‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 92 sur 367 · Sur les toundras, voir t. Ier, p. 151 et · texte numérisé non relu

Sur les toundras, voir t. Ier, p. 151 et

mais partout ailleurs que dans la région tout à fait agricole ou du terreau noir, elle cède le pas soit à l'industrie, soit à rélève des chevaux, des bestiaux et des bêtes à laine. Là où elle a essentiellement son siège, on voit qu'il y a en moyenne près de 5 déciatines, non pas par famille, ou même par individu mâle, mais par individu quelconque; or, cette région, si le chiffre qu'on lui attribue est exact, a une étendue qui dépasse de beaucoup celle de la France et même de l'Allemagne.

Relativement à la Russie d'Asie, pour ne pas la laisser entièrement de côté, nous nous bornerons à dire quelques mots. Des 265,000 milles carrés ou 1,330,000,000 déciatines dont elle se compose (sans compter la Transcaucasie), il faut retrancher 175,000 milles carrés ou 882 millions de déciatines comme impropres à la culture. Restent néanmoins pour la colonisation au moins 448 millions de déciatines, c'est-à-dire une superficie égale à celle de toute la Russie d'Europe et qui par conséquent serait à même de nourrir jusqu'à 50 millions d'habitants. Seulement, ces bonnes terres sont, de toutes parts, environnées de déserts, sauf la contrée de l'Oussouri, la meilleure partie des possessions russes en Asie, ayant environ 1,500 milles carrés d'étendue (7,560,000 déciatines), et qui possède d'excellents ports sur la mer du Japon, depuis l'embouchure de l'Amour jusqu'à la baie de Victoria ou de Pierre le Grand (ou de Possiet).

En somme, l'aisance doit être très-inégalement répartie sur l'ensemble du territoire; néanmoins, partout il est amplement pourvu à la subsistance des habitants, et nous pouvons hardiment répéter ce que nous avons dit plus haut, c'est qu'en définitive la Russie, malgré sa nature continentale, malgré l'absence de villes populeuses en dehors des deux capitales, n'est pas une terre mal partagée et qu'à vrai dire elle ne manque de rien. Nous n'allons pas pour cela jus-

qu'à répéter ce que nous venons de lire dans un ouvrage récent1.» Au point de vue de l'économie politique, y est-il dit, la Russie est le plus riche de tous les pays civilisés du monde, car elle possède le territoire le plus vaste et le plus inépuisable de la terre entière, et sous ce rapport l'Amérique du Nord peut seule se mettre en parallèle avec elle. » Non, la Russie n'est pas plus riche, tant s'en faut, que nos pays d'Occident ou du centre de l'Europe ; les écrivains qui affirment cela ou n'ont pas suffisamment étudié la matière , ou font acte de courtisanerie. Celui de tous qui connaît le mieux l'état économique de cet empire , et que nous avons nommé plus haut, arrive à de tout autres conclusions. Un économiste parisien a hautement soutenu la thèse diamétralement opposée, mais entre l'affirmation : La Russie est pauvre, et l'affirmation : La Russie est plus riche que d'autres pays, il y a de la marge suffisante pour la vérité, qui, comme presque toujours, se trouve à égale distance des deux extrêmes.

Arrivant enfin à la propriété, nous ferons remarquer que nous en indiquons ici l'assiette telle qu'elle était jusqu'à la grande loi de l'émancipation des serfs, du 3 mars 1861, et non pas tout à fait telle qu'elle est au moment actuel, où cette loi a déjà introduit de notables et heureux changements. L'état actuel sera exposé plus loin , quand nous constaterons les résultats de l'émancipation. Pour le moment, nous traçons un tableau, vrai jusqu'en 1861, mais qui déjà appartient à l'histoire plus qu'à la réalité.

Tout d'abord, nous ferons deux parts relativement à la propriété du sol: la part du domaine de l'empire ainsi que des apanages de la famille impériale, et celle des particu-

1. Lebensbilder aus Russland , von einem ait en Veteranen (1863), p. 87.

tiers, y compris la propriété communale, ainsi que ce qui reste des biens du clergé.1

Domaines de l'empire et des apanages. En Russie , l'État n'est, ou du moins n'était, pas seulement , il y a à peine trois ans, le grand propriétaire par excellence; il l'était, comme on verra bientôt, de telle manière que ses propriétés égalaient presque celles de tous les particuliers pris ensemble. Dans certains gouvernements , ceux de Vologda et de Viatka par exemple, presque tout l'ensemble des terres (plus de 96 p. 100) était à lui. D'après M. Kolb*, qui cite le Journal du ministère des domaines, les propriétés de l'État auraient une étendue de 43,900 milles carrés ou 221 ,256,000 déciatines: cela ferait en effet près de la moitié de la Russie d'Europe; mais cela est inexact. Des auteurs mieux informés donnent les chiffres suivants : 81,200,000 déciatines de terre arable , avec près de 1 9 millions d'habitants ; puis 1 08,400,000 déciatines de forêts; total 189,600,000 déciatines, dont la valeur approximative serait de 4 milliards de roubles (16 milliards de francs), donnant un revenu de 45 millions, c'està-dire d'environ 1 p. 100 du capital. D'après Tengoborski8, les terres et les forêts de la Couronne', prises ensemble, occupent une étendue de 194,511,822 déciatines, ce qui, dit-il, fait 38,587 milles carrés géographiques, ou près des deux cinquièmes de toute la superficie de la Russie d'Europe.

«D'après le compte-rendu du ministère des Domaines (de-

1. Sur ceux-ci, voir Hupel, t. Ier, p. 197, la note. Les anciens et riches biens des églises et des couvents ont été, comme on sait, sécularisés par oukase du 26 février (8 mars) 1764. Ils comprenaient près d'un million de serfs, selon les uns, et même 3 millions d'après d'autres. Nous en reparlerons dans une des sections suivantes.

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