‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 148 sur 283 · NOBLESSE : EFFETS DU PARTAGE ENTRE LES MÂLES · texte numérisé non relu

NOBLESSE : EFFETS DU PARTAGE ENTRE LES MÂLES

de nom ou de tradition en ont bien plus besoin, aujourd'hui que l'industrie, la banque, le commerce sont devenus presque les uniques facteurs de la richesse, qu'entre l'opulence des nouvelles familles et les besoins des anciennes il n'y a d'autre passage et, pour ainsi dire, d'autre pont que le droit de succession des filles. Avec le régime opposé toute la richesse et l'influence risquent de passer à une bourgeoisie de parvenus.

Le partage exclusif entre les mAles a en outre, au point de vue conservateur, un inconvénient si)écial, fort sensible en Russie: il dérange l'équilibre des fortunes et la position relative des familles plus rapidement, plus fortuitenienl que le partage entre tous les enfants. Deux pères, possédant le môme avoir et ayant le même nombre d'enfants, laissent leurs descendants mules dans une situation fort inégale, selon que, parmi leurs héritiers, prédomine le sexe privilégié ou le sexe exclu du partage. En résumé, la coutume russe ne semble pas plus propice au maintien des influences aristocratiques que notre coutume française, en apparence plus démocratique. Avec la faveur que rencontre en Russie la cause de l'indépendance des femmes, il se pourrait du reste que, dans un temps plus ou moins éloigné, la législation ou les mœurs renonçassent à priver de l'héritage paternel les enfants qui sont naturellement les moins capables de faire fortune, et que dans le Nord comme en France triomphal l'égalité des sexes.

Du jour où il s'est rapproché des noblesses occidentales, le (Ivorianstvo russe a compris qu'avec le droit national et le partage égal des biens, il ne pouvait y avoir de véritable aristocratie. Aussi certains des héritiers des kniases et des boyars ont-ils tenté d'implanter dans leur patrie la coutume étrangère des majorais. Chose singulière, c'est un des princes les moins enclins aux penchants aristocratiques, c'est Pierre le Grand qui le premier introduisit les majorais dans la législation russe. Était-ce simplement pour imiter l'Occident et mieux assimiler la Moscovie à

l'Europe? Était-ce vraiment pour créer entre le peuple et le trône une haute et influente noblesse? De telles vues se concilieraient mal avec la conduite du souverain qui fit dépendre tout rang dans l'État du grade dans le service. Le plus vraisemblable, c'est qu'à l'aide de cet emprunt à l'Europe, le réformateur voulut assurer à la Russie, alors à peine ouverte à la civilisation, une classe riche et instruite, et par suite européenne et civilisée. Tels que les établit Pierre Alexéléievitch, les majorais étaient du reste aussi manifestement outrés que manifestement opposés aux mœurs nationales. Pour avoir quelques chances de vie, l'institution nouvelle dut commencer par être abolie et transformée. D'après l'oukaze de 1714, tous les biens immobiliers de la noblesse étaient assujettis au régime des majorais, ou plus exactement devaient passer à un seul héritier [édinonaslédie). La fortune mobilière, alors presque nulle en Russie, restait seule à la libre disposition du dvorianine pendant sa vie, et était seule, après sa mort, partagée entre ses enfants.

Ce système différait des majorais de l'Occident par un autre point essentiel. Au lieu d'assurer l'héritage paternel à l'aîné des fils, Pierre le Grand accordait au père la faculté de désigner parmi ses enfants son unique héritier. Avec ces majorais sans droit d'aînesse, s'introduisait dans la famille une sorte d'autocratie : le droit de succession privée semblait calqué sur le (h'oilde succession au trône, qu'en défiance ou en souvenir de son fils Alexis Pierre avait voulu laisser au choix du souverain. Un tel régime ne pouvait guère avoir de plus heureuses conséquences dans la vie domestique que dans la vie publique. Il est h remarquer qu'en abandonnant au père de famille le choix d'un héritier privilégié, le système inauguré par Pierre le Grand n'était pas sans analogie avec la réforme du Code civil réclamée chez nous rous le nom de liberté Icslamenlaire*. En Russie,

1. L'analogie n'est que dans le libre choix do l'Iiérilior : car Tiorre I", in-

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