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MOESIE SUPÉRIEURE

Nisch 134

Le mont Kourbetska-Planina 1,625

QUATRIÈME SECTION

Hydrographie.

La Turquie d'Europe est baignée à TOuest par les mers Adriatique et Ionienne; à l'Est par la mer Noire (1); au Sud par la mer Egée, la mer de Marmara, les Dardanelles et le Bosphore. *

Les côtes de la Turquie d'Europe, généralement escarpées et rocheuses, offrent, par leurs anfractuosités, des baies, des golfes, des caps et des presqu'îles , cependant les bons ports favorables à la navigation, ne sont pas nombreux.

(1) La mer Noire, située entre le 41* et 16 46*" degré de latitude, occupe une superficie évaluée par M. Engelhardt à 432,000 kilomètres carrés, presque celle de l'Espagne. Son étendue de rOuest à l'Est est d'environ 1,000 kilomètres; sa largeur varie ; elle n'est que d'environ 250 kilomètres entre la Crimée et la côte opposée de l' Asie-Mineure. Celle mer est profonde et presque sans écueil, peu salée à cause du grand nombre de fleuves qu'elle reçoit, sans flux et reflux, mais non sans ouragan. Dans son centre elle a plus de 150 brasses de profondeur; plus près des côtes, elle a plus de 60 brasses ; partout la profondeur est de plus de 25 brasses.

La mer Noire, le Ponl-Euxin des anciens, écoule ses eaux par l'étroit canal de Constantinople ou le Bosphore de Thrace, dans la mer de Marmara, appelée Propontide; ceHe-ci, en se dirigeant au Sud-Ouest, prend la forme d'une large rivière, sous le nom ^'Hellespont, ou Détroit des Dardanelles, et déverse ses eaux dans la mer Egée {{'Archipel).

Le golfe de Bourgas, au Nord de la Roumélie, le golfe ou plutôt la rade de Varna, en Bulgarie, entre les caps Emineh et Gulgrad, sont les principaux ports de la mer Noire ; parmi les mouillages de moindre importance on cite les baies de Vassouvia, de Kilia, de Midiah, dlniada.

La mer de Marmara a de nombreux enfoncements sur ses rives asiatiques, formant des petites baies parmi lesquelles on cite celle dlsmid et de Moudania, tandis que sur les côtes européennes de celle mer on ne trouve aucun port.

Les principaux enfoncements de la mer Egée sont : le golfe de Saros, d'Enos, de Lagos, de Cavala, de Contessa ou d'Orphano , de Cassandre . de Monte- Santo, ces trois derniers séparés par les presqu'îles chalcidiques de Cassandre, du mont Athos et de Lougous; enfin le magnifique golfe de Salonique.

La moitié du golfe de Volo appartient seulement à la Turquie, ainsi que la partie Nord du golfe d'Arta sur la mer Ionienne. Ces deux points du littoral forment les extrémités de la frontière grecque.

Les principaux golfes sur la mer Adriatique sont ceux d'Avlona, au Sud du cap Linguetto; de Durazzo au Sud du cap Pâli; d'Alessio, au Sud du cap Rodoni^ et la petite baie d'Antivari, située à deux lieues de la frontière de la Dalmatie autrichienne.

La Turquie d'Europe renferme un grand nombre de lacs dont les principaux sont : ceux d'Ochrida, de Scutari, de Janina, de Castoria, de Jenidsche, etc., le lac deRamsin, dans la Dobradja, n'est qu'une lagune. Le

lac d'Ochrida, situé à 800 mètres- de hauteur, est le plus beau et le plus élevé de la Turquie. Il a environ 30 kilomètres de longueur sur 15 dans sa plus grande largeur. On compte sur son bord occidental six^, et sur la rive opposée quatre villages. Ce lac est très-poissonneux ; ses eaux bleues sont tellement transparentes qu'on aperçoit les poissons au fond de l'eau à 15 mètres de profondeur. Il repose sur un fond graveleux et a, dans certains endroits, une profondeur de 15 à 20 mètres.

Le lac de Scutari (\eBlat des Albanais, le Blaio des Slaves) a environ 30 kilomètres de long sur 12 de large; ce lac, également très-poissonneux, a ses plus grandes profondeurs dans la partie occidentale', vers laquelle on rencontre cependant plusieurs ilôts élevés^ plus éloignés de la rive orientale que du côté opposé. Il se jette dans la mer Adriatique par la Bojana.

Le lac de Janina, qui se divise en lac supérieur nommé LabschistaSy et en lac inférieur ou de Janina^ situé à 500 mètres au-dessus du niveau de la mer, a environ 30 kilomètres de long sur 15 de large; il est alimenté par des torrents et des sources et déverse ses eaux dans le golfe d'Arta par un canal souterrain.

Le lac de Gastoria, entouré de montagnes à pentes assez fortes, ne laisse à son pourtour qu'une lisière de 2 kilomètres environ pour la culture. Ce lac, plus long que large, a une profondeur qui dépasse 20 mètres. Le canal d'écoulement du lac de Gastoria est la rivière Sdreotza, qui se jette dans Tlndje-Karasou,

Le lac Jenidsche reçoit la Wistritza et le Niausta;

son canal d'écoulement, le Karasmak, déboache dans le Vardar.

Les autres lacs qui méritent d'être mentionnés sont ceux de Nicowetz et de Plava, en Albanie; de Karlas, dans la plaine de Larisse ; de Takinos, de Betschik (renfermant plusieurs petites îles), de Televo, de Presbau, en Macédoine; le lac de Mostar, en Bosnie.

Dans la Valachie on rencontre beaucoup de lacs le long du Danube; mais ce sont plutôt des marais que des lacs ; il en est de même de ceux de la Moldavie près de Galatz.

