SON ÉVOLUTION SOCIALE ET POLITIQUE
nistratifs d'une cité ne pouvait assurer la satisfaction des intérêts politiques et administratifs d'un grand État territorial; aussi cet organisme disparutil peu à peu; il se forma et se développa un nouvel organe politique : l'empereur, et un nouvel organisme administratif: l'administration impériale (1).
L'empereur et la fonction impériale. — Lès conditions requises pour être nommé empereur se simplifièrent avec la décroissance de la puissance du sénat, avec le développement de l'œuvre d'unification de l'empire et avec les atténuations apportées peu à peu en droit aux anciennes distinctions sociales et politiques.
Tout d'abord, pour être élu empereur, il fallut avoir été sénateur. A partir de Macrin (217) cette condition disparut. A partir de Caracalla (211-217), qui donna le titre de citoyens à tous les habitants de l'empire, tout homme libre de l'empire (2), même de la plus basse extraction (3), put monter sur le trône impérial. A partir de Dioclétien, qui descendait d'un esclave, les empereurs purent étro d'extraction servile.
En réalité, dans l'empire romain, jusqu'à la sépa-
(1) Afin de faciliter la compréhension des organismes politique et administratif de l'empire byzantin qui dérivaient étroitement des organismes politique et administratif romains^ il est indispensable de jeter un coup d'œil sur ceux* ci.
(2) Les successeurs de Caracalla, Macrin, Ëlégabal, étaient originaires l'un de Numidie, Tautre d'Asie.
(3) Maximin (235) était un Thrace, Goth d'origine, qui, dans sa jeunesse, avait gardé les troupeaux. Aurélien (270-275J était de plus basse extraction.
ration définitive en deux empires, les empereurs qui montèrent sur le trône autrement que par adoption ou par hérédité étaient avant leur élection de hauts fonctionnaires civils ou militaires : sénateurs, consuls, proconsuls, préfets de Rome, préfets du prétoire, généraux (1).
Dans l'empire d'Orient et ensuite dans l'empire byzantin, tout citoyen, même de l'origine la plus humble (2), put arriver au trône impérial; mais une condition de plus que dans l'empire romain fut imposée : il fallut être chrétien. En réalité, les empereurs qui parvinrent au pouvoir autrement que par adoption ou par hérédité remplirent avant de hautes fonctions civiles ou militaires (3).
(1) Pertinax (i93) était préfet de la ville à la mort de Commode. Avant son avènement, Didius Julianus (193) érnit sénateur. Septime Sévère (193-211) était général commaïui.int les légions de Pannonie. Macrin (217-218) était préfet du prétoire. Maximin (235) était général. Gordien V' était proconsul. Maxime et Balbin avaient été consuls. Philippe (244) était préfet du prétoire. Dèce (249) était sénateur. Valérien (253) était censeur et commandait les légions de Gaule et Germanie. Claude II (268) était général. Aurélien (270) était général. Tacite (275) était sénateur. Probus (276) était commandant en chef des provinces orientales. Carus (282) était préfet du prétoire. Dioclétien était commandant des domestiques ou gardes du palais. Jovien était le premier des domestiques. Valentinien s'était distingué dans les légions.
(2) Justin I" avait été cultivateur et berger. Léon III l'Isaurien était le fils d'un grand marchand de bestiaux. Romain Lecapêne était d'origine obscure. Basile V avait comme parents des paysans pauvres, (|uoique ceux-ci descendissent d'une famille de situation assez élevée.
(3) C'est ainsi qu'avant son avènement Marcien avait servi dans les guerres et était sénateur. Léon P*" était tribun militaire, prin-
En droit, l'empereur romain devait être nommé par le peuple romain et par Tancien organe politique, le sénat. Mais le peuple n'eut qu'un pouvoir illusoire, tout au plus celui d'acclamer le nouvel empereur. Quant au sénat, son pouvoir lui fut disputé, sinon enlevé par l'armée, qui était devenue une puissance politique importante depuis les guerres de la fin de la République; c'était elle qui avait fondé l'empire.
cipal intendant de la maison du commandant des armées de rOrient. Anastase était vieux domestique du palais lorsque Ariane, fille de Léon, l'épousa et qu'il reçut le trône. Justin V était commandant des gardes du palais à la mort d'Anastase. Tibère H, que Justin II associa à Tempire^ était capitaine des gardes du prince. Maurice, que Tibère II choisit comme successeur et qu'il maria à sa fille, avait commandé brillamment une légion de douze mille confédérés dans la guerre de Perse. Avant son avènement au trône, Phocas était centurion. Héraclius était le fils de l'exarque d'Asie.
Entre la dynastie d'HéracIius et l'Isaurienne, le trône impérial fut occupé par Philippe Bardane, secrétaire de Justinien II (713) ; par Théodose III, receveur d'impôts h Adranyte (715); par Léon III, général (718).
Parmi les empereurs qui régnèrent entre la dynastie isaurienne et celle des Phrygiens il y eut Nicéphore (802), grand logothète de l'empire avant son avènement; Léon V (813^\ commandant des armées; Michel II (820), général.
Le fondateur de la maison macédonienne, Basile I", était grand chambellan de Michel III avant d'être empereur; Romain Lécapcne^ empereur, tuteur de Conslantin Porphyrogénète, était commandant des armées navales avant de monter sur le trône impérial. P^icéphore Phocas, Zimiscès étaient des généraux avant d'être nommés empereurs. Avant son avènement (1057), Isaac Gomnène était général. Nicéphore III Botoniate (1078) commandait les légions d'Asie lorsqu'il prit la pourpre. Alexis V était général quand il enleva à Bolouiate l'empire. Mourzoufle était chambellan d'Alexis quand il s'empara de l'empire.
Dans l'armée ellc-métne, deux éléments luttaient entre eux pour disposer de Télection de l'empereur : c'étaient les légions et la garde prétorienne ; celleci établie à Rome était en meilleure posture pour choisir l'empereur que les légions campées dansles provinces. Cette participation de l'armée à la nomination de l'empereur fut une des raisons principales de l'instabilité du pouvoir impérial. L'armée était intéressée à des changements fréquents d'empereur : alors que le trône était vacant, elle se donnait au plus offrant des prétendants, et lorsqu'un nouvel empereur était nommé, elle touchait une paye supplémentaire.
Lorsque l'empereur exerçait ses fonctions, l'armée, surtout la garde prétorienne, voulait le dominer, et comme elle n'était jamais satisfaite des mesures qu'il prenait, elle ne tardait pas à essayer de le renverser. A Rome, les prétoriens n'avaient pas^ seulement comme adversaires les sénateurs, maisaussi le peuple de Rome et les gladiateurs, avec lesquels ils se querellèrent souvent.
Sous l'empire romain, trois puissances politiques^ luttèrent donc entre elles pour s'emparer de la nomination de l'empereur : le sénat, les prétoriens et les légions; de son côté, l'empereur chercha à leur enlever la disposition de la fonction impériale, en abaissant leur pouvoir et en essayant de rendre sa fonction héréditaire.
