‹ L'empire chinois: le Bouddhisme en Chine et au ThibetChapitre 6 sur 129 · Caractères moraux · texte numérisé non relu

Caractères moraux

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proprement dite ne s'exerce qu'entre les membres d'une même classe ou d'une même famille ou entre amis. C'est de la solidarité, plutôt que de la charité ou de l'humanité*

Les lettrés souscriront pour soulager un des leurs, mais non pour adoucir une calamité publique, bien que l'exemple leur en soit donné largement par les chrétiens.

L'absence d'institutions et d'associations charitables démontre que la charité telle que nous la comprenons, c'est-à-dire pour tous et surtout pour les petits et les misérables, n'était point au fond des préceptes des anciens sages et législateurs de la Chine.

Le Bouddhisme lui-même, bien que son principe fût la compassion, ne combla point cette lacune lorsqu'il s'introduisit en Chine. Le Pèlerin Bouddhiste Chinois Fa-hien signale comme étant une nouveauté pour lui un hôpital pour les malades et les vieillards qu'il a vus à Patna dans l'Inde Bouddhiste.

Les Chinois sont très sobres ; le peuple se contente d'une nourriture fort simple quoique suffisamment réparatrice et qui est d'un bon rnafché extraordinaire, en rapport avec le très bas prix de la main d'œuvre.

Ils sont très bons cuisiniers.

La principale qualité des Chinois est l'amour du travail. Ils ont une extrême patience dans leurs travaux de toute nature, œuvres d'art, études, ou bien occupations pénibles et fatigantes. Tous les ouvriers Chinois travaillent dans le but de produire une œuvre finie bien plus qu'avec la hâte de terminer une tache ennuyeuse. De là la perfection de leurs ouvrages.

Comme la lutte entre les nations tend à se porter entièrement sur le terrain économique, les qualités laborieuses du peuple Chinois assurent sa conservation et même son expansion sous tous les climats et sa prédominance future dans les pays qui ne conviennent point aux Européens, soit à cause de leur climat, soit à cause des fièvres paludéennes.

La science Chinoise est essentiellement empirique ; elle constate et enregistre exactement les faits dans Tordre chronologique 1 .

* Outre le tribunal de l'histoire, il existe des Annales locales dans beaucoup de villes ; on y imprime tous les faits saillants

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Les Chinois comprennent et appliquent heureusement les sciences mathématiques et physiques, mais ils n'ont point le génie actif et inventif. Ils n'ont su tirer qu'un très faible parti des découvertes qu'ils avaient faites bien avant nous dans les sciences, entre autres celle du Carré deThypothénuse qu'il n'ont point dépassé. Ils ont quelques auteurs qui ont écrit sur le calcul supérieur, surtout depuis l'arrivée des missionnaires au xvii e siècle, quelques uns même ont fait école; mais ils n'ont pas la même précision que les savants Européens. Les Chinois, bien qu'ils saisissent et retiennent tout, tiennent peu à la rigueur des démonstrations et des résultats, ils se contentent de la peu près. Lors de la prise de Canton, on y a trouvé beaucoup de calculateurs mais pas un seul mathématicien. Il y a maintenant dans les Ecoles militaires des cours de mathématiques qui sont suivis sans difficulté *.

De même en métaphysique ; les Chinois sont nuls pour la combinaison et l'invention des systèmes ; à part ceux de leurs anciens moralistes les plus éminents, leurs écrits philosophiques sont creux et ne renferment que des vérités de sens commun. Cependant ils étudient et passent des examens littéraires jusqu'à un âge très avancé. Un grand obstacle au progrès intellectuel en Chine est la complication de l'écriture.

L'art Chinois est à peu près exclusivement réaliste. Il excelle dans les couleurs, dans les dessins de paysages, de fleurs et d'objets champêtres.

Les Chinois ont l'ouïe assez fine et goûtent la musique Européenne comme mesure et harmonie, mais non comme expression du sentiment et de l'idéal. Ils sont nuls dans la composition musicale.

Ils sont également nuls dans la sculpture et la grande peinture.

Leur poésie est comme leur peinture, toute réaliste, ou, pour mieux dire, toute naturaliste. Les fleurs, les eaux, le ciel, la lune ete., y tiennent presque toute la place ;

du district même ceux qui concernent les femmes, et ces mémoires sont contrôlés par les Mandarins du district réunis.

1 Parmi les jeunes Annamites envoyés au lycée d'Alger, quelques-uns ont été de très bons élèves pour les Sciences.

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les fleurs sout la passion dominante ; la Chine s'appelle elle-même FEmpire fleuri. — Le reste est donné aux sensations épicuriennes, le bon vin, les femmes aimables t les plaisirs modérés, quelques scènes de la vie intime ; voir « la Chine familière et galante » de M. Jules Arène.

Dans les réunions amicales et de plaisir et dans les festins, on échange des vers comme intermède entre d'autres distractions. On peut se faire une idée exacte de la poésie chinoise et de l'usage qu'on fait des vers par le livre de M. Emile Blémont : « les poèmes de la Chine.

Aux yeux des Chinois, la littérature et les arts sont un passe -temps pour des oisifs et on ne doit savoir gré à personne de s'y livrer. Ils ne sont nullement curieux des étrangers ni de leurs œuvres. Leur théâtre renferme quelques comédies amusantes, et des pièces dramatiques ou féeriques curieuses, mais les caractères sont trop souvent noyés dans la multiplicité des événements tels que les bastonades, les supplices, les aventures de brigands, l'intervention de tous les personnages religieux, hommes, dieux, esprits ou spectres. Il n'est fait aucune allusion à la politique, ni aux mandarins ou lettrés.

La mise en scène est d'une grossièreté primitive Le théâtre représente un mur avec deux portes, Tune à droite, l'autre à gauche, entre lesquelles se place l'orchestre composé d'un violon aigu joué en trémolo, de petites tymbales de bois au son assourdissant, d'une longue flûte, d'une trompette de verre et de deux symbales gigantesques.

Les toiles du fond sont remplacées par de la littérature en vers de quatre pieds. « J'entre dans un jardin, » dit un acteur en descendant la scène, «je m'assied sur un rocher noir à l'ombre d'un prunier en fleurs ; le ciel est pur *. »

1 Les détails qui suivent sont empruntés à une conférence de M, Guimet sur Je théâtre en Chine et au Japon.

* On trouve les mêmes procédés dans le théâtre indien, ainsi qu'on peut le voir dans les pièces indiennes traduites en français notamment dans Sakountala de Kalidasa. Cela est la

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