‹ L'émigration [microforme]Chapitre 4 sur 10 · IT OU FAUT-IL ALLER · texte numérisé non relu

IT OU FAUT-IL ALLER

Il est peu de contrées favorables à la colonisation belge, cù je ne compte au moins ua ami et un correspondant. D'après ce que ceux-ci m'écrivent, je puis dire que chèque pays À ses inconvénients et ses avantages,

Loi le climat est très-doux, les forêts sont d’un: bsauté incomparable et les plaines, arrosées par ds fauves majestueux, offrent à l'œil un spectacle dont on n ; sa fait pas d'idée dans notre vieille Europe. Mais css belles forêts servent d’asiles à des reptiles vénimux ou à dos fauves toujours avid?s d5 chair humaine, Ces flauvs sortent de lunr lit et détruisent on qulqu?s houres les récvit:s, espoir du labouren-, les habitations, Ls grangs, les écuries et les étables.

Là, des plaines immenses dont l'œil humain ne saurait mesurer l'étendue, nourrissent des troupearx innombrables et permattent au laboureur d’amasser en pou de temps une grande fortune. Mais le feu des prairies tient parfois réduire à la misère le colon le plus riche, où l’Indien insoumis vient détruire ses récoltes, enlever ses troupeaux ou massacrer sa famille.

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D'autres contrées sont ravag’fes par les sauterelles, éprouvées par la sécheresse, par les cyclones, par les ouragans. Nul pays au monde, pas même ceux qui possèdent des mines d’or, d'argent ou de pierres précieuses, dont on puisse dire: ‘“ Voilà enfin un coin du Paradis Terrestre !”

Et cela on le dira, à première vue, beaucoup moins du Canada que des autres contrées du Nouveau-Monde. Une épaisse couche de neige pendant les longs mois d'hiver, des défrichements inachevés, des terrains couverts de pierres, des cabanes en tronvs d'arbres bâtis au milieu des prairies brûlées par le soleil, ne sauraient donner à certains coins du pays un aspect bien riant. Mais quand on parcourt les vieilles paroisses, quand on visite les contrées où de nombreuses familles de cultivateurs ont corrigé pour ainsi dire ce que la nature avait de trop sauvage; quand on a vu l’aisance dont jouissent tous les campagnards courageux et intelligents; quaud on a constaté combien il est facile au Canada de vivre en paix, sans luttes politiques, sans haines de parti, sans persécutions religieuses, alors on se dit que parmi tous les pays ouverts à la colonisation, le Canada est peut-être un des meilleurs.

Je le sais bien, ici l'hiver est long et rigoureux ; mais on le supporte facilement et jamais je ne me suis si bien porté que depuis mon établissement au Canada. Ensuite, aussi longtemps que ce pays ne sera pas déboisé, et il ne le sera pas avant des centaines d'années, l’hiver sera pour le bûcheron-défricher, un puissant auxiliaire, un allié fidèle. Dès que la neige arrive, les chemins les plus mauvais deviennent excellents et la glace jette des ponts sur tous les cours d’eau, sur tous les lacs. On transporte alors facilement à l’aide de traînaux, les plus fortes charges et le campagnard peut vendre aux habitants des villes le bois de charpente et de chauffage qu’il a bûché lorsque les travaux des champs ne le retenaient pas.

Toutes les terres canadiennes ne sont pas également fertiles, mais quel est le pays qui ne possède des contrées inarécageuses, des lardes, des steppes, des t:rres impropres à la culture ? Il n’est pas ici une seule propriété qui, vu le bas prix auquel on peut l'acquérir, n'offre des avantages réels à son propriétaire.

Qu'on ne s’y trompe pas: le pays le plus favorisé du monde, ls terre la plus fertile, ne produiront rien sans que l’homme y mette la

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main. Nous avons beau faire, nous n’échapperons jamais à la sentence prononcée contre notre premier père : “ La terre sera maudite à cause de ce que vous avez fait, et vous n’en tirerez de quoi vous nourrir qu’avec beaucoup de travail.” :

‘le ne crains donc pas de dire aux eultivateurs belges: N'attendez pas que votre ruine soit complète pour vous décider à quitter un pays où vous luttez dans de très-mauvaises conditions contre l’envahissement de plus en plus éminent de la misère. Venez au Canada, achetez-y une propriété, travaillez, évitez. les dépenses inutiles et vous ne serez pas sans pain dans vos vieux jours, vous songerez sans inquiétude à l’avenir de vos enfants,

Je recommande le Canada, parce que ce pays me plaît et que mon travail m'y procure de quoi vivre honnêtement; cela veut-il dire que je critique ceux qui dirigent leurs pas vers l’une ou l’autre contrée des Etats-Unis ? Loin de moi cette pensée! Je prêcke la colonisation comme ua moyen d'échapper à la misère, mais, quelque soit le pays où l’émigrant voudra planter sa tente, je ne chercheraï jainais à l’influencer.

D'ailleurs, je le répèterai encore bien souvent : pas un pays au monde ne donnera une position aux émigrants, L'aisance et la fortune doivent s’acquérir par le travail et l’économie, Puis, on ne doit jamais compter sur un succès, quand on commence sans ressources. C’est toujours comme dans certain opéra : ‘“ Pour gagner de l'argent il faut de l’or, pour gagner de l'or il faut de l'argent.”

Cela est vrai au Canada comme dans tous les pays de la terre,

Je me fais un devoir de rappeler ici à tous ceux qui auront le courage d'entreprendre le grand voyage, ce que m'écrivit en 1382, un Evêque colonisateur des Etats-Unis :

“ I faut bien vous mettre en tête que tout n’est pas de la poësie ; ‘il y a des difficultés, des ennuis à rencontrer dans les nouveaux pays. “ Un bon colon est celui qui a du courage et qui sait attendre les ré-

‘ sultats. Ceux qui veulent la fortune immédiatement, sont surs de se ‘ décourager.”

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