Lorsque les Antonins quittèrent le trône impérial, le sénat était bien affaibli ; les sénateurs perse* cutés vivaient dans l'indolence à Baies et à Pouz-h
zoles. Les prétoriens en profitèrent pour disposer de la fonction impériale. Septime Sévère essaya de porter atteinte à leur puissance en les disgraciant et en formant la garde prétorienne de Télile des légions qui étaient placées sur les frontières; mais ce fut en vain et le pouvoir des prétoriens ne fit que s'accroître : Caracalla, successeur du Septime Sévère, déclara « qu'un souverain devait s'assurer de l'affection de ses soldats et ne compter pour rien le reste de ses sujets » . Les prétoriens lui donnèrent pour successeur Macrin, qui n'était pas sénateur et qui était préfet du prétoire; ils portèrent ainsi un coup sensible à l'autorité du sénat; désormais, il n'était plus nécessaire d'être sénateur pour être nommé empereur et désormais le préfet du prétoire appartenant toujours à l'ordre équestre l'empire pouvait être à la disposition de cet ordre rival de l'ordre sénatorial.
Jusqu'à Dioclétien, sauf à deux reprises différentes, où le sénat profita de l'anarchie militaire pour ressaisir le pouvoir en matière d'élection de l'empereur (1), les légions et les prétoriens dispo-
(1) La première fois que le sénat ressaisit le pouvoir ce fut après le massacre d'Alexandre Sévère par les légions du Rhin. Celles-ci venaient de proclamer Maximin empereur; mais en Afrique les Gordiens furent proclamés empereurs et reconnus par le Iffi'àï. L'un des deux ayant péri dans un combat, l'autre s'étant tué, le sénat prit pour successeurs Maxime et Balbin; mais les prétoriens proclamèrent peu après Gordien III empereur, et la fonction impériale retomba entre les mains de l'armée.
La seconde fois où le sénat reprit le pouvoir ce fut après la mort d'Aurélien. Les légions s'adressèrent au sénat pour avoir
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ÉVOLUTION POLITIQUE INTÉRIEUnE
screnl de Tempire et le rôle du sénat se borna à reconnaître le choix de l'armée.
Les absences fréquentes de Rome que firent les empereurs affaiblirent la part d'action du sénat et des prétoriens dans la nomination de Tempereur.
Dioclétien, qui avait été choisi par les légions, porta encore atteinte à la puissance des prétoriens. |
Lorsqu'il fut proclamé empereur à Chalcédoine, il se ,
fit amener le préfet du prétoire chargé de fers; ^
pendant son règne, il diminua d'abord le nombre i
des prétoriens ; puis, profitant de ce qu'il résidait r
hors de Rome ainsi que les trois autres princes, il i
se constitua, ainsi qu'à ceux-ci, une garde personnelle avec deux légions d'Illyrie : les Joviens et les Herculiens; de plus, pour tenir à distance les hauts |
personnages, il s'entoura, ainsi que les trois autres \
princes, d'une cour dans laquelle il introduisit le cérémonial ces cours asiatiques.
Après l'abdication de Dioclétien les prétoriens et i
le sénat s'allièrent ensemble pour essayer de reconquérir le terrain perdu et proclamèrent empereur ' Maxencc, fils de Maximin.
Mais Constantin anéantit complètement la puis- fr
sance des prétoriens en les supprimant et en faisant 8
du préfet du prétoire un fonctionnaire purement J
civil ; il poursuivit l'affaiblissement du pouvoir du k
un empereur; après huit mois d'interrègne, le sénat se décida a nommer empereur le sénateur Tacite (275). Le successeur de Tacitf, Probus, choisi par les soldats, recjut du sénat la confirmation de l'élection ; mais après lui, les légions élirent empereur Carus^ préfet du prétoire, sans attendre l'approbation du sénat
sénat en établissant le siège de l'empire à Constantinople et en y fondant un nouveau sénat docile aux volontés de l'empereur, et auquel plus tard Julien donna les privilèges et l'autorité dont le sénat de Rome était jusqu'alors seul investi.
Restait à abattre la troisième puissance politique, qui disposait de la nomination à l'empire : les légions (1).
A cet efifet, les empereurs s'appuyèrent comme leurs prédécesseurs sur les fonctionnaires de Tadministration impériale, qui étaient, pour eux, une clientèle importante et fidèle; sauf Julien ils s'appuyèrent, comme Constantin, sur la nouvelle puissance sociale, sur l'Église chrétienne.
En Orient, les empereurs s'affranchirent plus facilement du pouvoir des légions qu'en Occident. L'armée, estimée des Romains, était méprisée des Grecs, et elle était beaucoup moins nécessaire en Orient qu'en Occident, où se portait l'effort principal des invasions barbares; en outre l'Église chrétienne, sur laquelle les empereurs s'appuyèrent, était alors beaucoup plus puissante en Orient qu'en Occident.
De Théodose à Maurice les empereurs d'Orient ne parurent plus à la tête des légions; la fonction impériale en Orient perdit désormais son caractère
(1) Julien, Jovien furent proclamés empereurs par les légions, Valentinien fut présenté par des ministres et des généraux à l'armée qui le reconnut. Théodos; fut présenté par Gratien, empereur d'Occident, aux troupes, à Sirmium, ])our être reconnu auguste pour fOi-ient.
militaire, pour devenir une fonction civile et religieux; c'était, enfin, la réalisation du dessein d'Hadrien, qui avait voulu fonder un empire à caractère civil et qui avait donné, à cet effet, la prééminence aux fonctions civiles sur les fonctions militaires.
Pour affranchir la nomination de l'empereur de la dépendance du sénat et de l'armée, les empereurs romains cherchèrent à fonder des dynasties; mais, la fonction impériale étant élective en droit, ils ne pouvaient parvenir à la rendre héréditaire de père en fils qu'indirectement en employant le système de l'adoption : l'empereur prenait un associé cl le désignait comme son successeur éventuel aux pouvoirs électifs. Il pouvait ainsi choisir souvent son fils et celui-ci lui succédait, non pas en qualité de fils, mais en celle d'associé.
Le système de l'adoption fut appliqué par les Antonins, ce qui donna à l'empire un siècle de stabilité politique. Mais, après eux, l'anarchie politique reprit avec plus d'intensité qu'auparavant; certains empereurs cherchèrent vainement à rendre héréditaire la fonction impériale, en donnant à leur fils le titre de César (l).
Dioclétien voulut soustraire complètement la nomination de l'empereur au sénat et à l'armée en établissant un mode de succession pour la fonction impériale; celui-ci fut basé sur l'association. L'empereur s'associait, pour le gouvernement de l'em-
(i) C'est ainsi queValérien nomma César son fils Gallien, qui, d'ailleurs, lui succéda ; que Carus conféra à ses deux fils les litres de César.
pire un autre empereur qu'il proclamait auguste; il donnait le titre de César à deux personnages qu'il choisissait pour son successeur éventuel et pour celui de son associé (1). En forçant par ce système tout prétendant à vaincre quatre personnages avant d'arriver à l'empire, Dioclétien espérait empêcher toute usurpation du pouvoir impérial; mais ce système supposait que l'harmonie régnerait entre ces quatre personnages, sans quoi il serait, au contraire, la source de nombreuses guerres civiles.
La tentative de Dioclétien était prématurée; ce mode de succession ne put être mis à exécution qu'une seule fois : ce fut à l'abdication de Dioclétien et de Maximien (2); ensuite le sénat et les prétoriens, après s'être réconciliés, réussirent à en empêchera nouveau l'application et des luttes politiques vinrent déchirer l'empire.