Les cours d'eau sont également nombreux dans la Torquie d'Europe; parmi les principaux fleuves on cite le Danube, la Maritza, le Karasou, le Vardar, l'Indje-Karasou, la Salambria, l'Artzen, le Drin, la Narenta, etc.

Le Danube est le principal fleuve de la Turquie d'Europe; il atteint le territoire turc à Belgrade et se jette, après un parcours de 1,134 kilomètres, par trois embouchures principales, dans la mer Noire (1). Son parcours est mitoyen sûr une longueur de 222 kilomètres, de Belgrade àOrsova, point de jonction des limites du Banat, de la Servie et de la Petite Valachie; la rive droite du fleuve appartient exclusivement à la Turquie à partir d'Orsova jusqu'à l'embouchure dans la mer Noire, sur une distance de 912 kilomètres.

(i) L'embouchure Saint-George ou Chedrile-Bogasi (presque enlièrcment ensablée) , le Kiiia-Bogasi et le Sulina-Bogasi. Le Danube a eu, il y a huit siècles, six débouchés. Le Sulina-Bogasi ou Souiina est le seul bras assez profond pour la navigation.

Le Danube a pour affluents, à gauche : le Schyle , TAluta, leVede, la Dumbrowitza, la Jalomnilza (rivières de la Valachie), le Sereth, qui forme les limites entre la Valachie et la Moldavie, et le Pruth. Les affluents à droite sont : la Save, qui reçoit TOuna, la Sana, le Verbas, rUkrina, la Bosna, TUsora, le Jalla, le Krivaia et la Drina (celte dernière forme la limite entre la Servie et la Bosnie) ; le Pek, la Morava serbe, qui a pour principaux affluents le Lipovatscha, la Grabova, le Rsav, le Detschina, la Moravitza avec deux grands torrents et la Garonschitza; le Timok (qui sépare la Servie de la Bulgarie); le Lom, formé du Lom noir et du Lom blanc, qui débouche dans le Danube à Routschouk; Tlgustul, le Skitoul, Tlsker, le Vid, TOsma, la Lantra.

La Maritza [VHebrus], fleuve de Thrace, prend sa source dans le grand ^alkan et se jette, après un parcours de 385 kilomètres, dans le golfe d'Énos sur la mer Egée; elle a pour affluents TArda et la Tondja.

Le Karasou ou Strouma, le Strymon des anciens, prend ses sources dans le Rhodope, reçoit les torrents qui descendent du Rilo-Dagh et du Perin-Dagh, traverse la plaine de Seres, le lac de Takinos et se jette dans le golfe d'Orphano.

Le Vardar, Yj4ocitis des anciens, prend ses sources dans les montagnes de Koslovo et de Kalkandel (Tschar- Dagh), traverse la Macédoine, et se jette, après avoir franchi les gorges de Poliana et de Gradiska, entre les montagnes de Demir-Kapi et le Velitz-Dagh, dans le golfe de Salonique. Le Vardar reçoit les eaux de nom-

tS EMPIRE DE TURQUIE.

breux torrents, entre autres celles du Bania, du Sari-' goêl, du Lepinilza, de TUskioub-Sou , du Velika- Rieka, etc.

Llndje - Karasou ou Wistritza prend sa source dans le Pinde et se jette également dans le golfe de Salonique après avoir parcouru les gorges des contreforts qui lient TOlympe au mont Bourenos. 11 reçoit un grand nombre de torrents coulant des versants oriental et occidental du Pinde ; les principaux sont : le Grammousi, la Primonitza, le Venetiko, le torrent des villages de Bogas et de Telka.

La Salambria, le Pénée des anciens, se jette dans le golfe de Salonique, après avoir traversé la plaine marécageuse mais très-cultivée de Larisse.

Le Loum, le Scoumbi, le Mati, la Bojana, le Drin, formé du Drin Noir et du Drin Blanc, se jettent dans la mer Adriatique, ainsi que TArtzen qui y a son embouchure au Nord du cap Pâli, après avoir traversé la plaine maritime cultivée et fertile de Schjack; le cours inférieur de la Narenta, qui sort des Alpes Dinariques, appartient à la Dalmatie autrichienne.

CINQUIÈME SECTION

ComposlUon da sol et prodactlons des trois rèsnem. — Climat.

Le sol accidenté de la Turquie d'Europe témoigne des bouleversements produits par l'évolution plutonienne ou volcanique ; aussi y trouve-t-on presque toutes les espèces de roches plutoniques connues. Les

principales chaînes de montagnes se composent de granit, de gneiss, de trachile, de siennite, de serpentine, de talc, de mica et d'autres formations primitives ou de transition, intercalées dans les lits de sable et de calcaire.

Les plus grandes chaînes de schistes cristallins sont : leDespoto-Dagh, le Perin-Dagh, la presqu'île de Chalcide sur laquelle se trouve le mont Athos, le Rhodope, le Balkan et la chaîne côtière de la mer Noire; les autres montagnes cristallines et schisteuses sont pour la plupart des massifs ou alternent les micaschistes, les lalcschistes et les schistes argileux.

Le sol tertiaire et alluvial occupe, avec le sol crétacé et les schistes cristallins, presque toute la Turquie d'Europe. Ce sol se divise en plus de trente bassins, dont les plus grands sont ceux de la Valachie et de la Bulgarie danubienne, et le bassin de la Thrace, formé par la Maritza et ses aiSuents. Les autres bassins sont ceux de la Salambria ou de laThessalie, les vallées de Tlndje- Karasou, de la Grande-Morava, du Vardar, de Seres et de Monastir en Macédoine; de Scutari et d'Alessio en Albanie ; les bassins de la Sana et de l'Ouna en Croatie; de la Save en Bosnie, de la Koloubara en Servie et de la Narenta en Herzégovine.

