CARACTÈRE ET APT1TU..ES DES FINNOIS
plcxes de nos idiomes à flexions. lis ont pour la musique, pour la poésie un goût inné, dont on distingue le germe chez les plus barbares de leurs tribus nomades, et qui a valu à la Finlande toute une littérature populaire, tout un cycle poétique indigène, avec une épopée dont les nations les plus avancées de l'Occident se feraient honneur*. A ces qualités d'(\me et de sentiment s'en joignent d'autres d'in- Iclligencc et de caractère. Si les Finnois ont quelque parenté avec les Mongols et les peuples de l'extrême Orient, ils ont les vertus de ces races asiatiques, qui, là où elles se trouvent en lulle avec la nôtre, soutiennent si bien la concurrence : ils en ont la solidité, la patience, la persévérance. C'est peut-être pour cela qu'à tous les pays, à tous les États où se rencontre leur trace, les Finnois semblent avoir communiqué une singulière force de résistance, une singulière vitalité.
Ces qualités se sont manifestées avec éclat chez les Magyars, qui, en dépit de leur petit nombre, ont maintenu leur domination entre les Allemands, les Slaves et les Turcs; on a cru les retrouver chez les Bulgares, le plus rude, le plus travailleur, le plus patient des peuples chrétiens do l'ancienne Tuniuie; et si, comme le veut M. de Quatrefages, combattu par Virchow, l'élément linnois a vraiment joué un rôle important dans la vieille Prusse, ta Prusse lui doit peut-être queKiue chose de la vigueur et de la ténacité, qui ont fait sa fortune*. En Russie même, les Finnois, loin d'être partout inférieurs aux Russes proprement dits, laissent voir parfois à plus d'un égard une réelle supériorité. Si rien n'est plus pauvre que la cabane d'un Tchouvache du Volga avec son toit d'écorcc
1. I.e KaU'vala, recueil de rapsodies populaires, coordonné au nulieu do siècle par le savant linlandais Lonnrol et traduit en français par M. Léouzon Le Duc, avec l'cuJe môme de Lônnrot (édit. de 184^. 1867, 1879).
2. Pour les Bulgares, il ne çauraii guère y avoir de doute, bien qu'un savant russe entraîné par un patriotisme slavophile rétroactif, M. Ilovaïski, ait préteiulti démon! rcr que les Bulgares étaient des Slaves purs do tout alliap^ linno ouruliea.
et son unique fenêtre, les maisons de bois des paysans de la Finlande sont plus vastes et plus commodes que les izbas de beaucoup de moujiks russes. Sur une terre plus ingrate, dont le sol de granit suffit rarement à leur nourriture, ils sont plus travailleurs et plus économes. Ils se sont fait une juste répulalion de probité et d'honnêteté. Il est seulement difficile de décider si cette supériorité morale des Finnois occidentaux doit être attribuée à la différence de race, ou à la dilTérence de religion, ou simplement à un plus ancien et plus large usage de la liberté. Toujours est-il que, au milieu des paysans finlandais, au menton rasé, aux vêtements courts, le voyageur européen se sent souvent moins étranger que parmi les paysans russes, qui lui sont plus parents par le sang.
Le Finnois de Finlande a été favorisé par l'histoire; la longue et douce domination de la Suède l'a initié à la civilisation occidentale et à la liberté civile*. Au point de vue politique, le Finlandais, rentré sous l'empereur Alexandre II en possession de son archaïque constitution et de sa diôle aux quatre ordres*, est le plus avancé des peuples de l'empire. Son voisin et frère, de religion comme de race, l'Esthonien, demeuré jusqu'au commencement du siècle serf du seigneur allemand, a été plus malheureux; lui aussi n'en a pas moins, aujourd'hui, à Revel et à Dorpal, sa presse indigène et sa littérature nationale; lui aussi ne s'en montre pas moins, par certaines qualités, au-dessus du moujik russe. Plus travailleur et plus patient, il a été appelé avec profit sur les domaines de plusieurs proprié-
1. On sait que le yrand-ducliti de Finlande esl moins une province russe qu'un État annexe de l'empire des tsars, qui ont eu la sagesse do rcsitectcr Sun autonomie. I.a l'iiilaïKlc u conserve ses lois cl ses institutions. A certains égards, les Finnois liiilandais ont eu profita passer sous le sceptre des monarques russes. Coux-ci ont élé amenés à relever la langue liiiiioiso, autrefrUH reléguée dans les campagnes; ils lui ont donné le rang de langue oi'liciclie à rûlé du suédois, qui reste encore la langue d'une purlic du littoral, de« principales vilU-s cl des hautes classes. Voyez ci-dessous, p. 129.
i. NoblcHke, clergé, bourgeois dus villes, paysans, comtuo dans l'ancienne Cumstilulion suédoise.