Les empereurs reprirent alors le système de l'adoption (3) ; puis ils affranchirent peu à peu la transmission héréditaire de la fonction impériale de certaines entraves dérivant de la survivance des
(\) Dioclétien s'associa Maximien pour le {jouvernement de l'empire et le proclama auguste; il décerna le titre de César à Galère et à Constance, et, pour resserrer le lien qui devait les unir, Dioclétien donna sa fille à Galère , Maximien, la sienne à Constance.
(2) Lorsque Dioclétien et Maximien abdiquèrent, Galère et Constance prirent le titre d'Auguste, et Galère nomma deux nouveaux Césars, dont Constance accepta le choix.
(3) Pendant son rè{;ne, Constance désigna cinq successeurs, les nomma Césars et leur donna à chacun un gouvernement et une cour.
anciennes formes de la république roraaîne. Jovien proclama consul son fils encore enfant, sans demander de dispense d'âge, comme Tavaient fait Auguste et ses successeurs; Valenlinien I" donna à son fils Gratien, âgé de neuf ans, la pourpre, le diadème et le titre d'Auguste, se bornant à faire ratifier cette élection par les légions de la Gaule.
Théodose I" décerna à son fils aîné Arcadius le titre d'auguste et, à sa mort, ses deux fils Arcadius et Honorius furent reconnus sans difficultés comme empereurs, l'un de l'Orient, l'autre de l'Occident.
Des sa naissance, le fils d'Arcadius reçut les litres de César et d'Auguste, ce qui ne s'était jamais fait jusqu'alors. Désormais ces titres furent portés par les empereurs d'Orient et les empereurs byzantins jusqu'à la chute de Gonstantinople.
En Orient, la transmission héréditaire de la fonc tion impériale fut donc établie en fait avec Arcadius (1). Il se créa ainsi de véritables dynasties impériales dans l'empire d'Orient et l'empire byzantin (2).
(1) En Occident, les empereurs ne purent se clé{»a{»cr du pouvoir de Tarmée et lorsque celle-ci fut recrutée avec les Barbares, ils furent nommés surtout par les Barbares confédérés et par de hauts fonctionnaires barbares, bien que le sénat de Rome et quelquefois l'empereur d'Orient participât aux élections des empereurs.
(2) La fonction impériale se transmit ainsi régulièrement avec trois successeurs de Théodose I", avec deux successeurs de Léon 1", avec quatre successeurs de Justin I". La postérité d'Héraclius régna jusqu'à la quatrième génération. Ensuite, les dynasties furent successivement celles des Isauriens, des Phrygiens, des
Les dynasties qui occupèrent le plus longtemps le trône impérial furent celles des Macédoniens et des Paléologues. La première, de Basile I" à la mort de Théodora, régna cent quatre-vingt-neuf ans (867-1056); la deuxième, de Michel Paléologue à Constantin XII, régna cent quatre-vingt-quatorze ans (1259-1453).
Bien que la transmission dé la fonction impériale eût lieu en fait héréditairement, elle conserva son caractère électif jusqu'à la fin de Tempire byzantin; Tempereur associait son successeur éventuel, le sénat et le patriarche ratifiaient ce choix et le peuple acclamait l'associé au cirque (1). Mais ces
Macédoniens, des Comnènes et des Paléologues. (Voir la liste de& empereurs à la fin du chapitre.)
(1) C*e8t ainsi qu*en présence du sénat et du patriarche, Justin l"f qui avait adopté Justinien, plaça le diadème sur la tête de celui-ci; Justinien se rendit ensuite au cirque où il fut acclamé par le peuple. La nomination comme Auguste ou César de Tibère, que Justin II choisit comme héritier, se fit dans le portique du palais, en présence du sénat et du patriarche.
Lorsque Héraclius voulut associer à l'empire Héracléonns, fils de Martina, sa deuxième femme, afin de donner un collègue à »on fils aîné, Constantin, d'un âge mûr, il est vrai, mais faible de constitution, il rassembla au palais le sénat pour ratifier cette a.^sociation (638) ; le patriarche donna sa bénédiction et les soldats saluèrent les trois princes : Héraclius, Constantin, Héracléonas, dès qu'on eut ouvert les portes. Cinq mois après, de pompeuses cérémonies eurent lieu à la cathédrale et à l'hippodrome oii le peuple acclama les trois princes.
Les empereurs isauriens, lors de l'association du fils au père dès le berceau, demandèrent aux sénateurs, au peuple^ aux soldats de s'engager par serment à respecter cet ordre de succession..
Lorsque Michel IV le Paphiagonien (1034) fut sur le point d& mourir, sa femme adopta pour son fils Michel, le fils d'un ouvrier»
associés ne partageaient pas le pouvoir avec l'empereur comme le faisaient les associés du système de Diocléticn.
Jusqu'à Héraclius, l'empire se transmit généralement soit de père en fils, soit de beau-père à gendre, soit d'oncle à neveu, soit enfin par simple association, sans lien de parente.
Après, jusqu'aux premiers princes de la maison macédonienne, dans les dynasties qui occupèrent le trône impérial, le pouvoir se transmit de père en fils; mais les empereurs ne parvinrent pas à fonder le droit de primogéniture, bien qu'ils associassent leur fils aîné à l'empire (1).
Les empereurs macédoniens associèrent à l'empire successivement tous leurs enfants presque aussitôt après leur naissance. Sous les Gomnènes et les Paléologues, le fils aîné ne succéda, pas toujours à son père, mais quelquefois ce fut le fils cadet qui succéda au père (2).
La fonction impériale conservant l'empreinte des anciennes institutions de la République romaine, il put y avoir plusieurs empereurs à la fois,
et celui-ci fut revêtu du titre et de la pourpre des Césars, en présence du sénat et du clergé.
(1) C'est ainsi que Constantin IV Pogonat (668-685) chercha à établir le droit de primogéniture en confiant à son fils aîné seul le titre d'Auguste.
(2) Isaac laissa monter sur le trône son frère cadet Alexis I". A la mort de Jean le Beau, l'aîné de ses fils Isnac se contenta du titre de Sébastocrator et ce fut son fils cadet Manuel qui régna (1143). Jean Paléologue II (1341-1391) donna la pourpre à son deuxième fils.
li L'EMPIRE BYZANTIN
comme il y avait eu plusieurs consuls sous la République romaine.
Sous Tempire romain, les partages qui étalent résultés de la présence simultanée de plusieurs empereurs sur le trône avaient toujours été des partages administratifs et non de souveraineté, par suite de la survivance de Tidée de TÉtat au-dessous de la fonction impériale.
Sous Tempire byzantin, lorsqu'il y eut parfois plusieurs empereurs en même temps, il n'y eut même pas partage administratif, sauf vers la fin de Tempire, où la souveraineté se démembra. L'un des empereurs gouvernait, les autres se contentaient du titre d'Auguste ou, sous les Comnènes^ de celui de Sébastocrator (1).
La fonction impériale pouvant être divisée entre plusieurs personnes, les femilies purent être impératrices et les tuteurs des empereurs mineurs purent être empereurs. La femme ou la sœur de l'empereur d'Orient devint alors impératrice, collègue de l'empereur (2) et, plus tard, sous l'empire byzantin, elle posséda sa cour de femmes, comme l'empereur posséda sa cour d'hommes.