Animaux. — Les forêts de la Turquie sont peuplées d'un grand nombre d'animaux sauvages; on cite principalement l'ours brun, le loup, le chacal, le lynx, le renard. Le gibier de chasse comprend le sanglier, le chamois, la gazelle, le bouquetin, le chevreuil, le daim, le cerf, le lièvre, le lapin; les petits animaux comprennent : la belette, le putois, le loir, le blaireau, la

martre commune, la fouine, la loutre commune, l'écureuil, le chat, le hamster commun, la genette commune, le mulot, le rat, le lérot, le campagnol, le rat d'eau, les chauves-souris (rhonolopes et vespertiliens), le hérisson, la musaraigne commune, la taupe.

Les animaux domestiques sont entretenus en grandes quantités; lesdifférentes espèces comprennent : le cheval, le mulet, Tàne, le chameau, le buffle, le bœuf, la vache, le mouton, la chèvre, le cochon, le chat; cinq races de chiens : le chien de berger, le chien loup, le chien dogue, molosse ou de boucher, le chien courant et le lévrier. Les épagneuls, les bassets et les barbets se rencontrent plus particulièrement dans les grandes villes.

Les oiseaux de proie sont très-nombreux en Turquie, à cause des grands espaces de terrains incultes et de la quantité des cadavres d'animaux qu'on n'enfouit pas. Ces oiseaux détruisent beaucoup le petit gibier, et, dans les montagnes peu fertiles, les habitants leur font une guerre incessaùte pour protéger leurs champs de maïs. Les oiseaux de proie les plus communs sont les vautours et les faucons , principalement le grand vautour [Aasgeyer des Allemands); on y rencontre également des buses, des busards , des milans aux yeux noirs, des crécerelles, des hiboux, des chats-huants, des chouettes et des effraies. L'aigle impérial , l'aigle criard et le vautour fauv« d'Egypte ne se montrent que dans les hautes montagnes.

Les marais et les bords des fleuves et rivières sont

habités par une foule d'oiseaux aquatiques. Parmi les échàssiers, on cite : les outardes, les pluviers, les vanneaux, les huîtriers, les grues communes, les hérons, le grand courtier, le courlis, les bécasses, les bécasseaux, les râles, les poules d'eau, les foulques, etc. Les cigognes abondent principalement dans les parties marécageuses des plaines de la Bulgarie, de la Thrace occidentale, de la Thessalie et de TÉpire. Il y a dans la Thrace des villages où chaque maison est garnie d qn nid de cigogne.

Parmi les palmipèdes se trouvent le mergus podicepsy les goélands et les mouettes, les hirondelles de mer, le pélican, le cormoran, le harle huppé, les canards sauvages ; les poules d'eau pullulent dans les grands marais; les dindes, les oies et les canards sont partout élevés avec les poulets et les pigeons.

Parmi les gallinacés , on cite le ramier, le pigeon grosse-gorge, le pigeon des rochers, la tourterelle, le faisan, le coq de bruyère, le francolin, la perdrix, la bartavelle, la caille.

Parmi les passereaux se trouvent les pies-grièches, les merles solitaires, les grives, les loriots, les rubiettes ou rouges-gorges, le rossignol, les fauvettes, les hirondelles de fenêtre et de cheminée, les martinets, les alouettes à ailes blanches, l'alouette des bois, les mésanges, les ortolans, les moineaux, le pinson, les chardonnerets, les linottes, l'étourneau commun, le corbeau, la corneille, la pie, les geais.

Parmi les grimpeurs, on cite les coucous, les pics, les huppes, les guêpiers et les marlins-pètheurs.

Les reptiles ne manquent pas non plus, et parmi eux on doit citer Torvet, la couleuvre, la vipère commune et plusieurs espèces de crapauds. Des marécages ou des lieux très-pierreux, tels que FAcrocéraume, chaîne de montagnes de TÉpire, sont renommés pour la quantité de leurs serpents. Les lézards, gris et vert, sont fréquents ; on rencontre aussi le lézard ocellé, et, dans les lieux humides, le lézard doré, la salamandre d'eau.

Les tortues sont très-abondantes dans toute la Turquie, surtout dans les forêts de la Bulgarie ; mais elles ne sont pas mangées par les habitants qui les ont en grande aversion ; cependant elles pourraient devenir, comme les sangsues, un objet de commerce d'exportation et leur fournir une nouvelle branche de revenu . Dans les parties sauvages centrales où il n'y a que des halliers, on remarque beaucoup de tortues de terre ainsi que leurs œufs. La tortue d'eau douce, ou oistude tourbeuse, se rencontre aussi dans les rivières, comme dans le Karasou, la Salambria, etc.

Les poissons abondent sur les côtes de la mer, dans les lacs, fleuves et rivières. L'ichthyologie fluviale de la Turquie d'Europe n'est pas encore bien connue, ce qui fait que l'on ignore le nom de beaucoup d'espèces. On cite principalement le saumon, l'esturgeon, l'anguille, la perche, la carpe et surtout les truites qui fourmillent dans les torrents des montagnes. Les habitants ne se livrent pas beaucoup à la pêche fluviale, parce qu'ils reçoivent assez de poissons séchés el salft de la mer, du Danube, des lacs d'Ochrida

et de Scutari, en Albanie. Ce dernier lac est un des plus poissonneux : on y trouve des carpes et des truites qui pèsent 12 à 15 kilogrammes, des truites saumonées qui pèsent quelquefois 25 kilogrammes. Une autre pêche particulière au lac de Scutari est celle d'un poisson de la grandeur d'un hareng, appelé en italien scoranze, en serbe ouklieva^ que l'on y trouve en automne en quantité énorme. Cette pèche est d'une grande ressource pour les Monténégrins.

Les espèces d'insectes propres à la Turquie sont en petit nombre ; en général, elles ont une analogie frappante avec les insectes des autres pays de l'Eu* rope, et particulièrement de la France.

