‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 61 sur 283 · LE TEMPÉHAMENT ET LE RÉGIME · texte numérisé non relu

LE TEMPÉHAMENT ET LE RÉGIME

donnent l'habitude d'allures précipitées. Les exercices ou les jeux violeiils, Valliléli(jue ou le sport, sous toutes leurs formes, semblent n'avoir pas plus d'attrait pour ces fils du nord que pour les peuples modernes du midi. Le patinage même est moins en faveur qu'en des pays où il est moins facile. A cet égard comme à bien d'autres, on pourrait dire que le Russe est aux antipodes de l'Anglais. On a souvent été frappé du peu de penchant des pavsans russes pour l'exercice et l'activité physique; pendant leurs nombreuses fôles, leur principal plaisir semble être le repos et l'immobilité. Leur jeu corporel favori est la bal-ançoire, qu'ils ne lancent pas hardiment dans les airs comme nos enfants, mais dans laquelle ils se contentent de se bercer mollement. Leurs danses les plus usuelles, telles que le khorovody sorte de ronde chantée qui parait provenir d'anciens rites païens, sont lentes et d'une nonchalance monotone. Le climat et la race sont probablement pour quelque chose dans cette espèce de paresse ou d'indolence des membres et de l'esprit ; le réi^ime du peuple y est pour beaucoup aussi.

Le principal etfet physiologique du froid est d'activer la respiration, de déterminer dans les poumons et dans le sang une combustion plus intense, et par suite d'exiger pour l'entretien de la chaleur vitale des aliments plus substantiels. Plus on approche du pôle, plus il faut à l'homme une nourriture riche en carbone et en azote, une nourriture animale. Or, dans les pays de l'extrême nord, par l'effet môme du froid, la fertilité du sol est rarement en rapport avec les exigences du climat. Nulle part cela n'est plus sensible que dans la moitié septentrionale de la Russie, peu propre à la culture du blé, et soumise pour l'élevage du bétail à des obstacles inconnus des pays tempérés. Dans toute celte région, la terre accorde dilTicilement à l'homme la nourriture que réclame le ciel : un tel manque d'équilibre entre les ressources et les besoins a eu de fâcheuses conséquences pour le tempéramentdu peuple russe. La masse de

ikO LA RUSSIE ET LES RUSSES.

la nation a, durant des siècles, été condamnée à un régime maigre, presque entièrement végétal. Sous un climat du nord, elle a vécu comme un peuple du midi; l'usage de la viande, du lard et du porc salé môme ne fait que commencer à s'introduire dans le peuple. Bien que depuis l'émancipation il se soit fait de ce côté de sérieux progrès, le plus grand nombre des paysans ne goûtent encore à la viande qu'aux jours de fête. Le fond de l'alimentation est toujours le pain de seigle, le gruau et le chtchi, sorte de soupe aux choux fermentes, qui est le mets national par excellence. On y joint des champignons desséches et du poisson gelé ou salé, deux choses dont il ne se fait nulle part une aussi grande consommation qu'en Russie. Une religion venue du sud avec quatre carêmes et des jeûnes orientaux, dont les siècles n'ont pas adouci la rigueur, a augmenté le mal provenant de la nature. Cependant les exigences du climat ne se pouvaient enlièrement éluder; la boisson a pourvu au défaut de nourriture.

Les Russes ont deux boissons nationales : le hvass^ sorte d'eau deseigle légèrenientfcrmentée, etlethé, dontenRussie l'usage est presque aussi général qu'en Chine'. La bouilloire à thé, le !>amovar de cuivre, est toujours le premier ustensile d'un ménage : il n'est si pauvre cabane qui en soit dépourvue. Le thé, surtout dans un pays où l'eau est souvent de médiocre qualilé, est d'un grand secours; mais, sous ce cicl,cen'esl point un tonique suffisant. On y ajoute l'eaude-vie de grain, la pille, la blanche vo(//ia'. Il y a longtemps que l'on a remarqué que l'ivrognerie va en augmentant avec le dci^ré de latitude. Legoûtde l'alcool est aussi natu-

I. A on jiipor pnr son nom russe, tehaii, qui dérive du chinois, comme, à l'aiilro exli'éniilo de i'Kiii-o|io, lo chu porliig.iis, lo lii6 est venu diiTclcmcnl niu lliixKes de lu tlliinc. Il y a encore en Hussie deux boissons usitocs chez le penpic, l'une nppoh'-e tnrd (miel), (isl l'hydromel si en faveur chez les barbnreti ; la Kccoiidc est In biéro rpii, à en juKcr par lélymologie el le nom (prdle porte en rufse comme en polonais (//jï'o de pit, boire), a dû èlre connue des Slavrs depuis une haute anli(piilo.

'1. r<'<//>a, diminulif de t'i4f/ii, eau.

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