‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 205 sur 283 · NOUVELLES RELATIONS DES DEUX CLASSES RURALES · texte numérisé non relu

NOUVELLES RELATIONS DES DEUX CLASSES RURALES

ses nouveaux droits; malheureusement il n'a pas montré une notion aussi nette de ses nouveaux devoirs et obligations. Sous ce rapport, l'ancien serf a bien vile déçu les espérances de ses avocats les plus autorisés. Un des défauts qu'on peut le plus justement reprocher au célèbre statut d'émancipation, c'est d'avoir trop compté sur la simplicité, ou mieux, sur la bonne foi, sur l'honnêteté du moujik. Le prince Tcherkassky l'avouait de bonne grâce dans ses conversations, et il le confessait dès les premières années, dans une lettre confidentielle à son ami et ancien collègue Miluline. En se félicitant, avec un légitime orgueil, du succès de leur œuvre commune, accomplie pacifiquement malgré tant de sinistres prophéties, Tcherkassky ne regrettait guère qu'une chose, de n'avoir pas pris plus de précautions contre le peu de conscience du paysan '.

Parmi tous les défauts qu'on peut d'ordinaire reprocher aux alTranchis, il en est un auquel l'ancien serf semble avoir entièrement échappé, c'est l'irrilalion ou la rancune vis-à-vis de son ancien maître. Le paysan montre peu de scrupules dès que son intérêt est en jeu ; mais il le fait ingénument, avec une sorte de bonhomie rusée, sans aigreur, sans esprit d'animosité ou d'envie contre le propriétaire, sans mauvais vouloir systématique. En dépit de l'incurable défiance du moujik et malgré tous les reproches faits à son ingratitude *, les rapports des deux classes,

L « Si l'on me donnait maintenant à reviser notre statut (i télé reposée et sans égarils pour les exigences d'autrui, je supprimerais le rachat de Vousadbii (petit enclos attenant à l'izba du moujik) — ainsi que nous l'aurions tous fait auparavant si nous en avions eu le pouvoir — j'abandonnerais quelques parties de la réglementation, je remanierais la rédaction de beaucoup d'articles en vue du manque de conscience (nedobt'osovestnosi) du paysan, chose que nous avons beaucoup trop oubliée , et cela fait, je ne changerais rien d'essentiel. » (Lettre du prince Tcherkassky à .N. Milutine, 7 mai 18GI). Voyez Un hormne. d'État russe, d'après sa correspondance inédite.

2. Il y eut là, dans les pivniièrcs années, un pénible froissement pour les propriétaires les plus libéraux. « Je vous ni déjà dit, écrivait le prince Tcherkassky, et je ne puis pas ne point vous répéter coujbien faible est la reconnaissance de la plupart des paysans envers les meilleurs propriétaires, envcrr. ceux môme qui se sont toujours conduits vis-à-vis d'eux non scule-

jadis liées l'une à l'aulre par un lien si blessant, sont demeurés empreints, extérieurement au moins, d'une mutuelle cordialité, dans la vie publique comme dans la vie privée. Aux assemblées provinciales, où les deux ordres ont été par le réformateur placés côte à côte, les paysans, loin d'entrer en lutte avec leurs anciens seigneurs, en suivent d'ordinaire l'inspiration. De ce côté toutes les spéculations sur les rancunes servîtes et les luttes déclasses ont jusqu'ici été déjouées. Pour peu que l'ancien seigneur ne fût pas un tyran, le moujik l'appelle toujours son bon maître, son bon bârine; s'il n'a plus, comme jadis, besoin de s'humilier devant le pomèchtchik dont il implore une grtlce, de se prosterner à ses pieds en frappant la terre du front, le moujik n'a pas toujours renoncé à saluer le propriétaire de ces grandes inclinaisons de corps dont il use à l'église devant les saintes images. J'ai eu l'occasion d'assister, dans un gouvernement du sud, à des conférences entre les paysans et un propriétaire dont j'étais l'hôte. Une douzaine do moKJiks, délégués par leur commune, étaient venus s'entendre avec le pomèchtchik à propos de la location de ses champs. Dès qu'ils approchèrent de la maison seigneuriale, ils ôtèrent leur chapeau et restèrent tête nue à la porte, attendant patiemment la fin du repas du propriétaire. Ce dernier étant arrivé, escorté de son intendant, les paysans, toujours le chapeau à la main et rangés en cercle autour du /Vfrmc, entamèrent avec lui une longue négociation, parlant tantôt tour k tour, tantôt tous à la fois, employant IVéciuemment les humbles formules du servage : « Petit père, ayez pitié de nous, — notre bon maître, ne nous réduisez pas i\ la misère; » se faisant petits volontairement, mais ne lAchant pas pied, soulonant leur dire, détendant leurs intôrôls en cherchant à attendrir le propriétaire.

mcnl ftvcc conscience, maiH nvcc mngnnniniité. La locliiie h haute voix du manifeKlt' a comme d'un trait i>ITac6 tout souvenir dos anciens bienfaits, et, par malliour, la noblcsiio n'a pas mu «o rtisi^ncr <i l'idée que, tout pùniido ((u'il fût, ce Tait clail AHacz nuturul. « (Lctlru ù N. Miluliac, du 33 juin IBGL)

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