Dans beaucoup de districts on souffre des moustiques ou cousins, vu l'abondance des eaux stagnantes, des ma- ' récages et des rivages à lagunes.Dans les vallées chaudes, on est étonné du bruit extraordinaire des cigales , des sauterelles, du nombre des mouches, des vers luisants et quelquefois des papillons. Dans les bois il y a beaucoup de cerfs-volants.

Des nuées de sauterelles voyageuses viennent quelquefois d'Asie désoler les campagnes de la Valachie, de la Bulgarie et de la Thrace. Les sauterelles sont un véritable fléau pour l'agriculture en Turquie. Elles font de grands ravages dans diverses contrées et causentainsi de graves préjudices aux agriculteurs. La voracité de ces insectes, qui n'épargnent rien de ce qui est végétal, est telle, que dans certaines localités, des champs entiers de blés, des plantations de mûriers, des taillis, sont dévastés en quelques nuits ; le gouvern^ent accorde

des primes pour leur destruction. On trouve le scorpion, dans les maisons de la Turquie méridionale.

Après avoir nommé les insectes malfaisants, il faut aussi mentionner le ver à soie et l'industrieuse abeille, qui contribuent, pour une bonne part, au développement de la richesse des habitants. Les vers à soie se trouvent principalement, dans TAsie Mineure, à Brousse et ses environs. Dans la Turquie d'Europe, ils sont élevés dans laThrace, dans la vallée inférieure de la Maritza, dans la Chalcide, dans le Sud-Ouest de la Macédoine, dans la Thessalie, et en particulier dans le mont Pélion et dans rÉpire. On en élève aussi en Valachie. En Servie on n'élève le ver à soie que pour l'usage domestique.

L'éducation des abeilles est extrêmement répandue dans toute la Turquie, mais surtout dans la Valachie, la Servie, la Bosnie et l'Albanie.

Une espèce de cochenille se récolte sur le chêne coccifère dans l'Épire maritime.

Parmi les crustacés, les écrevisses abondent dans presque tous les petits torrents ; les Turcs, et même les chrétiens en partie, ont une prévention contre ces animaux ; cependant on en fait une grande consommation dans l'Épire et dans la Turquie grecque. On rencontre également dans ces pays une espèce de crabe de terre.

Les mollusques terrestres ne paraissent pas être aussi abondants en Turquie que dans d'autres pays de l'Europe; on n'en voit presque point pendant l'été à la surface du sol, dans plusieurs parties de la Thrace, de la Macédoine eyle l'Albanie. Lescalmars, ainsi que les mé-

dases , ne sont mangés que par les chrétiens dans les ports de mer, car les Turcs les ont également en aversion.

Les sangsues, qui abondent dans les marécages de la Servie, dans les marais si fréquents en Valachie et en basse Moldavie, dans ceux de la Bulgarie, sur les bords du Danube, etc., forment un article de commerce d'exportation très-considérable.

Végétaux. — Peu de pays offrent une diversité aussi grande de produits végétaux, tels que céréales, légumineuses, plantes industrielles, plantes potagères, arbres fruitiers des meilleures espèces et vignes. Dans les forêts qui couvrent de grandes étendues, on trouve plusieurs espèces de chênes, de pins et de sapins. La Servie et la Bosnie sont les pays de bois de chêne par excellence; les plus grandes forêts de sapins sont en Bosnie et dans la haute Croatie. Parmi les arbres qui s'associent aux chênes, on cite le tilleul argenté, les peupliers noirs et blancs, le tremble, Térable, le charme, les frênes et les ormes.

Les forêts de hêtres sont entremêlées de bouleaux et d érables. Dans les forêts des plaines et de basses montagnes, on observe le poirier sauvage, le cornouiller, le pommier et le cerisier sauvages, le noisetier dans les lieux montueux, et des bois de noyers sur les bords du Danube. Les forêts que possède la Turquie, tant en Europe qu'en Asie Mineure, pourraient fournir au trésor publicdes sommes immenses; mais elles ne sont soumises à aucun aménagement forestier et sont plutôt dévastées qu'exploitées. Des arbres destinés à fournir des flottes à rÉtat, des navires au commerce, des piiatières pre-

mière à l'iDdustrie, servent de bois de chauffage, ou sont livrés sur place aux flammes, faute de savoir les abattre, tandis que de jeunes arbres, forts et vigoureux, qui promettent aux forêts qu'ils peuplent une magnifique génération, sont abattus par la hache du bûcheron ignorant et vont approvisionner de bois de chauffage les villes du littoral de la mer (1).

Minéraux. — La Turquie' d'Europe possède une grande variété de minéraux. On y trouve des mines d'or, d'argent, de cuivre, de fer, de plomb, de mercure, de salpêtre, de sel gemme, de soufre, d'antimoine, de blende, de calamine, de houille Parmi les pierres, sablos et terres employés par les arts et l'industrie, on compte : les argiles fines et communes, le sable quartzeux, la marne, la craie, le granit, les marbres, la syénite, la serpentine; les pierres de construction, à chaux, à plâtre, a aiguiser, à fusil, etc. ; des pierres meulières.

Les minéraux les plus abondants sont le fer et le cuivre; l'argent se rencontre ordinairement allié au plomb et au cuivre. Les montagnes de la haute Mœsie, près de Novi Brdo, de Kratovo et de Janievo, à l'Est du bassin de Kossovo, le mont Vitosch, près de Sophia, renferment des mines d'or et d'argent; beaucoup de fleuves et rivières charrient du sable aurifère.

