‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 169 sur 283 · NOBLESSE : A QUOI L'ONT RÉDUITE LES RIÎFORMES · texte numérisé non relu

NOBLESSE : A QUOI L'ONT RÉDUITE LES RIÎFORMES

moins de signes extérieurs pour se reconnaître. En réalité', le dvorianine n'a plus qu'un seul privilège personnel, le privilège d'entrer plus facilement au service et d'y faire plus rapidement son iliemin '. Ce dernier avantage, la noblesse s'y altacliera peut-être d'autant plus que les autres lui échappent. Dépouillé de ses prérogatives et menacé dans la propriété foncière, le '/f'or/an,s/i'o,aj)pauvri, n'aura d'autre refuge que son berceau primitif, le service et le ichine. Sur ce terrain même, les privilèges que lui accordent encore la loi ou l'usage tomberont peu à peu devant le nivellement de la culture ou les exigences de l'égalité. Au service comme ailleurs, la noblesse, au lieu de droits, n'aura plus que des faveurs; elle ne gardera d'autres avantages que ceux qui partout appartiennent au crédit et aux positions prises ^

Des privilèges personnels, inhérents A l'individu et à la famille, peuvent constituer une noblesse, des prérogatives communes, exercées en corps pur la classe des nobles, peuvent seules constituer une aristocratie. De ces prérogatives, le faible dvorianslvo en possédait plusieurs et d'importantes. Ce n'était, il est vrai, ni un legs d'un passé lointain, ni un reste vénéré de vieilles coutumes nationales, ce n'était qu'une imitation de l'étranger et une copie tardive d'un modèle déjà vieilli. Hien de semblable n'était connu de l'ancienne Uussie, où les serviteurs de l'Etat n'avaient d'autres droits que ceux qu'ils tenaient du service. Comme

1. A ce privilogû s'en raUaclie un autre analogue, le droit dd faire admettre ses cufunts dans certains établissements d'instruction, tels que le lycée Alexandre de Sainl-rélersbourg, ou l'institut des tilles nobles de Saiuliia. Un 1880, Paccès du Ixcée Alexandre, jusque-là réservé à la portion ancienne do la noblesse, a été étendu à tout le dvorianstvo, c'est-à-dire à toutes les familles de fonctionnaires d'un certain rang.

2. En attendant, une cliose (|ui frap[ie toujours en Russie, c'est le grand nombre des mêmes noms que l'on rencontre dans toutes les positions officielles. Il y a ainsi une ci.iquantaino, peut-être une centaine de familles, constiUiant une sorte d'oiigarcliic bureaucratique dont, depuis de longues années, les noms reviennent presque à chaque [lage des annuaires militaires, diplomatiques, adminislratifs, etc. C'est là du reste une naturelle conséqueoco de la monarchie absolue cl du règne des iullucuccs de cour.

les privilèges personnels, les droits corporalifs du dcorianstvo lui ont été bénévolement concédés, gratuitement octroyés par la couronne. C'est encore Catherine II, entraînée par l'esprit libéral de la fin du dix-huitième siècle, qui, entre la guerre de l'indépendance américaine et la révolution française, dota la noblesse russe de droits nouveaux pour elle, et à celle classe, alors la seule cultivée, la seule capable d'exercer quelques droits poliliques, remit une part imporlante de l'administration et de la justice. Jusqu'à celte date, s'il y avait des nobles en Russie, il n'y avait point de corps de noblesse. Catherine, la première, aggloméra les dvorianes en corporations provinciales au profit du self-govcrnment adminislralif. Ce n'était point là une nouveauté isolée; ce qu'elle faisait pour la noblesse, la tsarine le répétait à peu d'intervalle pour d'autres, pour les villes et la bourgeoisie notamment. Elle cherchait à réunir les diverses parties du peuple en groupes compacls, en corps organisés, ayant un esprit et des intérêts communs, pour les appeler à prendre part aux affaires locales, chacun dans sa sphère, suivant la seule manière dont on comprît alors la participation d'un peuple à son gouvernemenl, par classe, ordre, ou corporalion.

Quelle fut la cause de l'échec de cette noble tenlalive? Ce ne fut point seulement la nature du pouvoir aulocralique, qui demeure entier alors môme qu'il semble se dépouiller ou se borner lui-même; ce fut avant tout l'incapacité des diverses classes, noblesse ou bourgeoisie, à user des droils qui leur élaicnt attribués. Pour tirer parli de ces privilèges corporalifs, une chose était indisj)ensal)le, l'cspril de corps, cL toutes les classes en étaient également dépourvues. Sous ce rapport, le dvorinnulvo n'a pas fait exception à la tradition ou au génie russe, le noble rasé du dix-huitième siècle n'a pas dilTéré du ilruujiimik ou du boyar des anciens temps. Le peu de résultats des assemblées de la noblesse s'explique pur la môme raison que le peu de succès des guilde>t, de marchands cl des corporations ouvrières. Pas plus que

Page 1