‹ L'empire des Tsars au point actuel de la science J. H. Schnitzler Le territoire, tableau naturelChapitre 259 sur 359 · Qu'il ne faut pas confondre avec les Bagralh de Géorgie · texte numérisé non relu

Qu'il ne faut pas confondre avec les Bagralh de Géorgie

4. Pour établir l'étendue de ces trois régions, nous avons compulsé, avec les données encore incomplètes de la description officielle en 1 vol. , Obosriniè rossiiskM vladénii sa Kavkasom, 1836, plusieurs autres et notamment celles d'un ouvrage, également russe, d'Oreste Iévelzki, 1835. Voici le résiliât de nos calculs : Géorgie avec les dépendances iudiquées, 54,000 kilom. carr.; Arménie, 18,000; provinces musulmanes, 48,000. Total, 120,000. — Les bassins du Daghestan, de la Tchetpbna, du pays des Koumuks, etc., peuvent avoir une étendue totale de 56,000 kilom. carr. ; ceux de la mer Noire , une de 32,000 ,

hydrographie; rassir du Korn et de l’araxe. 531

A part ces provinces, c’est l’Orient chrétien que ce bassin représente : par lui, l’Europe et sa civilisation pénètrent jusque dans le coeur de l’Asie.

Les deux grands fleuves de ce bassin ont besoin d’être décrits séparément.

Le Koxir ou Koura' a sa source dans l'Arménie turque (pachalik de Kars), au pied du versant septentrional du Taurus. 11 est le fleuve géorgien par excellence, car A l’exception de la partie inférieure de son cours, il arrose constamment des pays où règne cette langue. Sa longueur totale est de près de flOO verstes. D’abord il est dirigé du sud au nord jusqu’au delà de la forteresse d’Akhaltsikh, si pittoresquement située sur les hauteurs à une faible distance de ses rives; puis il se retourne vers le nord-est et l’est, jusqu’à son confluent avec l’Aragvi. En deçà de ce confluent, le Kour traverse, de l’ouest à l’est, le Karthli dans son milieu, et passe d’abord à Souram, lieu situé à 720 mètres au-dessus du niveau de la mer Noire, et à Gori, ville de district. A Mtskhétha, l’ancienne ville royale géorgienne, il entre dans le Somkheth, et, à peu de distance de là, après avoir tout à coup changé de direction et fait un coude vers le sud que les indigènes appellent le genou du diable ( dévis tuimoukli )

ce qui, ensemble, approche de très-près du chiffre de 209,440 kilom. carr. qui a été donné plus haut, p. 34, comme représentant l'étendue de la Transcaucasie entière, ce nom pris dans le sens russe, c'est-à-dire, en lui donnant une acception trop vaste et inexacte.

1. K’Jpo;, Cyrus , de Strabon (XI, p. 500, 501 ) et de Ptolémée (V, lt). D’après Mannert, Ptolémée aurait écrit Kiippo;, mais cette leçon n'est du moins pas entrée dans le texte de l'édition Wilbcrg , p. 353. Strabon connaît aussi l’Aragvi , "Âpayo; , affluent du Kour. A en croire M. Vôltcr ( p. 66), ce dernier nom serait dérivé de Khvare, mot qui, dans la vieille langue perse, signifierait soleil. Le nom géorgien est Mtkrari; l'arménien, Guur. D’abord nommé Kour , dit M. Koch, il s'appelle Koura, de Kuur-lia , après sa réunion avec l'Aragvi qui porte aussi le nom de Ra. C'est une hypothèse dont chacun fera ce qu’il lui plaira. On peut voir aussi Eichwald, Allé Géographie des Caspischert Meeres, p. 343.

il atteint la nouvelle capitale Tiflis, encore au milieu des montagnes et à une hauteur d’environ 350 mètres. Le pont sur lequel on le passe, dans cette ville, présente aux regards un magnifique spectacle1 2 3. Un peu plus bas, le Kour reçoit par la gauche le Khram qui arrose une grande partie du Somkheth*. Rapide jusqu’ici, plein de bas-fonds et de rochers, et souvent profondément encaissé, il commence alors à devenir navigable. Sa rive droite, qui consiste en diorite porphyroïde et en calcaire, est souvent beaucoup plus haute que la gauche. Mais elle s’abaisse, dit M. Hitler, en forme de coteaux arrondis , au lieu que la rive gauche s’élève insensiblement au point de devenir comme une chaîne continue. Ainsi le Kour descend vers la plaine en conservant toujours beaucoup de rapidité; il s’infléchit au sud-est, et, après avoir traversé la steppe du Chamchadil , au sud du Kakheth , il est renforcé par l’Alasân, qui lui- même vient d’ètre grossi du Iori. Depuis ce moment , le fleuve se prête plus complètement à la navigation. Plus loin , son cours de plus en plus méridional , atteignant les provinces musulmanes , sépare le Chéki et ensuite le Chirvan du Karabagh'. A l’extrémité orientale de ce dernier, il est enfin atteint, sur sa rive droite, par l’Araxe, grand et intéressant cours d’eau destiné à être absorbé par

1. Il en a été déjà question plus haut, p. 238. Voir aussi Kocb, t. II, p. 300.

2. Sur la vallée du Khram et sur celle de l’AIghelh, autre affluent du Kour, voir Hitler , Géographie , t. X, p. 373.

3. Pour la description de ces provinces musulmanes russes, on peut consulter dans Erman , Archiv, t. X, 1850, p. 333-356, l’article intitulé BeschreHnmg des Kaspischcn Küstentandes in Ttanskaukasien. M. Iternaid Dorn, orientaliste distingué de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg , a consacré de savantes recherches à leur histoire, comme, entre autres, Versuch einer Geschichte der Schirtvanschahe , et Geschichte Schirwan's unler tien Slallhallem unil Clianen, von UjflX - lüiO, Mémoii es de l'Académie, YImc section, sciences pol. , liist. et philol. , t. IV, p. 523-602, et t. V, p. 317-434. Quelques données géographiques extraites des auteurs orientaux se trouvent aussi dans le mémoire de M. Dorn intitulé Geograpliica Caucasien , mimes Mémoires, t. Vil, p. 543 et suiv.