Lorsque l'empereur venait à mourir, sa veuve ou
(1) Lorsque Basile T**" mourut, ses deux fils, Léon ÏV le Philosophe et Alexandre furent revêtus tous deux de la pourpre, mais seul Léon exerça les pouvoirs du {;ouvernenient. Après la moit de Romain II, ses deux fils, Basile II et Constantin IX, furent empereurs, mais seul Basile II gouverna quand il fut en âge mûr.
(2) Pulchérie, sœur aînée de Théodose II, reçut le titre d*Auguisia ù seize ans, et gouverna ù la place de son frère.
Thcodora fut le véritable collègue de Justinien;
sa fille pouvait régner seule ; mais on ne considérait cette situation que comme provisoire, on la subissait à regret (1) et Timpératrice était invitée à se choisir un époux, auquel elle conférait ensuite le titre d'Auguste (2). L'empire pouvait donc se transmettre par alliance par les femmes (3).
(1) Lorsqu' Attila demanda la raain d'Honoria, sœur de Valentinien III, élevée au rang d'Augusta à seize ans, les Romains n'y accédèrent pas et déclarèrent que, malgré les exemples récents de Pulchérie et de Placidie, les femmes n'avaient aucun droit au trône.
Plus tard, lors de la mort d*HéracIiu8, Martina, sa deuxième femme, voulant monter sur le trône, on s'y opposa en lui déclarant que « la nature a exclu de votre sexe les travaux du gouvernement » .
(2) Le fils de Constantin VIII étant entré dans les ordres, deux de ses filles, Théodora et Eudoxie, étant entrées dans un monastère, la troisième Zoé pouvait seule lui succéder; mais elle dut, à cet effft, se marier. Elle se maria plusieurs fois, conférant à ses époux successifs l'empire lorsque son père fut mort.
Elle épousa d*abord Romain III, qui succéda à Constantin VIII (1028) ; puis après qu'elle l'eut empoisonné, elle épousa Michel IV; après la mort de celui-ci, elle épousa Michel V; celui-ci ayant mis Zoé en prison, le peuple de Constantinople se souleva, tira Zoé de sa prison et Théodora de son monastère. Ces deux femmes montèrent sur le trône; mais Zoé dut se remarier; elle prit pour mari Constantin IX Monomaque (1042); après quoi elle reçut le titre d'Augusta. Quant à Théodora, elle ne fut mise en possession du pouvoir qu'à la mort de Constantin, et elle régna deux ans (1054-1056).
(3) Pulchérie, impératrice, sœur de Théodose II, conféra à son mari Marcien le titre d'empereur.
A la mort de Léon, Zenon, époux d'Ariane, fille de Léon, fut nommé collègue tuteur d'un enfant d'Ariane ; mais celui-ci mourut bientôt et Zenon régna seul.
A la mort de Zenon, Ariane, fille de l'empereur Léon, donna sa main et l'empire à Anastase.
Tibère II donna sa fille et l'empire à Maurice.
IG L'EMPIRE DYZANÏIN
Lorsqu*un empereur, en mouraut, laissait un fils en bas âge, sa veuve était nommée impératrice et chargée de la tutelle de cet enfant (1). Lorsque celle-ci se remariait, son nouvel époux devenait empereur et tuteur de l'empereur mineur. Mais lorsque l'impératrice ne se mariait pas, des prétendants surgissaient pour devenir tuteurs de l'empereur mineur; ils se faisaient proclamer empereurs et, souvent, épousaient l'impératrice régente pour légitimer leur usurpation. Ils promettaient tout d'abord de ne servir que de père et de protecteur à l'empereur mineur (2) ; mais ensuite, comme ils
(l) A la mort de Léon IV (780), son fiU Constantin VI n'ayant que dix ans, sa veuve Irène, qu'il avait associée à Tempire, régna pendant la minorité de Constantin VI. A sa mort, Théophile (842) confia à sa veuve Théodora la tutelle de Tempire et de son Hls Michel III, à{»é de cinq ans. A la mort de Léon VI le Philosophe (911), son fils mineur, Constantin VII Porphyrogénèteeut d'abord pour tuteur Alexandre, frère de son père, revêtu depuis longtemps du titre d'auguste. A la mort de celui-ci, ce fut Zoé qui fut In tutrice de son fils Constantin.
Pendant la minorité de Basile II et de Constantin III, qui avaient respectivement cinq ans et deux ans, lorsqu'ils succédèrent à leur père, Romain II, ce fut leur mère Théophano qui fut la régente.
A la mort de Constantin X Duca.s, ses fils, Michel VU, Andronii: I" et Constantin XI, étant mineurs^ ce fut sa veuve Ëudoxie qui reçut la r<'gence.
A la mort de Manuel (1180), son fils Alexis II n'ayant que dix ans, ce fut sa veuve l'impératrice Marie qui fut chargée de la régf'nce.
(2) Lorsque Nicéphore Phocas, au dixième siècle, fut proclamé basileus, près de Césarée, en face de toutes les troupes d'Orient, il ne parla que de chasser Bringas et non les héritiers logitimes et il déclara qu'il serait leur tuteur.
Jean Zimiscès déclara qu'à l'exemple de Nicéphore Phocâs il
possédaient la toute-puissance, ils en profitaient parfois pour s'emparer complètement de Templrc, soit en nommant empereurs des membres de leur famille, soit en se débarrassant de leur pupille (l). Bien que les empereurs byzantins parvinrent ù fonder de réelles dynasties, le caractère électif que conserva toujours la fonction impériale et la possibilité donnée à tout citoyen d'arriver à l'empire permirent à des prétendants de surgir et empêchèrent toute stabilité absolue dans la transmission de cette fonction. Certains usurpateurs réussirent à enlever momentanément le pouvoir impérial à l'empereur régnant; d'autres renversèrent complè-
ne songeait a devenir que le collègue et le tuteur des jeunes Basileis légitimes^ Basile et Constantin, et non Terapereur unique en leur lieu et place.
Andronic 1'% qui 8*empara de la tutelle d'Alexis II, déclara qu'il vivrait et qu'il était prêt à mourir pour son bicn-aiuié pupille.
Lorsque Cantncuzène fut vainqueur, il protesta de son attachement pour Jean Paléologue.
(1) Sous la minorité de Constantin VII, Romain Lécapcne se fit nommer César en septembre 920; Basiieus en décembre; en janvier 921, il fit couronner sa femme Augusta; en mai 921, il décerna la couronne à son fils aîné; en 922, il viola tous les serments, il prit le pas sur son maitre et collègue.
Andronic I", malgré ses serments, ne tarda pas à faire étrangler l'impératrice Marie, mère et tutrice d'Alexis II, puis celui ci.
Michel Paléologue, proclamé tuteur de Jean Lascaris, reçut le titre de despote, puis fut proclamé empereur. Mais il fut entendu que Jean aurait la prééminence. Cependant, à la cérémonie du couronnement, Michel Paléologue fut seul couronné et le couronnement de Jean, remis à une date ultérieure, n'eut jamais lieu; Michel finit par bannir le jeune empereur après lui avoir fait crever les yeux.
18 L'EMPIRE BYZANTliN
tcment la dynastie qui gouvernait alors. Dans ce dernier cas, la paix publique était troublée pendant plusieurs années, les empereurs se succédaient rapidement sur le trône, jusqu'à ce que Tun d'eux parvînt à s'y établir solidement et à fonder une nouvelle dynastie. L'assassinai de l'empereur était généralement employé parles prétendants (1) pour s'emparer du pouvoir impérial. Ceux-ci étaient aidés dans leur usurpation soit par les gardes du palais (2), soit par les légions, soit par le peuple de Constantinople.
