COLONS ÉTRANGERS
de l'Europe sur l'Asie : pour mieux dire, l'Europe, grAce aux Russes, a presque doublé aux dépens de l'Asie.
N'est-ce pas là un grand résuUat, et avec quelles ressources, avec quels éléments s'est faite et se continue celle immense et rapide colonisation? Avec le peuple russe, qui pour celte grande œuvre n'a obtenu de l'étranger que des secours nuls ou insignifiants. Les deux Amériques, l'Australie, toutes les colonies des deux hémisphères reçoivent chaque année un contingent considérable d'émigranls et de capitaux européens; la Russie a été obligée de se coloniser elle-même, sans aide de personne, en hommes ou en argent. Une colonisation sans immigration, par un pays lui-même mal peuplé, par une nation elle-même encore peu civilisée, telle est la tâche accomplie par la Russie.
Si elle s'est colonisée toute seule, ce n'est point faute d'avoir demandé des émigrants à l'Europe. 11 lui en est arrivé de deux côtés, de l'Allemagne d'abord, puis des provinces gréco-orthodoxes de la Turquie et de l'Autriche. Ces deux classes de colons, venus au dix-huitième siècle ou au commencement du dix-neuvième, ont joué un rôle inégal, mais les uns et les autres n'ont eu qu'une part secondaire, une part locale dans cette œuvre immense. Les Allemands sont les |)lus nombreux. La Russie a été dans les temps modernes le prcnjier débouché de l'émigration germanique, qui n'y a pas donné les mêmes résultats qu'en Amérique. Appelés par Catherine II et d'autres souverains russes, établis dans les meilleures terres de l'empire, un peu de tous côtés, depuis Pélerhof, aux portes de Pétersbourg, jusqu'au delà du Caucase, mais surtout dans la Nouvelle-Russie et sur le bas Volga, ces Allemands sont restés agglomérés en groupes à part, comme des enclaves au milieu de la population russe, sans mélange avec elle, sans action sur elle*.
1. En dehors de ces colons allemands, il y a les Allemands des provinces balliques, au nombre d'environ 160000, puis les commerçants et arllsans originaires de lAllemagae ou de l'Autriche disperses daus les villes.
Ils sont aujourd'hui en Russie plusieurs centaines de mille, conservant leur religion, leur langue, leurs mœurs, portant le nom de colonistps et formant sous ce titre une classe à part, ayant naguère encore ses privilèges particuliers, entre autres l'exemption du service militaire '. Vivant en élrangcrs dans l'Etat dont ils sont sujets, ces colonistes se sont distingués par plusieurs des qualités germaniques, l'esprit d'ordre, l'esprit de famille et d'économie. Ils se sont fait, dans l'isolement de leurs petites communes, une civilisation pour ainsi dire domestique. Ils ont formé des colonies agricoles fort curieuses pour le politique comme pour le philosophe; ils sont arrivés à un bien-ôlre honnête et modeste, mnis sans pouvoir s'élever au-dessus. Aussi, presque nulle au point de vue matériel, leur influence sur le peuple russe a été moindre encore au point de vue moral*. Si l'Allemagne a eu une si grande part dans le développement de la Russie, elle l'a dû bien moins h ces rustiques colonies, toutes repliées sur elles-mêmes, qu'à la noblesse allemande des provinces baltiques et aux savants allemands appelés à Pétersbourg.
Assez dilTérent a été le rôle des immigrants gréco-slaves. S'ils ne se sont pas encore complètement fondus dans le peuple russe, ils ne forment pas, comme les Allemands, un corps à part dans l'empire. La parenté des langues pour les Slaves, l'unité de foi pour presque tous, a été un trait d'union entre ces immigrants et leur nouvelle jiatrie. Parmi eux se rencontrent toutes les tribus chrétiennes de l'Orient : Grecs, Roumains, Serbes, Dalmales, Bulgares, Arméniens, Rulhènes, anciens sujets turcs ou autrichiens, attirés jadis en Russie par des sympathies polili(pies ou religieuses, (^ette émigration, conlomporuine de leur prc-
I. I.n HiipprcHsidii <lc cette cxciiipliun en tST'i p.ir la loi otahlissaiit le service olili^nloin; a (léteriiiirii^ réinignilion d un certain nombre de cets coloniHlen. Ilenucoup, après (rinfriiclueux essais d'élahlissenient au iirésil ou ailluurH, n>nl revenun en Itiissie.
î. En étudiant les seclcs ruBKe», nous a'ironn, h propos des Sluiulisfrs, l'occaiion de rllnr une r<^cento exception A relie réf^^lc. Voy. I. III. liv. i;i. eh ix.