela surtout, connnenl elle se raccorde à celle qui la précède et à celle qui la suit. Sans faire la ])hilosophie de la science, déjà traitée dans I h'//i/i>'f/(i/(i;/i(' i/(''/iér'i/c, j'ai tàidn'' de uionlrcr comuienl cette philosophie s'établit d elle-mènu', par la siui[ile (dm|)arais(ui des ct)rps, de leurs (pialilés dans le Icnips cl dans l'espace. Les formes
PRKFACE Vil
(les animaux sont éliditciiu'iit lices entre elles; la nature [H'ogressc en allant du simple au complexe, par une ditférenciation ernissante, eoniHi^xe à la divisimi du liavail physiologique : ce douhlc piinci[ie de liaison et de progrès continus, liase de lonte l'histoire naturelle, dû à M. 11. Milne-Edwards, s'aflirnie ainsi d'une manière irréfutable, et s impose à l'esprit comme l'expression la plus élevée et la plus complète de la philosophie des sciences biologiques. Les faits seuls, tels que nous les connaissons de nos jours, suffisent à l'établir, et sont exposés en leur lieu, sans aucune aide de théories particulières.
Il était indispensable, afin d'arriver à ce résultat, non seulement d'indiquer les formes successives des endjryons des animaux, mais encore de figurer les plus im[)ortantes d'entre elles, pour fixer les idées. Il fallait même, à cause de la complexité fréquente de ces formes, les simplifier d'abord, en les ramenant, d'une manière diagrammatique, aux solides fondamentaux, et les représenter ensuite dans leur réalité, telles qu'elles existent avec leurs contours extérieurs et leur structure intime. Sûrement cette illustration, telle que je la concevais, serait restée à l'état d'indications, si je n'avais trouvé une aide précieuse en la personne de mon préparateur, M. Léon .lammes. Ce collaborateur dévoué a lùen voulu nu'ttre à ma di-sposition sa science de naturaliste et sa grande expérience du dessin; il n'a épargné ni son tenqjs. ni sa peine. Tous les procédés employés aujourd'hui, grâce aux perfectionnements de l'outillage contenq)orain, ont été utilisés, en cherchant parmi les plus simples d'entre eux. atin de ne point surcharger les figures, de les rendre compréhensibles au premier coup d'œil, et de leur conserver leur relief. .M. .lammes s'est acquitté de sa tâche en véritable artiste; et ceux ipii l'euilleteront ce livre, même sans aucune préoccupation de ce ([u il contient d'autre part, seulement en vue du dessin lui-même, seront de mon avis.
Les figures, se i'a[qiortaiil à un même ordre de faits, sont grniipres en planches. Cdnicime des premières est enidurée [)ar sa légende .spéciale, éeiite sans ahrévialions : el chaeniie des secondes s aecom|iagni' dune N'gcnde générale, deslini'i' à signaliT les pi-iii-
VIII l'ItKlACE
cipales des nutiims iiioiilrrcs |iai' les dessins. Cette illustration, considérée en elle-même, est une sorte de second livre, (jui expli([ue, sous une forme conerète et très accessible, les données exposées dans le texte. De plus, un court résumé termine chaque chapitre. Tout mon souci a été de ne laisser aucune obscurité dans l'esprit du lecteur, et de lui faciliter sa tâche, autant qu'il est possible. — Un tel volume, ainsi muni d'annexés aussi importants pour le résultat à fournir, était d'une grande délicatesse de composition. La librairie C. Reinwald et C'% déjà estimée à juste titre pour les soins qu'elle met à la préparation de ses livres, n'a j)oint failli à ses traditions, malgré des diflicultés de toutes sortes; je prie mes excellents éditeurs d'en accepter mes vifs remerciements.
Tel qu'il est, cet ouvrage me parait répondre, et à l'esprit philosophique de la biologie moderne, et à la préoccupation de ceux qui veulent savoir le comment des choses : étudiants et curieux de la nature. Du moins, je l'ai écrit dans cet esprit, et j'ai consacré à atteindre ce but tous les efforts dont je suis capable.
D"^ Louis UoLLE.
février 1S94.
TAliLE MiaHODIUlE DES MATJÉKES
Embryologie des Protozoaires Sarrodaires.