Pour se mettre à l'abri des émeutes populaires les empereurs firent de leur palais une véritable forteresse (3) ; celui-ci étant près de la mer, ils avaient pour suprême ressource la possibilité de se sauver sur un navire.
La période de l'histoire byzantine où le pouvoir impérial fut le plus stable fut celle pendant laquelle régna la dynastie des Macédoniens. Le sénat, le
(1) C'est ainsi que fut assassiné Justinien II, que Léon V rArménien fut assassiné par Michel II, Michel III par Basile I", Alexis et Isaac l'An^je par Mourzoufle.
(2) La plus fameuse des gardes du palais fut la garde isaurienne, qui rappela les gardes prétoriennes; elle fut créée par Zenon, qui était Isaurien, pour lui permettre de lutter contre la veuve de son prédécesseur Léon, Vérina, qui réclamait l'empire, et pour assurer la tranquillité dans Constantinople agitée par les guerres religieuses. Cette garde pillait la capitale et mettait la cour à sa merci ; aussi Anastase, le successeur de Zenon, la chassa-t-il.
(3) Nicéphore Phocas fit construire un rempart pour séparer le palais de la ville même, puis fit élever une résidence fortifiée près de la mer.
patriarche et le peuple de Constantinople manifestèrent leur fidélité à l'empereur Basile II, le défendant contre tout usurpateur (1).
Mais le développement pris par la noblesse dans Tempire à partir du dixième siècle imprima un nouveau caractère aux luttes engagées pour la possession de la couronne impériale.
Après le onzième siècle, avec les Comnènes et les Paléologues, celles-ci eurent lieu entre les membres de la même famille (2) ; la noblesse provinciale y prit part, souleva les provinces et le peuple de Constantinople; la guerre civile ne se cantonna plus comme autrefois seulement à Constantinople ou même simplement au palais, mais elle embrasa ce qui restait de l'empire byzantin (3) .
(1) Le sénat et le patriarche protégèrent Basile II mineur contre Nicéphore Phocas et Zimisccs tout puissant. Le peuple de Constantinople soutint vaillamment Basile II contre Bardas Skléros et Bardas Phocas qui, après avoir battu les troupes impériales, s'étaient avancés jusque sur la rive d'Asie en face de Constantinople.
(2) Andronic I*"', petit-fils d'Alexis I^, détrôna son cousin issu de germain (1183), et il condamna à mort Isaac TAnge qui descendait, par les femmes, d'Alexis I*''. Sous les Paléologues, il y eut des guerres civiles entre les membres de cette famille : entre les deux Andronic (1321-1328), entre Jean Paléologue et Manuel d'une part, et Andronic d'autre part; à la mort de Jean, entre Manuel et son neveu Jean de Selymbrie.
(3) Lorsque Andronic 1" se fut emparé du pouvoir (1183), il persécuta les nobles amis de l'empereur qu'il avait fait assassiner ; les nobles, qui se réfugièrent àPilicée ou à Pruse, en Sicile, dans l'ile de Chypre, se révoltèrent et soutinrent Isaac l'Ange, condamné à mort par Andronic. *
Lors de la guerre civile contre les deux Andronic, Andronic le Jeune, après s'être échappé de Constantinople, leva l étendard de
Bien que la fonetion impériale se transmit soit généralement par association, soit parfois par usurpation, sans qu'il y eût élection réelle de la part des pouvoirs participant en droit à la nomination de Tempereur, ces pouvoirs, sénat, patriarche et peuple de Constantinople, jouèrent quelquefois un rôle important et actif en matière d'élection d'empereur (1). En outre, le sénat fut considéré comme le représentant de la nation, en cas de vacance du trône (2), et
la révolte à Andrinople où il réunît une armée de cinquante mille hommes. (Pour les luttes entre Jean Paléologue et Gantacuzène, voir t. I, 1. I, chap. ii.)
(i) C'est ainsi que la mort de Marcien, qui n'avait pas d'enfant> laissant le trône vacant, la nomination de Léon de Thrace fut ratifiée par le sénat, et Léon reçut la couronne impériale des mains du patriarche.
Lorsque Isaac Comnène s'empara du trône occupé par Michel VI, le patriarche affranchit la nation de son serment de fidélité, relqrua l'ancien empereur dans un monastère et couronna Isaac Comnène.
Lorsque, sous Michel VII (1071-1078), Nicéphore Botaniates, révolté contre cet empereur, arriva à la tête d'une armée de Turcs à provimitê des rivages de Chalcédoine et que cet empereur songea à renoncer à l'empire, le patriarche, le synode et le sénat convoquèrent les citoyens à Saînte«Sophie pour délibérer sur le choix d'un empereur.
Lorsque Isaac l'Ange et son fils furent rétablis sur le trône par les Latins, c'est au sénat que le peuple s'adressa pour qu'il désignât un autre empereur.
Lorsque Démétrius, fils cadet de Jean Paléologue, voulut s'emparer du pouvoir, son frère aîné, Constantin, étant alors en Morée, l'impératrice-mère, les soldats, le clergé, le peuple se prononcèrent tous pour le successeur légitime Constantin.
(2) C'est à ce titre que* Julius, maître général des troupes, consulta le sénat après la mort de Valens, qui laissait l'Orient sans souverain.
il fut associé indirectement à certaines régences (l), Née des institutions républicaines, la fonction impériale finit par se dégager complètement de celles-ci et par prendre un caractère tout à fait distinct.
Auguste et ses successeurs avaient disposé de tous les pouvoirs en cumulant les hautes fonctions de la République romaine; ils étaient préfet des mœurs, grand pontife, prince du sénat, imperator, consul à vie, proconsul. L'empereur était déifié et avait droit à l'apothéose lors de ses funérailles. II avait le droit exclusif de fabriquer la monnaie d'or et d'argent, le sénat se réservant la frappe de celles de bronze et de cuivre. Mais la puissance impériale n'était qu'une délégation du sénat et, pour ne pas porter ombrage à cette assemblée, les empereurs avec Auguste et Trajan n'eurent pas de cour et ne s'entourèrent pas de pompe.
Avec Septime Sévère (193-21 1) les empereurs firent établir la théorie de la puissance impériale absolue par leurs jurisconsultes et leurs historiens (2). Papinien, Paulus, Ulpien prétendirent que la puissance impériale n'était pas une simple délégation du sénat, mais que cette assemblée avait cédé tous ses droits au souverain. Ils enseignèrent que l'empereur ne devait pas être subordonné aux
(1) C'est ainsi qu'Alexandre nomma pour la tutelle de son neveu, Constantin Porphyrogénète, une commission de grands dignitaires et de sénateurs.
(2) C'est ainsi que nos légistes, en France, établirent la théorie de la monarchie absolue.
lois, que sa volonté arbitraire s'étendait sur la vie et sur la fortune des citoyens et qu'il pouvait disposer de l'État comme de sen patrimoine.
Avec Dioclétien, l'empereur ne prit plus les titres de consul, de proconsul, de censeur et de tribun; il n'était plus qu'imperator; mais, au lieu que cette dignité signifiât général des armées romaines, elle signifiait le maître de l'univers; aussi, ce titre n'ayant plus de sens militaire, les honneurs du triomphe qui, depuis Tibère, n'avaient été réservés qu'aux empereurs seulement, purent être accordés aux généraux vainqueurs dans l'empire d'Orient et dans l'empire byzantin (1).
