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LE MIR : ARBITRAIRE ET ADUS

dépositions de la grande enquête agricole. Il y a, dans ces villages russes, ce que le peuple d'Occident appelle des exploiteurs, des hommes habiles, entreprenants, qui s'engraissent aux dépens de la communauté : le moujik les désigne du nom expressif de manycurs du miv, miroiédy. Dans beaucoup de gouvernements, à Kalouga, à Saratof, par exemple, les villages nous sont représentés comme étant sous la domination de deux ou trois riches paysans qui, pour rien ou pour peu de chose, se font céder les meilleures parts du fonds commun. Il n'est besoin pour cela ni d'injustice dans la répartition, ni de tricherie dans le tirage des lots.

Au sein de ces villages russes, comme dans Tanciennc Rome, c'est d'ordinaire en qualité de débiteur que le pauvre est dans les mains du riche'. Les miroiédy font au paysan, imprévoyant ou malade, des prêts qu'il est hors d'état de leur rembourser. Les fréquentes disettes du sud-est sont à ce point de vue un danger périodique pour l'indigent, une occasion d'illicites profits pour le riche. Le débiteur insolvable est obligé d'abandonner à son créancier, souvent pour un prix dérisoire, un lot que lui-môme n'a plus les moyens de mettre en valeur. La boisson est l'appdt le plus employé, comme le plus en faveur, près du moujik pauvre, l'ivrognerie est la source habituelle des dettes, et le cabarclier, l'un des principaux mangeurs du vtir. L'usure est en ciïet une des plaies qui rongent le paysan russe, et la collectivité de la terre n'est pas sans y contribuer.

La propriété étant commune, le moujik ne peut donner

1. Il faul (lire qu'à cet égard le paysan n'aurait pas seulement à se plaindre de ses pareils, mais souvent aussi d'inlerniédiaires de toutes classes, de s[)ôculaleurs sortis de la ville ou de la cainpagne^l généralement désignés soua le nom de koidakij ou accapareurs. Parfois même, s'il faut en croire les dénonciations d'une partie de la presse et les révélations de certains procès (par exemple l'affaire des paysans du comte Bobrinski, février 1881), les anciens serfs, en retard dans le payement de leurs fermages pour les terres louées par eux à leur ancien seigneur, se verraient, en qualité de débiteurs arriérés, réduits à une demi-servitude par les comptoirs des grands propriétaires.

hypothèque sur son bien. L'otisadba, l'enclos même du paysan, qui n'est pas soumis au partage, ne peut, tant que l'opération de rachat n'est pas terminée, être aliéné au profit d'un étranger au niir, sans le consentement de ce dernier. Chez les paysans russes, comme dans nos tribus arabes d'Algérie, il n'y a donc pas de crédit foncier, mais seulement un crédit personnel; par suite, le moujik paie jusqu'à 10 pour 100 par mois, jusqu'à 150 pour 100 par an, l'argent des miroiédyK L'administration, la presse, les assemblées locales ont beau, depuis vingt ans, étudier les moyens de venir en aide au paysan; l'Élat et les particuliers ont eu beau crcer des banques populaires, l'épineux problème du crédit agricole, partout si compliqué, reste d'une solution encore plus malaisée en Russie qu'ailleurs. Le paysan demeure la proie des usuriers juifs dans l'ouesl, la proie des miroiédy et des koulaky dans le nord, le centre et le sud-est. Aussi la misère est-elle fréquente chez ces villageois, parés du titre de propriétaires. D'après un grand nombre de témoignages, qu'il faut se garder, il est vrai, de prendre à la lettre, il n'y aurait plus, depuis l'émancipation, que deux classes de paysans, les riches et les pauvres. La classe moyenne aurait disparu avec le servage qui, en courbant les têtes sous le môme joug, maintenait artificiellement une sorte de niveau, au-dessous duquel il était presque aussi malaisé de tomber qu'il était difficile de s'élever au-dessus. Le frein de la tutelle seigneuriale une fois rompu, les qualités et les vices individuels, l'activité et la paresse ont eu libre carrière, de sorte qu'en dépit de la communauté du sol, un des premiers effets de la liberté a été d'accroître l'inégalité.

I. Rapport <lc M. I!ouclione, L'iKjnrle ntjricole, l. III. Voyez aussi le prince A. Vasillciiikof el M. A. V. Jakovicf. AîeUdi semelnii krcdit v Kossil, Sainll'cterHbourjî, 1876. Lch hampii-s foncières russes, dont les obligations sont fort répaniluos en Occident, ne prêtent d'ordinaire qu'aux propriétaires individuel», aux finini'chtriùk.t, el, grAcc à l'imprévoyante prodigalité de beaucoup d'entre eux, eco avances, destinées ii soutenir la grande culture durant la criiM! do l'émuiicipation, ont été, pour nombre d'uncions seigneurs, une cause ou une uccaiiion de ruino.

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