Les eaux minérales , connues en Turquie, sont la plupart thermales et hydrosulfureuses; on y trouve des

(1) Ce paragraphe se complète pnr ce qui a été dit plus baut, à I*aspect du pays. pag. 11 et suiv., et par le chapitre III, qui traitera de l'agriculture.

eaux acidulés froides et chaudes ; des sources hépatiques froides, des eaux ferrugineuses, des eaux salées et des eaux muriatifères; les eaux chaudes se rencontrent dans toutes les provinces, à lexception de l'Albanie et de la Bulgarie.

Climat. — Le climat de la Turquie d'Europe varie, dans les divers pays qui la composent, suivant leur position, leur hauteur et les montagnes qui les entourent. En général, le climat y est doux et salubre, moins agréable cependant que dans les pays de l'Europe situés sous la même latitude, à cause des vallées ouvertes dans la partie orientale aux courants atmosphériques venant de la Russie.

Le Balkan, chaîne centrale des montagnes, se dirigeant de l'Ouest à l'Est, divise la Péninsule en deux zones climatériques ; dans les pays situés au Nord, le climat est plus âpre que dans les versants méridionaux de cette chaine.

La Bosnie est garantie des vents froids du Nord par les nombreux contre-forts qui séparent les affluents du Danube, et jouit d'une température plus douce que la Bulgarie.

La Yalachie et la Moldavie sont les plaines les plus froides de la Turquie; les fortes chaleurs d été alternent avec les hivers rudes et persistants. La Moldavie est même plus froide que la Yalachie, à cause de son sol montueux.

La Thessalie et l'Épire paraissent les pays les plus chauds; la végétation n'y est jamais interrompue, tandis que dans les montagnes élevées du Pinde, l'hiver

dure plus de six mois, et le reste de Tannée il n*y fait guère chaud. Dans les vallées de TAlbanie maritime, la chaleur de Tété est insupportable, tandis que dans les pays situés' au Nord et à l'Est, elle est tempérée par les vents qui soufflent de la mer Noire. Dans les montagnes de la Macédoine et de la Thessalie orientale, l'atmosphère est constamment chargée des vapeurs de la mer Egée, qui remontent sans cesse vers ces hauteurs.

A Constantinople, la température moyenne est de 11 degrés 7 Réaumur; la chaleur moyenne est en été de 15 degrés et en hiver de 5, et la température se maintient à 10 degrés jusqu'au milieu du mois de novembre. Il y pleut rarement pendant les mois de mai, juin, juillet et août; cependant le temps y est trèsvariable, à cause des changements continuels dans les courants atmosphériques; on compte en moyenne 100 à 120 jours de pluie par année.

Des ouragans ravagent quelquefois la Turquie méridionale, et ont une telle violence qu'ils déracinent les arbres, tuent les bestiaux, etc.; mais les trombes y sont plus fréquentes, principalement dans la plaine de la Thessalie et sur le lac de Janina. Dans quelques contrées basses et marécageuses, les habitants sont exposés à des fièvres d'ailleurs faciles à prévenir en prenant certaines précautions. Du reste, les étrangers s'acclimatent sans peine dans la Turquie d'Europe.

SIXIÈME SECTION

Aspect, productions du sol et climat de TAsIe Mineare et de la Syrie.

L'Asie Mineure est un pays montagneux, couvert de nombreuses ramifications du Taurus, dont plusieurs massifs atteignent le niveau des neiges perpétuelle^.

La branche méridionale du Taurus commence au bord de TEuphrate, aux environs de Mélatija, où elle atteint environ 3,000 mètres d'élévation, parcourt la Caramanie et la partie Sud du pachalik d'Anatolie, et finit sur les lies de TArchipel grec. Elle envoie, dans la direction du Sud et du Nord, plusieurs branches qui portent des noms propres, tels que TAllàh-Dagh, le Bulgar-Dagh, le Dschebel-C4urin , etc. La branche septentrionale ou TAnti-Taurus court parallèlement à la mer Noire, à peu de distance de ses côtes, et finit au Bosphore ; elle projette vers le Sud-Ouest une autre branche, dans laquelle se trouve le mont Olympe d'environ 2,700 mètres de hauteur, et qui se termine au golfed'Adramiti, dans le mont Ida, hautdel, 700 mètres. Entre ces deux chaînes principales il s'en élève plusieurs autres, dont quelques-unes atteignent des hauteurs considérables. La plus haute de toutes est TErfisch-Dagh, montagne volcanique d'une forme arrondie, ayant environ 4,000 mètres de hauteur.

Le centre de l'Asie Mineure forme, du Nord-Est au Sud-Est, une vaste plaine, entourée de montagnes, et élevée à 1,600 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Les côtes de TAsie Mineure présentent, en raison de leur grande étendue, des aspects différents : la côte Nord de la mer Noire offre peu d'irrégularités ; les rochers hauts et perpendiculaires qui la couvrent s'avancent peu dans la mer, très-profonde sur la côte Est. Les côles de TOuest, arrosées par la Méditerranée, sont très-escarpées et rocheuses. Les côtes méridionales sont égatement couvertes de hauts rochers s'avançant jusqu'au bord de la mer; on n y trouve qu'un petit nombre de baies, parmi lesquelles on cite celles de Macri, de Satalieh et de Scanderoum. Les principaux caps sont ceux d'Intsche et de Kerempe au Nord ; les caps Baba, Karaburnou, Arbora, Arkyalla et Kris à l'Ouest; Khelidonia, Anémour, Karatasch et les Sept Caps, au Sud.

L'Asie Mineure possède un grand nombre de lacs salés et d'eau douce; le plus grand est le ïustchly (le Tatta palus des anciens), à 125 kilomètres Nord-Est de Konia, d'une longueur'd'environ 80 kilomètres sur 20 de largeur. Les eaux de ce lac diminuent beaucoup en été; ses bords se convertissent, dans cette saison, en une grande plaine couverte de cristaux salins. Les autres lacs sont ceux de Kara-Hissar, d'Ak-Schehr, d'Egirdir, de Bei-Schehr, de Sogla, de Chardak, de Buldur, de Nicée et d'Apollonia.

