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OBSTACLES AU DÉVELOPPEMENT DES VILLES

selon l'expressive image d'un puhlicislcd'oulrc-Rhin, elles étaient comme des gouttes d'huile sur un étang'.

En Russie, au contraire, les villes étaient bien sorties du sol national; mais elles étaient rares, cparses, chétives; sans institutions comme sans vie propres, elles émergeaient à peine de l'immense océan des campagnes. Sous une autre forme, le mal élait le môme ; l'esprit de progrès, l'esprit d'investigation et de liberté manquait de son berceau naturel. Point de bourgs ou de cités, partant pas de bourgeoisie dans l'ancienne Russie. Novgorod et Pskof, toutes deux à peu de distance de la Baltique, toutes deux en contact avec les marchands de la Hanse, sont une glorieuse et stérile exception. La Moscovie, qui les engloutit, était un pays essentiellement rural, et de là en grande partie, chez les Russes comme chez d'autres Slaves, la persistance tant remarquée de l'esprit patriarcal ou familial. Dans cet Etat de paysans et de propriétaires, les mœurs, les institutions, tous les rapports sociaux ont longtemps conservé quelque chose de simple, de primitif et comme de rudimentaire'.

Le défaut de villes eut pour la Russie une autre grave consé(iuence : avec la population urbaine lui manquait le premier élément économique de la civilisation moderne, la

1. Ilùppe, l'erfassung der Republik A'o/^ii.p. ô7.Dans toute laUu>«ic occidenlalo, dans lu Litliiianie, la Kussie-Uluiulie et les parties de la Fetile-ltussie jadis iinii's à la Tolûgne, la situation est encore à peu près la uii>uie que dans la Pologne pro|)renient dite. Les Juifs, agglomérés dans les vdies et les bourgades, y fornieiil également un des principaux éléments de la populaliou urbaine el n'y sont point encore Ton lus av(>c les autres habitants.

2. Selon l'observation d'un historien, M. Zabiéline (IstûHi'i l'ouBskot jizni s drevneichiLh vreinen., '2' jiait., Moscou, 187J), ces formes patriarcales ou familiales, dont on a si souvent signale la persistance chez les Slaves-ltusses. n'indiquent guère au fond que la prédominance des rap|>orts de la vie privée en l'absence de vie imblupic. Comme celte absence de vie publique est principalement attribuable au manque ou à la petitesse des centres urbains, on n'est pas étonné que le même historien reconnaisse dans les villes le premier noyau de la sociélo civile et le premier agent d'organisation de l'Était russe. (uAre à la faiblesse et au petit nombre de ces foyers de la vie civile, les rapports privés n'en devaient pas moins garder longtemps plus d'ionjortaace que dans les États occidentaux.

richesse mobilière, le capital circulant, principe essentiel de tout grand développement matériel, de toute féconde activité sociale.

Est-ce au caractère du peuple russe, aux prétendus goûts nomades de la race slave, qu'il faut attribuer cette longue absence et cette rareté persistante des villes? Nullement, la raison en est ailleurs; elle est dans les mœurs économiques et dans la durée du servage, elle est en partie aussi dans le sol, le climat, la conformation même du pays. Il n'y a pas encore en Russie de besoins de consommation capables d'alimenter la production d'une nombreuse population urbaine. Les métiers ou les professions, les industries de toute sorte, qui d'ordinaire ont leur siège dans les villes, sont encore peu développés ou restent dispersés dans les villages. L'ancienne constitution du servage amenait les propriétaires à faire tout fabriquer sur place, dans leurs domaines, par leurs serfs; les objets de luxe faisaient seuls excepi ion, et la plupart se tiraient de l'étranger. La rigueur du climat, l'éloignement des dislances, ont encore des effets analogues. Dans la région du nord surtout, la pauvreté du sol, les longs chômages de la mauvaise saison, la longueur des nuits hivernales contraignent le paysan à chercher ailleurs que dans la culture de la terre ses moyens d'existence. De là vient que cette immense population rurale est loin d'être exclusivement agricole, f^a vie des champs et la vie industrielle sont moins séparées, moins spécialisées qu'en Occident. Ce qui en d'autres pays se fabriquait dans les ateliers ou les manufactures des villes, par des ouvriers essenliellement citadins, se confectionnait le plus souvent au village dans la cabane du moujik^.

1. L'introduction des macliinoi, la vapeur et l'amélioralion des voies do roniiiitiniailioii Icrulciit uctiicllciDriit !\ iiiodilicr col t^lat de clioses, (mi encourageant la grande industrie nianuracluricic aux dépi^ns des liunihles indus- Irit'N villagtioiMCM. (icUi' rcvoluhon, en Irain de s'accomplir en Itus.sie coiiinie |Miituut, doit iiulurcllcuicnl tourner au prolil des centres urJKtins.

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