En outre, avec Dioclétien, l'empereur s'appela notre seigneur et empereur ; il eut le droit exclusif de frapper toutes les monnaies; il prit le diadème et s'entoura d'une cour dans laquelle furent introduites les manières persanes.
Les empereurs d'Orient et les empereurs byzantins furent adorés, même par les hauts dignitaires, par les sénateurs et les généraux vainqueurs (2).
Lorsque les empereurs byzantins montaient sur
(1) C'est ainsi que sous Justinien, Bélisaire, en 534, eut les honneurs du triomphe, mais il dut se contenter d'un triomphe à pied. Au dixième siècle, Micéphore Phocas eut aussi les honneurs du triomphe; mais son premier triomphe eut lieu à pied et son deuxième sur un char.
(2) C'est ainsi que Bélisaire dut adorer Justlnien, lors de son triomphe; qu'au dixième siècle, lorsque JNicéphore Phocas fit une entrée triomphale à Constantinople, l'adoration de l'empereur eut lieu ; . les hauts dignitaires, et même les sénateurs, embrassèrent dévotement les genoux de leur nouveau maître.
le trône ils envoyaient des lettres circulaires dans les provinces pour notifier leur avènement au peuple, continuant ainsi un usage mis en vigueur par les empereurs romains. Souvent même des lettres étaient adressées dans le même but aux souverains avec lesquels l'empire entretenait de bonnes relations (1).
Le peuple byzantin se considérant comme le seul peuple civilisé de la terre et comme le maître du monde, son empereur ne pouvait s'allier avec les familles royales des peuples barbares, familles royales qu'il regardait généralement comme ses vassaux. En outre, la veuve de l'empereur pouvant être impératrice, et la souveraineté n'étant pas domaniale, les byzantins ne pouvaient admettre que l'empereur épousât une étrangère, qui aurait pu, à la mort de son époux, les gouverner. Aussi, inscrivit-on sur l'autel de Sainte-Sophie la prétendue loi par laquelle Constantin aurait interdit aux empereurs d'épouser une étrangère et défendit-on aux princesses impériales de s'alliera des rois barbares. Généralement l'empereur épousait des filles de hauts fonctionnaires, ce qui accroissait sa puissance politique. Mais des brèches à ces principes
(1) C'est ainsi qu'au milieu <lu dixième siècle, Romain II notifia son avènement à tous les souverains alliés ou vassaux et aux hauts fonctionnaires de l'empire. Des mcssa[{ers furent envoyés dans les limites de l'ancien empire romain que les Byzantins considéraient comme existant toujours. Le maître suprême de l'Inde fut même avisé, la czarine de Kief aussi; seuls, les khalifes, qui étaient des mécréants, ne reçurent pas de notification.
furent faites, par suite des nécessités de politique extérieure (1).
L'existence d'une cour mettait les* empereurs indolents à la discrétion des eunuques, des moines, des préfets du prétoire et, après la disparition de ceux-ci, des comtes, des domestiques, et c'étaient ces personnages de la cour qui gouvernaient en réalité. Mais à côté de ces empereurs prisonniers de leur cour, d'autres prirent réellement en mains les rênes du gouvernement. Justinien, au milieu du sixième siècle, et Basile II à la fin du dixième siècle et au commencement du onzième siècle, par-
(1) Constantin V épousa la fille du roi des Chozares (735) ; Bertlie, la petite-fille de Romain Lecapène, épousa un roi bulgTre; il est vrai que Romain Lecapcne n*était empereui* tuteur de Constantin Porphyrogéncte et que sa descendance ne régna pas après lui.
Romain II épousa Berthe, fille d'un comte d'Arles, Hugon, qui avait usurpé la souveraineté de la Provence et envahi le royaume d'Italie.
Othon II épousa Théophano, une des filles de Romain II, d'après un traité avec Jean Zimiscès, à la suite d'une invasion qu'Otlion II avait faiie dans l'Italie grecque, à la nouvelle de la mort de Nicéphore Phocas. Othon II réalisa ainsi le projet déjà caressé par Olhon I*^*" et dont Nicéphore Phocas avait empêché l'exécution.
Lorsque le grand-duc de Kief, Wladimir, envoya des secours russes à Basile II pour repousser Bardas Skléros et Bardas Phocas, ce fut à la condition que l'empereur byzantin lui promît de lui donner comme épouse Anne, sœur de Basile II; mais celui-ci ayant éludé sa promesse, les Russes attaquèrent Kherson (988) et Basile II dut alors s'exécuter pour recouvrer cette possession.
Andronic le Jeune épousa en premières noces Irène, fille du duc de Brunswick, et en deuxièmes noces Jeanne, sœur du comte de Savoie.
vinrent ainsi à fonder à deux reprises la monarchie absolue.
Certains empereurs montrèrent une grande énergie, une grande ténacité dans les guerres contre les ennemis extérieurs de l'empire : tel fut Héraclius dans sa lutte contre les Perses ; tels furent les Isauriens, leô Phrygiens et les Macédoniens, dans leurs luttes contre les Sarrasins; d'autres firent preuve d'une grande perspicacité comme les empereurs iconoclastes, notamment Léon III et les Macédoniens, en particulier Basile II : ils prirent des mesures contre le monachisme et la noblesse, essayant ainsi d'enrayer l'absorption de la petite propriété par la grande, phénomène social qui devait conduire à l'anarchie sociale ; d'autres empereurs enfin furent des artistes ou des lettres comme Théophile, Basile I*', Léon VI le philosophe, Constantin Porphyrogénèle, Théodore II, Lascaris, Jean VI Cantacuzène, Manuel II Paléologue.
Le sJnat. — •A côté des empereurs subsista jusqu'à la fin de l'empire byzantin l'ancien organe politique de la République romaine, le sénat. Il subit d'importantes modifications dans son recrutement, sa composition et son organisation
D'Auguste à Dioclétien, comme les empereurs étaient censeurs et qu'un certain cens étant exigé pour entrer au sénat (1), le recrutement de cette assemblée fut à la discrétion des empereurs. Cette
(1) Voir t. I, 1. I, chap. ii.
toute-puissance de l'empereur était faiblement tempérée par rimpossibilité où étaient les fonctionnaires impériaux sénateurs de siéger au sénat et par rétablissement de Thérédité en fait de la charge sénatoriale.
Au quatrième siècle, le droit de coaptation que le sénat obtint et la consécration en droit de l'hérédité de la fonction sénatoriale rendirent le sénat plus indépendant de l'empereur; mais cette situation ne fut que momentanée.
Le sénat de Rome ne fut plus, au quatrième siècle, le seul sénat de l'empire; Constantin en fonda un à Constantinople, et Julien lui conféra les mêmes privilèges et la même autorité qu'à celui de Rome.
Le sénat de Rome et le sénat de Constantinople prirent peu à peu une physionomie différente.