Les plus grands fleuves de l'Asie Mineure se jettent dans la mer Noire; ce sont : le Kizil-Ermak (l'ancien Halys), l'Yéchil-Ermak (l'ancien /m), le Sakaria (Sangorius) ; ceux qui ont leur embouchure dans l'Archipel grec sont : le Buyuk-Mendéré (Méandre) et le Kutchuk-

Mendéré (Caïstre); le Bakyr-Tschai [Caïcus)el le Gédis- Tschdd [Y Hermus) qui, renommé dans Tanliquité par les richesses aurifères que charrient ses flols, se jette, après un parcours d'environ 300 kilomètres, dans le golfe de Smyrne. Les affluents de la Méditerranée sont : TErmének-Sou ou Gheuk-Sou (le Calycadnus, rivière bleue), le Kara-Sou (Cj/dwMi>'), le Seihoun-Tschai (Sarus) et le Djihoun-Tschai (Pyramus).

La description suivante sur Taspect général de TAsie Mineure est extraite du travail important de M. Pierre de Tchihatchef (1), attaché de l'ambassade de Russie à Constantinople, et qui, il y a une vingtaine d'années, a voyagé pendant trois ans dans cette partie de l'empire.

c( On distingue dans l'Asie Mineure deux grandes régions, celle des plateaux et celle des montagnes. La première, qui occupe la partie centrale de l'Asie Mineure, embrasse presque le tiers de cette contrée. Bornée à l'Ouest par le Méandre et l'Hermus, elle s'étend à l'Est jusqu'aux parages de Sivas; sa limite septentrionale est marquée par les parallèles de Sivas, Juzgat et Angora; sa limite méridionale, par ceux d'Erégli et de Karaman. Cette région se compose^ comme son nom l'indique, d'une suite de plateaux ou de bassins, les uns légèrement ondulés, les autres à surfaces parfaitement horizontales et entre lesquels des montagnes , presque toutes dirigées du Nard-^Quest au Sud-Est, forment autant de barrières naturelles. Bien qu'isolés ainsi par

(1) L'Asie Mineure et V Empire Ottoman, dans la Bévue des Deux Mondes du 15 mai 1850.

les renflements du terrain, ces divers bassins n'en ont pas moins une physionomie commune. Sans parler de l'absence presque complète de végétation arborescente, qui imprime aux plaines centrales de l'Asie Mineure un cachet tout particulier de monotonie et de tristesse, on peut noter encore comme traits caractéristiques de cette région , l'uniformité de la constitution climatologique. Dans la plupart des plateaux, cette uniformité est très-marquée, et la moyenne annuelle de la température rappelle le climat du Nord de la France et de l'Allemagne, avec cette différence que l'Asie Mineure a des hivers plus froids et des étés plus chauds. Aussi y cultive-t-on la vigne qui, bien que souvent endommagée par les froids de l'hiver , comme dans la plaine d'Isparta, à Konia, Dennir, etc., y arrive cependant très-vite à maturité. Quant aux figuiers, aux oliviers et autres arbres qui exigent la température du midi de l'Europe, la région des plateaux en est complètement privée...

<c La plus grande plaine de la région des plateaux dé l'ancienne Lyaconie qui, à quelques interruptions locales près, s'étend depuis Karaman et les ramifications méridionales du mont Argès jusqu'au Sangorius et au lac salé de Tustchly, a une superficie de 600 milles ou lieues géographiques de 15 au degré (environ 33,000 kilomètres), et n'offre à peine que 3,000 kilomètres de terrains cultivés; cette plaine est une 'vaste solitude seulementoccupée,à de larges intervalles, par quelques tentes de tribus kurdes...

a La région montagneuse comprend les parties occi-

dentale, septentrionale et méridionale de l'Asie Mineure. C'est surtout dans la partie méridionale que se développe l'imposante chaîne du Taurus, dont les ramifications infinies traversent la Perse et atteignent jusqu'aux mystérieuses contrées de l'Asie centrale. La partie montagneuse est la plus belle et la plus riche portion de l'Asie Mineure. Dans la région des plateaux, dans les plaines d'Isparta, de Konia, de Kaisaria, par exemple, c'est la culture des céréales qui domine : dans la région montagneuse, à la culture des céréales il faut ajouter toutes les richesses végétales du midi de l'Europe. A côté des hautes montagnes, cette région présente des surfaces planes assez étendues; par exemple, les belles et petites plaines de Mohalitch, les bords des lacs d'ApoUonia et de Nicée. Il y a aussi, dans la région des montagnes, de vastes et profondes vallées dont quelques-unes deviendront un jour les grandes artères commerciales et industrielles de l'Asie Mineure. Lavallée du Kizil-Ermak, celle du Yéchil-Ermak, celle d'Ermenek, celles du Méandre, du Caistre et de l'Hermus, tiennent le premier rang parmi ces territoires privilégiés.

« Lavallée du Kizil-Ermak (l'ancien /?a/t/s) commence à peu près dans les environs du village Kaledchuk, au Nord-Est d'Angora ; elle suit la belle rivière du Kizil- Ermak dans toutes ses sinuosités capricieuses et s'étend jusqu'à l'embouchure de ce cours d'eau dans la mer Noire; elle a plus de 45 milles géographiques (333 kilomètres) de long.

a La vallée qui borde l'Yéchil-Ermak [Y Iris), et qui^ depuis Tokat jusqu'à l'embouchure de cette rivière

dans le Pont-Euxin, a plus de 25 milles géographiques (195 kilomètres) de long; cette vallée se prête également à la culture des céréales et à Télève du ver à soie...

