M. DoMENEcn, Histoire du Mexique, t. II, p
s'en trouve dans ce passage de la lettre confidentielle du maréchal Randon au maréchal Bazainc (du 30 juin 1865) : « J'ai vu le général Woll, qui ne m"a « rien appris de bien nouveau... »
Malgré les témoignages d'estime et de confiance dont l'Empereur comblait le commandant en chef, malgré le respect et le dévouement de celui-ci, des difficultés s'élevaient parfois entre l'administration française et l'administration mexicaine. Ces légers froissements, inévitables dans une situation mal définie et sans précédents, étaient rendus plus fréquents par les dispositions ouvertement hostiles de M. Eloin et de la plupart des ministres de Maximilien.
L'Empereur lui-même, aux prises avec les difficultés d'une position financière déplorable, ne savait pas toujours rester en dehors de ces querelles mesquines. A tout instant le Trésor mexicain, épuisé, avait recours au Trésor français. Pris entre les ordres très nets et souvent répétés de son gouvernement et le désir bien naturel de ne pas empêcher, par un refus trop prolongé, le fonctionnement des ser^ices du nouvel empire, le maréchal résistait d'abord aux demandes d'argent, puis cédait. Lorsqu'il autorisait les paiements, les relations étaient parfaites; dans le cas contraire, elles s'aigrissaient momentanément. Conséquence forcée de la tutelle financière mise aux mains du commandant en chef.
Mais la personne même du maréchal Bazaine n'y était pour rien: le commandement aurait eu un autre titulaire, que celui-ci se fût trouvé en présence des
mêmes exigences, en face des mêmes ordres : la situation n'eût point été changée.
C'est ce que ne voyait pas, ou ne voulait pas voir toujours Maximilien, non plus que l'Impératrice Charlotte ; et ils s'imaginaient que les choses iraient mieux si le maréchal était remplacé par un général d'humeur plus facile, plus conciliante : le général Félix Douay par exemple.
Cet officier supérieur, venu au Mexique avec les premiers renforts envoyés au printemps 1862, était, après le maréchal, le premier personnage de l'armée française. Sa bravoure, son mérite, attiraient l'attention sur lui, moins cependant aux yeux des souverains que ses relations plus intimes avec Napoléon .111 dont il était un des officiers préférés. On savait, — peutêtre par lui-même, — qu'il correspondait directement ou indirectement avec l'Empereur des Français, et que celui-ci écoutait volontiers ses avis.
Plein d'une ambition d'ailleurs fort légitime, le général Douay avait vu les deux généraux en chef promus successivement au maréchalat, et, dans sa pensée, une pareille récompense attendait sûrement celui qui leur succéderait. Pour obtenir le bâton si envié, il faut avoir commandé en chef plus de deux divisions devant l'ennemi. L'ennemi existait toujours; quant aux deux divisions, il ne demandait qu'à les voir rester au ^lexique dans l'intérêt de l'intervention, et cet intérêt se trouvait d'accord avec ses secrets désirs. Très bien vu de Maximilien et de Charlotte, il avait pu leur laisser entendre qu'il comprenait peut-
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être autrement que le maréchal Bazaine le rôle du chef de l'armée française. Il faudrait ignorer les tendances invincibles de l'esprit humain pour trouver extraordinaire qu'un subordonné, si près de la première place, ne s'imaginât pas faire mieux que son chef, et il y a tout lieu de croire, étant données les qualités éminentes du général Douay, qu'il eût accompli avec succès la tâche qu'il ambitionnait.
Tl venait de retourner en Europe; mais son absence serait-elle définitive? L'Empereur et l'Impératrice espéraient que non. Il reviendrait après avoir vu Napoléon III, après avoir causé avec lui librement, à cœur ouvert. Qui sait ? il obtiendrait peutêtre des renforts, des secours en argent plus considérables ; s'il pouvait revenir avec le commandement en chef, que de facilités pour le gouvernement mexicain!
C'étaient là des illusions, mais Maximilien n'était plus à les compter. Quand bien même le général Douay eût convaincu Napoléon III, il n'aurait convaincu ni la Chambre ni le pays, et le gouvernement personnel n'était plus assez fort pour imposer à la nation de nouveaux sacrifices. Que ce fût Bazaine, ou Douay, ou tout autre général, qui exerçât le commandement supérieur à Mexico, la direction restait toujours à Paris; et plus il aurait été démontré que la situation exigeait de dépenses en hommes et en argent, plus le secours de la France aurait été près de se retirer, par un de CCS jeux de la politique, laquelle justifierait une fois de plus l'accusation portée contre elle par un
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maître écrivain^ d'être « la première des sciences inexactes ».
Pour n'être point la première des sciences infidèles, l'histoire trouve heureusement des sources auxquelles elle peut puiser sans crainte d'erreur. Dans cet ouvrage, fait de documents authentiques, nous avons déjà rectifié plus d'une de ces « fables convenues » dont parle Fontenelle : ici nous pouvons encore apporter la lumière sur un fait à peine soupçonné par quelque esprit plussagace".
A cette même époque où l'on croyait demandé le rappel du maréchal Bazaine, il l'était en effet, non point par ceux à qui l'on en attribuait l'initiative, mais par lui-même.
Glorieux de la part qu'il avait prise dans la conduite des opérations militaires aussi bien que dans la direction des affaires politiques, vainqueur du meilleur général dissident à Oajaca, voyant la faiblesse du nouveau gouvernement, mais croyant que l'expérience et la force des choses l'éclaireraient et modifieraient ses allures, ne se jugeant point indispensable pour la besogne qui, suivant lui, allait incomber au chef d'un corps d'occupation destiné à être réduit progressivement, le maréchal, dans une lettre particulière adressée au ministre de la Guerre, sollicita l'autorisation de rentrer en France, et ce fut le maréchal Randon qui, dans une lettre également confidentielle et écrite tout entière de sa main, lui répondit, le