Les empereurs d'Occident régnant à Milan et à Ravenne (l), les fonctionnaires de cour ne siégèrent pas au sénat de Rome et la direction de cette assemblée appartint à quelques anciennes familles dont le nombre décrut par suite de la concentration des fortunes. Lors des invasions des Barbares, la noblesse provinciale ne se tournant que vers le sénat de Constantinople, le sénat de Rome redevint simplement italien et romain et peu à peu son rôle se borna à celui de conseil municipal de Rome. Les guerres des Barbares le dispersèrent et il dis-
(1) Les empereurs ne communiquaient avec Je at'nat que par le préfet de Rome et par des députations de sénateurs.
parut complètement au commencement du septième siècle (1).
A Constantinople, les charges de cour conférant le titre de sénateur, il y eut pénétration très grande entre la cour et le sénat. En outre, à partir du cinquième siècle, les illustres siégeant seuls au sénat et, à partir de Justinien, les palrices (2) et les illustres ayant seuls droit de séance, le sénat ne fut plus qu'une réunion de hauts fonctionnaires et les sénateurs ne furent plus distincts des autres magistrats.
Le sénat de Constantinople fut présidé jusqu'à Justinien par le consul en exercice, nommé avant Dioclétien en fait par Tempereur et à partir de Pioclétien en droit par l'empereur; Justinien donna la présidence du sénat au préfet de la ville.
A partir du neuvième siècle, le sénat de Constantinople prit une physionomie nouvelle ; les grands propriétaires y pénétrèrent, et il ne fut plus dès lors autant à la merci de l'empereur.
Exercice du pouvoir exécutif. — Les deux organes politiques de l'empire d'Orient et de l'empire byzantin, l'empereur et le sénat, furent investis d'attributions relevant des pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif.
Il n'y avait aucune séparation entre ces différents
(1) Le mot sénat reparut au huitième siècle, mais il désigna alors l'aristocratie romaine: ce furent l'Église et le pape qui eurent la direction politique et administrative de Rome.
(2) D'après une loi de Zenon, on n'accordait le titre de patrices qu'à ceux qui avaient été consuls de fait ou consuls honoraires, préfets du prétoire ou de la ville, maîtres des offices ou de l'armée.
pouvoirs et la puissance de Tempereur dans Tcxercice de ceux-ci remportait de beaucoup sur le sénat.
Avec Auguste, le pouvoir exécutif, qui appartenait sous la République au sénat, aux consuls et aux tribuns, passa à Tempereur. Cependant, dans les provinces du sénat, les nominations des proconsuls furent seulement faites par cette assemblée; mais à partir de Garacalla elles durent obtenir le consentement de Tempereur. Au quatrième siècle, le sénat renonçant au droit d^élire à plusieurs magistratures sénatoriales, ne fixant plus les impôts et n'ayant plus de provinces à administrer, le pouvoir exécutif des empereurs put s'exercer sans limite dans toute l'étendue de l'empire.
Les empereurs fixaient, changeaient les circonscriptions administratives; ils diminuaient ou augmentaient le nombre des juges afifectés à chaque siège, et Justinien déclarait pouvoir destituer ces magistrats.
Ils disposaient non seulement des biens des citoyens et de leurs personnes, mais encore des biens, privilèges et revenus des villes (1)
(Ij C'est aiusi qu'âpres la sédition d'Antioche, Théodose 1^' dégrada cette ville de son rang de capitale ; lui enleva son nom, ses droits de cité ; la dépouilla de ses terres, de ses privilèges, de ses revenus et l'assujettit à la juridiction de Laodicée; il fit fermer les bains, les cirques, les théâtres ; supprima les distributions de grains, et fit enchaîner les citoyens les plus distingués.
Il est vrai que Théodose I*** se montra ensuite clément et ne donna pas suite à cette mesure.
C'est ainsi que Justinien confisqua des revenus des villes.
Le sénat n'exerça donc plus la puissance executive. Cependant, dans Tempire byzantin le sénat intervint souvent dans les afifaires étrangères et dans les affaires religieuses.
Exercice du pouvoir judiciaire. — Lors de rétablissement de Tempire à Rome, Tempereur et le sénat furent investis du pouvoir judiciaire. Avec Auguste, tous les citoyens romains pouvaient en appeler à Tempereur d'un jugement rendu. Le sénat, sous les premiers empereurs, avait la juri diction criminelle; mais, cette assemblée étant sous la dépendance complète des empereurs, elle rendait des décisions conformes à leurs volontés ; aussi, sous les mauvais princes, le sénat fut-il un tribunal sans justice.
Les empereurs enlevèrent peu à peu au sénat ces attributions judiciaires; aux deuxième et troisième siècles, les gouverneurs furent jugés le plus souvent par l'empereur ou par des commissaires impériaux, au lieu de l'être par le sénat; la juridiction criminelle de la ville passa entre les mains du préfet.
Tandis que le pouvoir judiciaire du sénat décroissait, celui de l'empereur croissait. Sous Justinien, non seulement tout citoyen put en appeler à l'empereur, mais celui-ci put évoquer devant lui toute cause et juger par commissions extraordinaires, par suite suspendre l'action de la justice et se substituer à elle.
Justinien revendiqua le droit de donner aux juges des instructions obligatoires sur les questions
soumises aux tribunaux (1). Il déclara que les décisions rendues par Tempereur sur des causes particulières déférées par les parties à son autorité avaient force de loi, non seulement entre les parties, mais dans tous les cas semblables (2) : c'était léf;iférer par jugements.
Jusqu'à la fin de l'empire, le sénat byzantin conserva une parcelle de pouvoir judiciaire; il fut juge des crimes politiques (3) et juge concurremment avec l'empereur des membres de l'ordre sénatorial; mais souvent l'empereur remaniait la sentence prononcée par le sénat.
Exercice du pouvoir législatif. — Les empereurs romains s'emparèrent non seulement de la puissance executive, de la puissance judiciaire, mais aussi de la puissance législative.
L'organisation du pouvoir législatif de la cité romaine ne pouvait convenir à un grand État territorial ; aussi subit-elle de profondes modifications.
A la fin de la République, le peuple n'exerçait plus en fait le pouvoir législatif. Celui-ci n'appartenait plus qu'au sénat et aux préteurs ; mais le sénat était incapable de légiférer pour tout l'empire, et le pouvoir législatif passa surtout entre les mains des
(1) Loi de 535.
(2) Loi de 528.
(3) C'est ainsi que sous Justinien le sénat de Constantinople condamna en 548 Artaban et ses complices, qui avaient voulu assassiner Justinien.
Lorsque Constans II fut proclamé empereur, Héracléonas et Martina furent déposés et condamnés par le sénat comme auteurs de la mort de Constantin III.
prêteurs ; ceux cl s'inspirèrent des idées que les jurisconsultes, imbus de philosophie grecque, émirent particulièrement au forum jusqu'à Cicéron, et ensuite dans les livres et dans les écoles.
Mais ce système conduisait à une grande complexité de législation, à l'anarchie juridique ; il y avait nécessité absolue de fixer et d'unifier la législation ; aidés des jurisconsultes, les empereurs se vouèrent à cette tâche en la faisant tourner à leur profit.
Adrien s'empara le premier de la plénitude du pouvoir législatif; il forma le consistorium ou consilium, réunion de jurisconsultes investis de l'autorité législative, et il promulgua en 131 l'Édit perpétuel, code obligatoire pour les préteurs. Les décrets du sénat furent de moins en moins appliqués; mais pour que les apparences restassent conformes aux anciennes institutions, les lois faites par les empereurs furent ratifiées par le sénat.