<( La production des céréales est plus considérable encore que la production de la soie dans la vallée du Yéchil-Ermak , car les deux provinces d'Amasia et de Tchorum, traversées par cette vallée, donnent à elles seules annuellement 70 millions d'ocques (environ 100 millions de kilogrammes) de blé, dont une partie fort considérable est exportée en Europe. Le montant de cette production pourrait être facilement décuplé si toute rétendue des terres susceptibles de culture était effectivement exploitée. . .

c( La vallée d'Ermének, qui traverse du Nord-Ouest au Sud-Est laCilicie Pétrée, est arrosée par TErmének- Sou ( l'ancien Calycadnus). C'est peut-être la vallée la plus pittoresque de l'Asie Mineure. Encaissée entre deux rem-parts de montagnes qui ne la quittent qu'à l'embouchure de l'Ermének-Sou, où commence la superbe plaine de Selevké, la vallée d'Ermének jouit des avantages d'un printemps presque perpétuel, et captive le naturaliste par l'immense variété et la richesse de sa végétation, qui revêt quelquefois le type d'une flore tropicale.

« La vallée du Méandre (Buyuk-Mendéré), celle du Caïstre (Kutchuk-Mendéré), celle de l'Hermus (Gédis- Tchaï) et enfin celle du Caïcus (Bakyr-Tchaï) aboutissent toutes^vers l'Archipel grec, et, comme c'est sur le littoral occidental de l'Asie Mineure que se trouvent situés les ports de mer les plus nombreux et les plus

favorisés par la nature, ces quatre vallées acquièrent une haute importance commerciale. Les nombreux produits consistent principalement en riz, tabac, maïs, opium, céréales et huile d olive. Le sol, dans ces vallées, est d une fécondité merveilleuse. La partie Nord-Ouest de la plaine du Méandre est la mieux cultivée...

a La vallée du Caïstre, celles de THermus et du Caïcus sont tout aussi fertiles que la vallée du Méandre, mais moins activées que cette dernière ; elles sont de plus envahies en partie par de vastes marécages qui ne naissent et ne se développent que faute de quelques précautions prises pour empêcher Taccumulation des détritus charriés par les rivières. La vallée du Caïcus, qui s'étend le long du littoral et va se rattacher à la belle plaine d'Adramiti, est surtout d une admirable fertilité. Non-seulement elle est favorable à la culture du riz qui, à en juger par le peu qu'on en récolte, donne un produit peu inférieur aux qualités les plus recherchées de Damiette, mais elle fournit encore la plus forte portion de grains et d'huile d'olive exportés en Europe par les échelles d'Aïvali et de Tchanderly...

« Les côtes de l'Asie Mineure, les côtes méridionales surtout, présentent de superbes forêts de chênes et de pins, qui pourraient donner non-seulement de nombreux matériaux de construction, mais aussi d'excellents bois de mâture. Plusieurs régions de l'intérieur offrent également de grandes richesses forestières qui, faute de moyens de transport, sont complètement perdues pour le pays , de telle sorte qu'il n'y a que les forêts de la Gilicie Pétrée et de llsourie qui soient en partie

Utilisées, mais encore seulement pour le commerce avec le reste de la Turquie ou bien avec TÉgypte. »

Il faut encore ajouter à ces produits les nombreux troupeaux de bestiaux que possède l'Asie Mineure. On y élève des chevaux, des ânes d'une belle race, des mulets, beaucoup de chameaux, du gros bétail, des buffles destinés au labour, des moutons à grosses queues, des chèvres ordinaires et des chèvres d'Angora, des abeilles, des vers à soie, etc.

Comme on Ta vu , les principales productions agricoles de TAsie Mineure sont les céréales; les autres productions du sol consistent en riz, fruits, légumes de toute espèce, vins, tabac, coton, lin, chanvre, huile d olive, opium, garance, safran, noix de galle, vallonnée, graines d'Avignon [djéhri). Les collines et les versants des montagnes sont presque tous couverts de mûriers. Mais ce n'est point pourtant à la surface du sol qu'il faut chercher les principales richesses de l'Asie Mineure. Les chaînes de montagnes qui la traversent en tous sens cachent dans leurs entrailles d'autres trésors qui sont restés trop ignorés jusqu'à ce jour. Il y existe des mines d'or, d'argent, de cuivre, de fer, de plomb, de sel gemme et de charbon de terre. On y trouve également des carrières de beaux marbres, d'albâtre, de pierres de taille, à chaux, à plâtre; du salpêtre, de l'écume de mer, de l'émeri, des terres à potier, etc., et, dans différentes parties, des sources minérales et thermales dont les plus renommées sont celles de Brousse,

La Syrie est couverte par le Liban et PAnli-Liban, chaînes de montagnes renfermant de vastes territoires

et se composant d'une multitude de sommets et de vallées. Le Liban propre s'étend du Nord au Sud le long de la mer et se rattache au plateau de l'Asie Mineure ; il est coupé par le cours de l'Aasi et se termine au N.-E. de Sour (l'ancienne Tyr). L'Anti-Liban est situé à l'Est et court parallèlement au premier, séparant le bassin de l'Aasi de celui de l'Euphrate. Les deux chaînes entourent la vallée, célèbre dans l'antiquité, connue sous le nom de Coele-Syria. A l'Est et à l'Ouest, il s'en détache des rameaux qui vont se perdre dans le désert, et vers la mer où ils se terminent quelquefois en chutes rapides, mais le plus communément en pentes douces. Du pied oriental de ces montagnes jusqu'à l'Euphrate, s'étend le désert de Syrie, entrecoupé de chaînes arides et qu'habitent diverses tribus de Bédouins. La partie occidental^ de la Syrie Bst très-montagneuse, tandis que celle qui s'étend à l'Est jusqu'à l'Euphrate est presque entièrement plate. Les faîtes les plus élevés du Liban sont au Sud-Est de Tripoli où ils atteignent une hauteur de 3,000 à 4,000 mètres. On remarque dans cette chaîne les monts Carmel, Ëbal et Gérizim.

