Page
d24 L EMPIRE DE MAXIMILIEN.
saire, puisque Sa Majesté y pourvoit, mais pour que l'Eglise puisse être propriétaire d'une manière certaine et bien déterminée...
Il achève sa riposte par un argument tout à fait topique :
... L'esprit de Votre Excellence sera aussi rassuré que l'est celui de l'Empereur si elle considère que tous les points qui sont malheureusement aujourd'hui une pomme de discorde au Mexique forment pour ainsi dire la constitution civile et religieuse d'une des nations les plus illustres du monde, et chez laquelle le catholicisme brille de la plus éclatante splendeur. Loin d'y former un obstacle, ils y sont un moyen pour que son clergé soit cité comme modèle à tous les peuples chi'étiens.
Ainsi donc, ce qui en France est légitime et convenable pour VEtat, ne peut-il être au Mexique que contraire à la doctrine et aux canons ? En pareille matière il ne peut y avoir deux mesures : la vérité est une partout.
Il termine en relevant vivement l'insinuation de ]ViKf Mcglia au sujet des « espérances et flatteuses promesses » qui auraient été faites à « l'excellentissime e'piscopat mexicain » :
Comme Son Excellence ne s'explique pas clairement et ne dit pas quelles personnes auraient pris pareils engagements, cette assertion pourrait laisser croire que l'Empereur en aurait eu l'initiative.
Je dois m'inscrire en faux contre pareille affirmation...
Ainsi envenimé par ces notes et ces réponses, le conflit ne s'en tint pas là.
Le 7 janvier, Maximilien, pour bien affirmer les droits du pouvoir civil, avait, par décret, remis en
vigueur dans l'empire les lois et règlements promulgués, avant et depuis l'indépendance, concernant Yexcfjuatur des bulles, brefs, rescrits et dépêches de la cour de Rome. L'article 2 portait que ceux-ci lui seraient présentés par le ministre de la Justice et des Affaires ecclésiastiques, pour obtenir Vexequatur respectif. Le nonce, s'iramisçant dans une question toute d'ordre intérieur, rédigea une seconde protestation, et l'adressa, le 19 janvier, à M. Ramirez.
Celui-ci crut encore devoir y répondre longuenient. Il établissait qu'en matière de dogme le pouvoir du Pape était absolu, mais qu'en matière de discipline, par exemple, il n'en était pas toujours ainsi; qu'il se trouvait parfois des points qui sont du domaine de l'un et de l'autre pouvoirs, et que, pour ceux-ci, tout gouvernement avait le droit de les examiner.
Irrité de ces contradictions, il terminait sa réplique par ces paroles énergiques :
Ceux qui, se laissant emporter par un zèle démesuré, poussent la Papauté hors de ses limites et la dépouillent de son caractère, oublient les sévères leçons de l'histoire, perdent les bénéfices d'une prudence plus puissante que toute présomption imaginable, agrandissent en apparence, mais aifaiblissent en réalité la suprématie du Saint-Siège, et, loin de faire respecter sa véritable autorité, la rendent odieuse.
Cette fois, la rupture des relations diplomatiques avec le nonce était complète. Il resta néanmoins à Mexico jusqu'au mois de mai, époque à laquelle il demanda ses passeports, et partit, suivi de tout le personnel de la légation, pour le Guatemala.
Maximilien, malgré la triste expérience faite, ne renonça point à obtenir de la cour de Rome ce qu'il regardait comme indispensable autant à l'intérêt de son trône qu'au bien de la religion, et il résolut d'envoyer une mission auprès de Pie IX.
M. Ramirez l'annonçait en ces termes à M. Aguilar le 29 janvier 1865 :
... Sa Majesté, convaincue d'un côté qu'il n'y a plusrienà faire avec le nonce, et, de l'autre, qu'il est nécessaire d'agir avec célérité, voulant du reste donner à Sa Sainteté une marque éclatante de son estime, de son affection et du vif désir qui l'anime de conserver avec le Saint-Siège ses rapports de bonne entente, et de résoudre avec lui les terribles difficultés qui l'entourent, Sa Majesté, dis-je, s'est décidée à envoyer son ministre d'Etat, accompagné de deux conseillers, dans le but d'instruire Sa Sainteté de l'état dans lequel se trouve le pays, afin que, connaissant les choses, elle avise aux moyens de vaincre les obstacles et de conjurer les périls qui menacent simultanément l'autel et le trône ^
Mais les mesures de déférence et de respect visà-vis du Souverain-Pontife ne pouvaient plus arrêter les décisions annoncées dans la lettre du 27 décembre par l'Empereur. Le 27 février 1865, le Journal officiel publiait deux décrets qui en étaient l'expression légale.
1. La plupart de ces documents ont été publiés déjà, notamment dans une brochure intitulée : La Cour de Rome et l'Einpei'eur Maxhnilien, parue, sans nom d'auteur, en 1867. Il était nécessaire de les reproduire ici pour donner un exposé complet de la question ecclésiastique.
L EMPIRE DE MAXIMILIExN. 127
Le premier était ainsi conçu :
Maximilien, Empereur du Mexique,
Après avoir entendu notre conseil des ministres et l'avis du conseil d'Etat, avons décrété et décrétons ce qui suit :
Art. i". — L'Empire protège la religion Catholique, Apostolique et Romaine comme religion d'Etat.
Art. 2. — Auront ample et franche tolérance sur le territoire de l'Empire tous les cultes qui ne sont pas contraires à la morale, à la civilisation ou aux bonnes mœurs. Pour l'établissement d'un culte, on devra demander par avance l'autorisation du gouvernement.
Art. 3. — Selon que les circonstances l'exigeront, on publiera les règlements de police concernant l'exercice des cultes autorisés.
Art. 4. — Le Conseil d'Etat connaîtra des abus que les autorités commettraient contre l'exercice des cultes et contre la liberté que les lois garantissent à leurs ministres.
Ce décret sera déposé aux archives de l'Empire et publié en la forme officielle.
Donné au Palais de Mexico, le 26 février 1865.
Le second décret, composé de trente articles, chargeait le conseil d'État de réviser toutes les opérations de désamortisation et nationalisation des biens ecclésiastiques effectuées en exécution des lois du 25 juin 1856, des h2 et 13 juillet 1859, et déclarait que les résolutions du conseil' seraient irrévocables et immédiatement exécutoires, sans admettre aucune" exception.
Un règlement, en date du 9 mars, compléta ce décret pour les détails de son exécution.
128 L EMPIRE DE MAXIMILIE.X.
L'espoir fondé sur la venue à Mexico d'un envoyé du Saint-Siège avait donc été complètement déçu. Tout le monde n'en fut pas également surpris, et il est intéressant de citer, à ce sujet, une lettre confidentielle, entièrement écrite de sa main, que le maréchal Randon adressait au maréchal Bazaine le 15 janvier 1865, à une date où l'on ne connaissait point encore en Europe les événements qui venaient de se passer à Mexico :
MINISTÈRE Paris, le 15 janvier 1865.