DÉCÈS
de la mère
Total : G décès des mères pour 334 naissances. A Haïphong, 179 couches constatées, 5 décès de
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l'effet de celte transformation sur nos mœurs et notre vie nationale.
Dans les colonies, ce sera une vie décente et digne ; ce sera la fixité et le calme remplaçant la mobilité et l'agitation; au lieu de gens impatients du résultat, plantant leur tente, travaillant fiévreusement pour gagner de quoi retourner vivre en France, ce seront des ménages établis à demeure, travaillant avec ténacité, mais demandant la collaboration du temps, fondant des établissemenls qu'ils transmettront à leurs enfants, et n'envisageant pas le retour en France comme le couronnement nécessaire de leur vie. Quelle transformation et quelles causes de richesse et de bonheur !
Il y a un autre élément dont nous devons tenir compte et qui exercera sur les colonies une influence énorme : aussitôt que les Français ne sont plus sur la terre métropolitaine, la fécondité naturelle de leur race reparaît. Vous savez que les Franco-Canadiens, au nombre de 3 millions, sont les descendants des Normands, précisément de ces Normands qui voient, à l'heure actuelle, décroître si rapidement leur nombre. Vous savez de même, qu'en Algérie, dans cette Algérie peuplée en grande partie par des départements du sud de la France où la natalité diminue, l'élément français a plus d'enfants que les reprc-
sentants de n'importe quelle autre nationalité, à l'exception des Espagnols. Dans nos familles françaises métropolitaines, le nombre des enfants est en moyenne de 2 et quelque chose; en Algérie, cette moyenne est de 4. Je dis donc que, dans nos colonies, la natalité aidant, la population française augmentera largement; peut-être arriverons-nous à fonder ces nouvelles Frances qu'avait entrevues Richelieu; et, qui sait! dans un siècle ou deux, peut-être faudra-t-il y créer des sociétés qui auront un but contraire à celui que nous poursuivons aujourd'hui et qui ramèneront dans la métropole la population surabondante des colonies.
De ce mouvement d'émigration et de peuplement peut encore sortir une autre conséquence qu'aucun Français ne saurait envisager avec indifférence : notre langue française se répandra dans le monde ; les pays les plus lointains s'imprégneront du génie de notre pays; nous pourrons lutter, encore avec désavantage, mais déjà avec plus de chances qu'aujourd'hui, contre ce grand envahissement de l'anglais, de l'allemand, du russe, même de l'espagnol.
Les colonies nous serviront d'immenses champs d'expérience où de magnifiques et d'utiles essais pourront être tentés; c'est ainsi que les colonies
australiennes ont été, à plus d'un égard, un champ d'expérience pour les Anglais.
Et enfin, pour nous comme pour nos rivaux, les colonies seront de véritables écoles d'héroïsme. Voyez ce qui, dernièrement, s'est passé au Cap. Nous parlons avec mépris et avec colère d'un Jameson et d'un Cécil Rhodes. Et, au point de vue moral, il est asssuré que ces gens-là sont des flibustiers et des forbans, mais il faut avouer qu'il y a en eux des réserves extraordinaires de vie, d'énergie ; et l'on comprend, malgré tout, qu'en Angleterre, même après les condamnations qui ont pu les frapper, le peuple les acclame, parce qu'il voit en eux des représentants, à certains égards éminents, du formidable génie anglais. De pareils hommes n'auraient pu vivre et s'épanouir dans la métropole; il a fallu, pour que cette puissance et cette énergie se pussent donner libre carrière, la vie large des colonies. En retour, le spectacle des choses, contestables au point de vue moral, mais puissantes et impressionnantes qu'ils ont tentées et accomplies, retentit sur l'opinion de la métropole et entretient dans les générations grandissantes le goût de l'aventure, l'esprit d'initiative et l'héroïsme.
Et chez nous aussi les colonies sont une école d'héroïsme. N'avons-nous pas eu un Jean Dupuis
DISCOURS DE M. ClIAILLEY-BERT. 61
pour nous donner le Tonkin; un Bonvalot qui, abandonnant la vie facile offerte en France, passe plusieurs années en Asie et repart demain en Abyssinie? Et tant d'autres qui ont agrandi sur la carte le domaine de notre pays et dans le monde son renom ! Ces hommes nous donnent des exemples d'énergie, et leur histoire recueillie et racontée partout façonne le cerveau et \e cœur de nos enfants. Us nous préparent ainsi des réserves inestimables de vie et d'activité; ce sont de tels hommes qui gardent à la France sa place dans le monde : des générations, anémiées dans la douceur de la vie métropolitaine, seraient peut-être incapables de la lui conserver.
Je tiens à ajouter que la colonisation, peut-être seule, nous offre un terrain commun où toutes les discordes doivent s'apaiser. Je me souviens d'avoir, il y a longtemps déjà, entendu des hommes politiques déclarer que les fonctionnaires de nos colonies ne sauraient être choisis au concours, parce qu'au concours ils arrivent en vertu de leurs mérites et qu'on pourrait être forcé de confier même des fonctions politiques à des hommes que leur convictions ne rattacheraient pas au gouvernement actuel de leur pays. Cette opinion semblait assez raisonnable. Est-ce qu'on irait nommer préfet un ami fidèle des régimes déchus?
Au fond, cette opinion était erronée. Ceux qui ont vécu aux colonies savent que là-bas il ne subsiste aucune divergence politique ou religieuse, que l'on ne s'y préoccupe que d'une chose, la grandeur du pays natal, et qu'après avoir, le long de la route qui d'Europe mène à nos plus lointaines possessions, vu flotter, partout où l'on fait escale, le drapeau anglais, on n'a plus qu'un seul désir : faire qu'un jour, dans ces régions, le drapeau français soit le rival heureux du drapeau anglais. Au lieu de s'éniietter et de se perdre dans des discordes ridicules, on n'a plus que l'unique souci de la gloire et de la grandeur de la France.