La côte de la Syrie est presque droite et offre peu de bons ports, à cause de leur ensablement par les vents d'Ouest.

Dans les vallées existent plusieurs lacs dont le plus vaste est la mer Morte ou lac Asphaltite, l'un des points les plus bas du. globe, ceux de Tibériade, d'Anlioche, d'Alep et de Damas (1). Le lac de Van se trouve

(1) a La région qui entoure la mer Morte est âpre et triste ; mais le limpide miroir de ses eaux salées reflète admirablement les

dans r Arménie, au milieu du pachalik du même nom.

L'Aasi (Y Orontes ou YAxius des anciens), affluent de la Méditerranée, le Jourdain, qui se jette dans la mer Morte, sont les principaux cours d'eau de la Syrie. Ce qui distingue le Jourdain de tous les autres fleuves du vieux monde, ce sont ses bords et la merveilleuse forêt vierge qui les couvre.

L'Euphrate (appelé Frat par les Turcs), prend son origine à environ 30 kilomètres d'Erzeroum et n'arrose que la frontière Nord-Est de la Syrie. Ce fleuve célèbre a pour principaux affluents, à droite^ le Kerasou, à gauche le Murad, le Tigre et le Kerah. L'Euphrate se jette dans le golfe Persique, sous le nom de Schat-el-Arah.

Le climat, très-chaud sur la côte et dans les plaines inférieures, est tempéré dans les vallées et sur les montagnes. Toutefois, dans les vallées, à TEstde la chaîne du Liban, l'élévation du sol fait que l'hiver y est plus rigoureux, sans que l'été soit moins chaud.

La Syrie a passé en tout temps pour un pays délicieux, à cause des avantages de son climat, des productions de son sol aussi variées qu'abondantes. Le sol des vallées et des plaines (à l'exception du désert et de la lisière orientale) est, en général, d'une étonnante fertilité. Celui des montagnes^ quoique beaucoup moins

beautés du ciel. On dit qu'aucun poisson ne vit dans la roer Morte, qu'aucun oiseau n'en approche, qu'aucune végétation ne Tombrage. Eh bien , poissons alertes et bien vivants, arbustes en fleurs où chantent les oiseaux, rien ne manque, je puis l'assurer, à ce lac maudit, rien, si ce n'est l'eau potable. » Asie Mineure et Syrie j par M™« la princesse de Belgiojoso. Paris, 4858, un vol. in-8«, p. 211.

fécond, est cependant assez bien cultivé. Outre ie fro* ment, le seigle, lorge, les fèves et le coton que Ton cultive partout, on y trouve encore une foule d'autres plantes utiles ou agréables. La Palestine abonde en sésame, graine dont on extrait une huile aussi bonne que celle d'olive et qui ne fige jamais; le maïs prospère dans le sol léger de la vallée de Balbek, le riz est cultivé avec succès sur les bords des marécages de Haoulé. La canne à sucre réussit parfaitement sur la côte. La cochenille donne des produits importants. L'indigo croit sans culture sur le bord du Jourdain. Les coteaux de Latakié produisent d'excellent tabac à fumer et sa culture se répand dans toutes les montagnes. Dans les environs d'Ântioche et de Rama, l'olivier croit à la hauteur du hêtre. Le mûrier blanc, nourriture du ver à soie, fait la richesse du pays des Druzes, et la vigne y donne des vins excellents. Â ces produits, il faut ajouter les limons, les poncires et les pastèques cultivées dans les jardins de Jaifa; les dattes et les grenades de Gaza; les oranges de Tripoli; les figues et les bananes de Beyrout, les pistaches d'Âlep. Enfin Damas se vante avec raison de réunir tous les fruits des contrées méridionales d'Europe.

Outre la belle race de chevaux arabes, le buffle et le chameau , on élève en Syrie tous les animaux domestiques connus en Europe. Les plaines, les montagnes et les marais servent de refuge à des gazelles, à des sangliers et à une prodigieuse quantité de chacals. On n'y rencontre ni le lion, ni l'ours; le cerf, le daim, le loup et le vrai renard y sont peu connus. Parmi les

oiseaux les plus remarquables , on cite le colibri et le pélican, ainsi que le samarnar (espèce de loriot) , destructeur-né des sauterelles qu'il poursuit en troupes nombreuses. Les oiseaux aquatiques pullulent dans les marais; le gibier de chasse n'est abondant que dans certains districts. La pêche des éponges est une des principales ressources des habitants des localités maritimes.

La Syrie possède de belles masses de forêts, composées principalement de sapins, mais que le défaut de routes laisse inexploitées. Les fameux cèdres du Liban se trouvent dans les environs de Bakriva, village situé dans une vallée circulaire de cette montagne (1).

Le fer est le seul minéral qui abonde en Syrie ; il y existe également quelques mines de cuivre, de charbons de terre, de plomb argentifère, mais elles ne sont pas exploitées. On y trouve, en outre, du sel, de Tasphalte, du marbre, de l'albâtre, de la pierre à chaux, de la terre à foulon. Les eaux thermales de ïibériade sont très-renommées.

(1) Certains auteurs prétendent qu'on n'y trouve plus de ces arbres. La princesse de Belgiojosa affirme qu'ils existent encore sur une étendue de iO ou 12 arpents. « Ce qui nous avait semblé un mamelon couvert d'arbustes, est en réalité un groupe de tertres entièrement recouverts par les cèdres, et pour ainsi dire nivelés par leurs cimes, car les plus grands de ces arbres, croissant précisément dans les ravins qui séparent les mamelons, forment une masse sombre et compacte, comme si le tout ne se composait que d'une seule éminence. » (Ouvrage cité, pag. 176 et 336.)

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