‹ L'émigration [microforme]Chapitre 2 sur 10 · L'ÉMIGRATION EST DEVENUE UNE CHOSE NÉCESSAIRE · texte numérisé non relu

L'ÉMIGRATION EST DEVENUE UNE CHOSE NÉCESSAIRE

On ne saurait le nier, beaucoup de peuples de la vieille Europe, et notamment les Belges, ont bcsoin de chercher au dehors des ressources qu'ils ne sauraient plus trouver dans leur patrie,

Une crise générale et dont nul ne saurait prédire le terme, éprouve depuis longtemps le commerce, l'industrie et l’agriculture belges. Je ne viens pas discuter ce fait ni en rechercher la cause, je me contente de le constater,

Peut-être bien pourrais-je indiquer un remède au mal, sinon pour tous les pays et pour toutes les classes de la société, du moins pour quelques failles ou pour quelques individus. Ce emède, je l'ai nommé en tête de ce chapitre : c'est l'Émigration.

L'Émigration !.…., pour beaucoup, ce mot veut dire exil, tortures morales et physiques sans nombre, acte de désespoir, suicide, Avant de songer à l'émigration, les Belges attendent ordinairement qu'ils ne soisut plus capables d'émigrer dans de bonnes conditions,

L’industriel jette un coup d'œil désespéré sur sc usine déserte, sur ses bureaux inutiles, et su son coffre-fort vide. Pendant des mois et des années, il a soutenu une lutte inégale contre la concurrence étrangère, il a disputé le terrain pas À pas, il ne s'est avoué vaincu qu'après avoir sacrifié ses dernières ressources. L’homm naguère riche et puissant est devenu pauvre et faible ; habitué au luxe et aux jouissances, il songe avec effroi à la misère et aux privations qui l’attendent. Et comme un malheureux qui veut en finir avec l'existence, il s'écrie : “Je veux émigrer !”

Le négociant ne parvient plus à faire honneur à ses affaires. Toi des sociétés puissantes vendent en détail des marchandises à des prix inférieurs au prix de fabrique, Là, l’honnête marchand a pour voisins des chevaliers d'industrie qui, ne payant pas leurs fournisseurs, trouvent le moyen de s'enrichir en affichant des prix qui devraient appeler sur eux l'attention de la justice. Les braves gens succombent ; mais

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avant de songer à chercher ailleurs une meilleure position, ils attendent que leur ruine soit complète, Quand il lour rest: à peine assez d’argent pour payer leurs frais de voyage, ils äéclarent que l’émigration

| seule peut les sauver.

sn Il y a une vingtaine d'années, lorsqu'il y avait en Beigique, et surtout dans les Flandres, uns: ferme ou une pièce de terre à louer, les amateurs arrivaienut en rangs serrés. Beaucoup de cultivateurs, en vue d'étendre leur exploitation, faisaient aux propriétaires les offres les plus exorbitantes. Les propriétés foncières avaient acquis uae valeur inespérée et inexplieable. Mais aujourd’hui, que voit-on?... Je cunnais dans les Flandres et dans le nerd de ja France, beaucoup de fermes inoccupées et plus d’un propriétaire est forcé de reboiser ses terres dont le défrichement lui coûta des sommes énormes. Combien n'y a-t-il pas

° de cuitivateurs, en Belgique et en France, qui, non-serlement re par-

viennent plus, comme on dit, à joindre 128 deux bouts, mais qui cons-

tatent à la fin de l’année qu’ils se trouvent dans l'impossibilité la plus

absolue de payer toutes l‘urs dettes 7.

Pauvres gens! Depuis le comm ncemont d: l’anné: jusqu’à la fin, depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, iis travaillent, ne s’uccor-

c dant que la nourriture et le repos strictem nt nécissaires, se rfusart pour aïnsi dire, tout: distraction, évitant comm: un? mauvaise action | tout dép2ns: dont la nécessité n'ait pas été discute: et prouvée. Par : moments, le laboureur s'arrête au milisu d: ses pénibles travaux, s’é- | ponge le front et songe aux pays lointains où des terres fertiles, ven- 60 dues à bas prix, promatt ut à l'homu: couraz:ux ot intilligoat un sa- | laire rémanératour. Ou bien, l: soir, à ia voillée, il parle avec ss s k vaisias d’un ami commun qui a trouvé, là-bas, de l’a: tre côté de l'O- c céan, l’abondauve ct la paix. Et alors ce terrible mot : émigration, est Le sur toutes les lèvres, Je dis ce terrible mot, car, quelle siguification lui ( | donne-t-on ?...L'Emigration n'est-elle pas considérée comme un remide s | "4 violent contre un mal sars espoir ?

à On souffre, il faut bien l'avouer ; comme un chancre dévorant, la l plaie hideuse des dettes s élargit continuellemest, Le propriétaire perd ] » patience et les fournisseurs ne font plus erédis. L’écurie et les étables L se dépeuplent, les-granges et les greniers «ont vides. L'héritage pater- | e

aol s'en va lambaau par lambau et la misère arrive à grands pas. Ce c

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