‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 68 sur 283 · IMPRESSIONS DE LA NATURE · texte numérisé non relu

IMPRESSIONS DE LA NATURE

travers une rangée de collines escarpées, aussi haulcs peut-être que celles du Rhin, du Danube ou du Nil : le fleuve, étant plus largo que ces falaises ne sont hautes, les rapetisse et en amoindrit l'clfet. Tout soulTre en Russie de ce manque de proportion cnlrela coupe verticale et le plan horizontal des paysages. Ce qui est peut-être le plus réellement pittoresque, ce sont les calmes étangs des forêts désertes, lei; ravins creusés dans la steppe par la fonte des neiges, les gorges boisées où serpente en silence une lente rivière.

Sur le sol sans relief s'étale une végétation de peu de variété comme de peu de vigueur. La nature répète partout les mêmes espèces, les mêmes plantes, les mêmes arbres. L'homogénéité des conditions de la vie entraîne l'uniformité des êtres vivants, la rigueur du climat lait leur faiblesse, leur débilité. La nature libre a dans la Grande- Russie la monotonie qu'ailleurs l'homme donne à la nature asservie; elle n'en a pas l'air de force et de santé. A cet égard, la zone boisée, qui comprend la plus vaste et la plus vieille partie de la Grande-Russie, dilTère peu de la zone dénudée d'arbres. Les forêts sont peut-être plus pauvres d'aspect que les steppes, car, au printemps, la steppe a sa luxuriante végétation herbacée. Les beaux arbres sont rares et ne se rencontrent guère que dans quelques contrées privilégiées du Centre ou de l'Ouest. Ce sont les mômes essences qu'en Suède et en Norvège, mais elles n'y ont pas la même vigueur. Au lieu de faire éclater la fécondité, la richesse, l'énergie d'une nature toujours jeune, ces forêts donnent le sentiment de l'impuissance, de l'inJigence, de la lassitude. Tantôt les arbres sont malingres et rabougris, petits en paraissant vieux, tantôt ils sont minces et longs sans être hauts, et jettent peu d'ombre sur la terre nue au-dessous d'eux. Ce qui frappe le plus l'œil, c'est l'éternel contraste du pin au tronc rougeàlre avec le bouleau à 1 ecorce blanche, — le pin droit et nu avec une maigre téle,le bouleau auxrameauxtéuus,au feuillage grêle.

Les champs otïrent encore moins de diversité d'aspecls que les bois. La terre n'y reçoit point des mains de l'homme la vie et la variété qu'elles lui prêtent parfois ailleurs. La campagne cultivée a la môme monotonie que la végétation spontanée. Partout, peu de ces cultures différentes et juxtaposées qui donnent tant d'animation à nos campagnes d'Occident. C'est comme le môme champ qui se prolonge à l'infmi, interrompu seulement par de vastes jachères. Point de hameau, point de maison ou de ferme isolée. Sur la steppe comme dans les forêts, le Russe semble avoir peur de se trouver seul dans l'immensité qui l'environne. La propriété commune, en usage chez les paysans, augmente le défaut de la nature; il prive la Russie de ces enclos, de ces haies aux formes capricieuses qui sont pour beaucoup dans le charme des villages d'Angleterre et de Normandie. De là en partie la triste platitude, le morne ennui de cette campagne impersonnelle et collective, dont les champs restent confondus, ou coupés en longues bandes égales et symétriques.

Ce goût pour la propriété en commun, pour l'association et pour ce que le Russe appelle la vie d'artel, a souvent été attribué au sang slave. II est plus probable qu'il a ses principales sources moins dans la race que dans la nature d'un côté, dans l'état de civilisation de l'autre. La persistance des communautés agricoles dans la Grande- Russie, ce besoin de se rapprocher, de se grouper pour vivre, n'a certainement pas été sans lien avec cette froide immensité où l'homme isolé se sentait comme perdu et impuissant.

Aux mêmes racines tient un perchant qui prend une direclion ronirniro, c'est le goûl des av(Mitures, des voyages, du vagabondage, ce (|ue, chry. IcslUissos. l'élrangcr appelle du grand mot de goflts nomades. Il est facile d'expliquer le peu d'amour du paysan pour le travail de la terre, son peu d'allachemont pour le sol ingrat el triste de la vieille Moscovie, bien que si le inuwjUi inérile quelquefois co

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