‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 63 sur 283 · LE CLIMAT LT LE TEMPÉRAMENT · texte numérisé non relu

LE CLIMAT LT LE TEMPÉRAMENT

population mal nourrie, mal logée, de périodiques ravages*.

Si les hautes classes ont un régime alimentaire mieux en rapport avec la latitude, leur genre de vie leur en enlève souvent le bénéfice. Nulle part l'orJre naturel de la veille et du sommeil n'a été à ce point renversé, nulle part on ne fait à ce point de la nuit le jour; peut-être est-ce encore une conséquence indirecte du climat qui, dans le nord, supprime tour à tour le jour et la nuit, ou exagère démesurément l'un aux dépens de l'autre.

A l'influence débilitante du climat se joignent des habitudes qui tendent à exagérer la sensibilité nerveuse. Les précautions môme que le froid oblige à prendre sont peu saines. Pour résister à l'hiver, il faut vivre dans une atmosphère lourde, épaisse, d'air vicié, rarement renouvelé; contrôle grand froid, il faut accumuler d'avance des provisions de chaleur et se faire daus lu maison, avec du feu et des poêles, un climat artiliciel presque aussi chaud que l'été du miili de l'Europe. Plus la température est ba-- • au dehors, plus elle doit s'élever au dedans. Derri* r<' leurs doubles fenêtres, enduites de mastic pour toute la saison, les habitants des villes changent leurs appartements en serres tièdes, où ils respirent le même air que les plantes des tropiques, dont ils aiment à embellir leurs demeures. Dans son izba de bois, souvent entourée d'un rempart de fumier, le paysan s'entasse avec toute sa famille autour de l'énorme poêle, sur lequel tous dorment la nuit. De cette atmosphère énervante, il faut chaque jour passer à l'air glacial du dehors; après avoir fait provision

1. Pour la plus grande partie de la population (|ui fait entrer la viande dans sa noiirriUiie liabituelle, cet aliment a peut-être perdu queltiues-unes de ses qualilcs par siiile du procédé au moyen duquel on le conserve. En llussic, on fait geler au commencement de l'hiver la viande et le poisson dont on a besoin pour la saison ; cela Tacilite singulièrement les transports et les approvisionnements ; mais il n'est pas impossible que cette viande, qu'on fût dégeler au moment de l'apprêter, soit moins salutaire que de la viikiide iVaiclie.

de chaleur pour le sang et les membres, il faut faire provision d'air pour les poumons. Ainsi l'on va, pendant plusieurs mois, traversant sans cesse, de la maison à la rue, des intervalles de 40 à 55 degrés centigrades, comme si l'on passait, plusieurs fois dans la môme journée, de l'été du Midi à l'hiver du Nord, des bords de la mer Rouge aux bords de la mer Blanche.

Le climat n'est guère plus favorable à la propreté qu'à la santé. Les maisons, dont l'hiver clôt herméliquement toutes les ouvertures, sont difficiles à tenir propres. Les poêles, seuls employés pour le chauiïage, ne peuvent purifier l'air des chambres dans lesquelles ils ne s'ouvrent pas. Les familles riches ou aisées remédient à ce défaut par la grandeur des appartements, qu'on laisse librement communiquer ensemble, et où l'on brûle fréquemment des parfums. Le paysan est condamné à vivre dans une atmosphère étoulïante et pleine de miasmes. L'air chaud et infect de ses cabanes fait éclore des myriades d'insectes; les parasites de toute sorte y pullulent. Au dehors, les ordures jetées autour de la maison disparaissent dans les neiges pour retrouver leur fétidité au printemps. Dans les villes môme, les immondices ne peuvent pas toujours s'écouler par les égouts que ferme la glace ; rendues molTensives par la gelée, elles se conservent longtemps, et aux premiers jours de chaleur, remplissent les rues d'exhalaisons malsaines. Rien n'égale la puanteur du dégel russe dans les villes. La neige, qui, sous les traîneaux, ressemblait à du sable ou à du verre pilé, se transforme en une boue épaisse, nauséabonde, dont les pieds rapportent les émanaiions dans les maisons. Avec do telles conditions sanitaire!^, comment s'étonner de voirie peuple en proie ù toutes Ifs épidémies, et la peste ellemôme faire encore des apparitions dans la Russie d'£urope'.

1. I.o contact (!o l'Asie est k cet éii;ard un aulro danger; aussi les annnlcs ruMkcs Hignnlcitl-clle» des petites Iréiiiicnles. Celle du gouverncMieiil d'At>- Irakan, en 18i9, appurléo vraisemblablement de l'Asie liirquc h la siiilo de la

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