Au troisième siècle, les constitutions impériales furent nombreuses. Sous Septime Sévère, les jurisconsultes prétendirent que l'empereur n'était pas soumis aux lois de l'État et que son pouvoir était absolu.
Alexandre Sévère s'entoura de seize conseillers, sur la permission du sénat. Mais, après l'assassinat d'Auréllen, sous Tacite, lorsque le sénat recouvra de la puissance, il obtint le droit de donner, par ses décrets, force de loi et la vaUdité nécessaire à ceux des édlts du prince qu'il approuvait (l). Le sénat
(1) Le sénat obtint aussi : 1® le droit de revêtir un de ses membres, sous le titre d'imperator, du commandement général
reperdît d'ailleurs bientôt la puissance législative ; Dioclétien ne le consulta plus pour Texercice du pouvoir législatif; il s'adressa à ses ministres.
Au début du quatrième siècle fut composé le Code Grégorien et dans la seconde moitié, le Code Hermogénien. Mais les empereurs ne pouvaient admettre que de simples particuliers pussent imposer leur travaux aux juges.
Valentinien li donna force de loi en A26 aux écrits des jurisconsultes Papinien, Paul, Dlpien, Gaïus et Modestin. Théodose II alla plus loin ; il fit rédiger le Code Théodosien, qui ne fit que compléter les Codes Grégorien et Hermogénien et qui ne dut remonter qu'aux lois de Constantin. Le Code fut promulgué en 438 dans les deux empires.
Les constitutions que les empereurs rendirent après prirent le nom de novelles.
Justinien voulut créer un Code complet et ûidiquer l'esprit qui inspirait la jurisprudence. Tribonien, qui fut chargé de diriger les travaux, établit la toute-puissance de l'empereur en matière législative : il déclara que le « bon plaisir des empereurs avait la forme et l'effet de la loi, puisque le peuple romain, par la loi royale, avait transféré à ses princes toute la plénitude de son pouvoir et de sa soudes armées et du gouvernement des provinces frontières; 2" le droit de nommer les proconsuls et les présidents des provinces; 3® le droit de déterminer le collège des consuls ; 4® le droit d'avoir quelque pouvoir d'inspection sur les finances; 5® le droit de conférer à tous les magistrats leur juridiction civile; 6** le droit de recevoir des appels de tous les tribunaux de l'empire par l'office intermédiaire du préfet de la ville.
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veraineté » et il se garda bien de rapporter dans les Pandectes les paroles des légistes de la République.
Aussi le sénat de Constantinople ne fut-il plus qu'un corps consultatif en matière législative.
Avec Léon VI, à la fin du neuvième siècle, les empereurs lui enlevèrent définitivement tout pouvoir législatif, tout en lui soumettant parfois les lois importantes.
Les successeurs de Justinien ne légiférèrent pas ; Léon III édicta un Code rural et un Code civil, et ses successeurs iconoclastes promulguèrent des novelles.
Les Macédoniens légiférèrent beaucoup. Basile I" fit réviser les Institutes, les Pandectes, le Code et les Novelles et les fit rédiger en langue grecque; ce monument de jurisprudence s'appela les Basiliques ; il fut perfectionné et terminé par le fils et le petitfils de Basile P'.
Les Macédoniens, jusqu'à la mort de Basile II, rendirent de nombreuses novelles contre TÉglise, contre la noblesse, en particulier contre l'absorption de la petite propriété par la grande propriété.
Les empereurs légiférèrent ensuite de moins en moins et sous les Paléologues, époque où la souveraineté se démembra, ils ne firent même plus de lois.
Des considérations qui précèdent, il résulte que l'empereur byzantin fut investi presque entièrement de la puissance executive, delà puissance judiciaire et de la puissance législative, ne laissant au sénat que l'ombre d'un pouvoir en ces matières. Néan-
moins le sénat profita de Tinstabilité de la fonction impériale pour jouer un rôle politique assez important dan^ certaines circonstances, en matière d'élection d'empereur notamment.
Si le sénat prit très peu part directement au gouvernement de l'empire, il y participa indirectement beaucoup plus.
Constantin fit du consistoire impérial une sorte de délégation du sénat. Justinien déclara qu'afin de profiter de l'expérience des sénateurs, ceux-ci seraient employés dans l'administration active, sans qu'il en résultât aucune atteinte à leur dignité. Il composa le consistoire du palais avec une fraction du sénat : les sénateurs se réunirent aux juges supérieurs et aux grands pour étudier les afiFaires qui, par appel des juges ordinaires^ étaient soumises au consistoire impérial et pour proposer à l'empereur une solution.
Principes de gouvernement. — Dans l'empire byzantin, bien que les empereurs fussent tout puissants, la souveraineté ne fut pas domaniale et territoriale ; elle resta personnelle par suite de la survivance de la notion de TEtat au-dessus de l'empereur (1). Ce principe de gouvernement subit néan-
(1) Au88i lorsque, par extraordinaire, la fille <l*un empereur épousait un prince de l'Europe occidenule, elle ne pouvait pas apporter en dot une partie quelconque de l'empire, ce que ne pouvaient pas comprendre les princes de l'Europe occidentale^ la souveraineté étant territoriale dans cette région C'est ainsi qu*Othon voulut épouser une princesse grecque pour qu'elle lui apportât en dot le sud de Tltalie; mais lors(]ue Théophano épousa Othon II, elle ne lui apporta aucune province en dot.
.. 1,1 Jiip J] -7-
moins des modifications profondes vers la fin de Tempire byzantin; sous les Paléologues, la souveraineté devint territoriale par suite du démembrement de la souveraineté (1).
Le pouvoir politique absolu acquis par l'empereur fut dû en grande partie au manque d'organisation politique de l'empire.
Lorsque l'antique organisation politique des cités disparut pour faire place à l'organisation politique des grands États territoriaux, il ne se développa aucun organisme qui pût permettre au peuple de prendre part au gouvernemont de l'État, comme cela avait eu lieu dans la cité antique. Néanmoins, dans l'empire romain et dans l'empire d'Orient, il exista des organismes qui auraient pu remplir ce rôle : c'étaient les assemblées provinciales. Cellesci n'avaient, il est vrai, que des attributions administratives et non politiques; mais si les Grecs avaient gardé le sentiment politique de leurs ancêtres, ils auraient peu à peu transformé cette institution administrative en une institution politique (2)
D'autre part, le sénat ne pouvait en aucune façon être considéré conime une représentation nationale.
Les Grecs ne participèrent donc pas au gouvernement de l'État. Aussi les questions polititiques étaient-elles résolues à Constantinople au milieu
(1) Voir t. I, 1. I, cbap. ii.
(2) Les Gaulois et les Espagnols parvinrent à donner un rftle politique à ces assemblées, montrant ainsi déjà le sentiment politique qui devait se développer chez leurs descendants.
de rindifférence complète des populations de Tempire. Peu importait à celles-ci qui exerçait les pouvoirs constituant, législatif, judiciaire et exécutif. Sauf le peuple de Constantinople, pendant toute Texistence de Tempire ; sauf les populations de la Thrace et de la Macédoine, sous les Paléologues, les Grecs ne prirent aucun intérêt à la nomination de Tempereur.
Dans Tempire byzantin, le gouvernement était donc absolument séparé de la nation. Aussi le siège du gouvernement était-il là où résidait l'empereur (l).