HYDROGRAPHIE ; BASSIN DU KOUR ET DE L’AnAXE. 533

lui. Mais déjà il est près de la mer Caspienne, et, laissant à sa droite la steppe de Mougàn , il pourrait l’atteindre en coupant le court intervalle qui l’en sépare. Mais un mouvement de terrain au nord le force à reprendre la direction du sudest. D arrive ainsi à Saliân , où il se divise en deux bras qui forment le delta ou île de ce nom , entouré de lagunes. Le bras de gauche aboutit à la mer Caspienne proprement dite, l’autre , plus au sud , à la baie de Kisil-Agatch , sous le nom d’Akoucha;

Ce long cours, commencé à une assez faible distance de la mer Noire , et non loin du Tchorokh et du Rion qui y aboutissent, a fait naître la pensée de la possibilité d’une communication à ouvrir entre cette mer et la Caspienne ; mais les immenses difficultés que présente la nature du sol font craindre que ces projets ne doivent être relégués dans le domaine des chimères '.

‘ Avant de décrire aussi l’Araxe, qu’on peut regarder comme un frère jumeau du Kour , nous devons dire quelques mots des affluents plus particuliers de celui - ci , de l’Aragvi et de l’Alasân.

L ’Aragvi ou Aragua : a sa source sur le plateau de Kéli,

1. Voici comment s'exprime Klaproth (l. I, p. 515) au sujet de l'un de ces projets ; • Récemment quelqu’un qui probablement voulait se moquer du monde, a proposé d'unir, par un canal, le Kour au Djorokh (Tchorokh) ou rivière de Bathourni (Batoum), et d'effectuer ainsi la jonction de la mer Noire avec la mer Caspienne. Des journalistes bénévoles (nous ne faisons que citer) ont débité ce conte avec toute confiance .... ; mais lorsqu’on sait que les sources et le cours supérieur du Kour et du Djorokh sont séparés par la montagne Kali-Kala , que le Djorokh n'est nullement navigable, et que le Kour ne le devient qu 'au-dessous de Tiflis (c'est-à-dire bien loin du Tchorokh), on conçoit, facilement l'absurdité d'un pareil projet. ■ Parrot en discute un autre d'une exécution non moins difficile , pour ne pas dire impossible, celui d’unir par un canal le Kour et le Rion, au moyen du Kvirila et du Tchéréméla, son affluent. Voir Reiae %um Ararat , t. I, p. 154.

2. L'Aragvi est V Aragua ou Arragon des anciens ; les Ossètes l'appellent Kadde-don. — Sur le pays, voir plus haut, p. 236.

près d’une montagne que M. Koch 1 appelle Kadlasa , audessous de celle de la Croix , non loin de Kaichaour et sur le versant méridional de la chaîne. Ce plateau est à l'extrémité occidentale du district de Gouda ou Goudo. Le torrent qui en descend est le grand Aragvi ou Aragvi noir (en géorgien Chavi Aragvi). 11 arrive à la route militaire menant de Yladikavkaz à Tiflis, en écumant et avec toutes les allures d’un torrent impétueux , ayant dans son lit des masses de pierre et des quartiers de rochers. Au-dessus d’Ananour vient s’y joindre, par la gauche, un autre torrent, l’Aragvi blanc (TUcthri AragviJ, qui vient du Pchavi , et il longe la roule pendant un certain temps. « En descendant , dit Klaprolh , nous avions l’Aragvi à notre droite. On voit sur ses bords une montagne basaltique, couverte de sapins et d’arbres qui perdent leurs feuilles. Sa position au milieu d’une vallée profonde est très - pittoresque. De pauvres Ossètes ont fixé leur demeure sur ce rocher.» Plus loin d’autres curiosités se présentent. «A deux heures de chemin au-dessus d’Ananouri , dit le même auteur, le Menesaou se précipite d’environ 20 toises (40 mètres) de hauteur, et va se réunir à la rive occidentale de l’Aragvi. Son eau dépose souvent un tuf ondoyant qui incruste les branches de noisetiers penchées sur sa surface.» Le voyageur donne d’autres détails * sur la vallée de l’Aragvi entre Ananour et Ragaspiri, et, arrivé en ce dernier endroit , il note que cette vallée s’élargit, que les montagnes des deux côtés sont couvertes d’arbres à feuilles annuelles , ce qui leur donne un air de gaieté. Mais la route militaire quitte cette vallée près d’Ananour, où elle est très - étroite , et , la laissant à gauche , elle franchit les mon-

1. fleite, t. II, p. 28. Nous trouvons un aulre nom dans l'ouvrage semi-officiel Obotrinié, etc., t. II, p. 128, où sont décrites toutes les eaui du Mtiouléthi, vallée curieuse , bordée de hautes montagnes boisées et couvertes de ruines.

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