LES COUVENTS; RESTRICTIONS A LA VIE MONASTIQUE
cations ne furent admises qu'avec l'autorisation du Saint- Synode. Vers 1750 il y avait encore sept cent trente-deux couvents d'hommes j ils furent réduits à moins de deux cents.
On s'attaqua non seulement au nombre et aux biens des moines, mais aussi à leur ascendant religieux. Le Règlement spirituel^ tout en daignant les encourager à l'étude des Écritures, leur défendit, sous peine de châtiments corporels, de composer des livres ou d'en tirer des extraits. Il leur fut interdit d'avoir dans leur cellule encre ou papier sans autorisation de leur supérieur, attendu, dit le Règlement de Pierre le Grand, que rien ne trouble plus la tranquillité de la vie des moines que leurs insensés ou inutiles écrits. Les religieux ne durent avoir qu'un encrier commvm, enchaîné à une des tables du réfectoire, et ne s'en servir qu'avec la permission de leur supérieur. C'étaient là de singulières réformes pour un apôtre des lumières. En cela, comme en beaucoup de choses, Pierre le Grand risquait de compromettre le but par les moyens. Si de semblables procédés ne pouvaient relever les moines, ils réussirent à leur enlever toute influence.
Par un singulier contraste, ces moines tant abaissés conservèrent toutes les hautes dignités ecclésiastiques. A ces couvents, ainsi tenus en suspicion, on a laissé le monopole de répiscopat. Le maintien de ce privilège, en de telles conditions, serait une aberration, s'il s'étendait réellement à la plèbe monastique. Ce qui l'explique, c'est que le plus grand nombre des religieux n'y ont aucune part, qu'il est réservé à une élite qui souvent n'a du moine que le nom et le costume.
Sous l'unité extérieure de la profession monastique se rencontrent des vocations et des existences fort diverses. Des deux cents ou trois cents hommes qui prennent annuellement le voile, une bonne moitié sort de familles sacerdotales ; le reste appartient aux marchands , aux
artisans des villes, aux paysans. Le contingent des classes dirigeantes, de la noblesse ou des professions libérales est très faible. La vie formaliste du moine russe, presque tout entière absorbée en pratiques machinales, a peu d'attraits pour les natures cultivées. Il se cache cependant sous la robe noire du religieux quelques hommes du monde, d'anciens officiers par exemple. J'ai entendu citer des liégoumèncs qui avaient commandé des régiments avant de commander des couvents. Pareils au P. Zosime des Frères Karamazof de Dostoievsky, ils avaient demandé aux cellules d'un monastère la paix ou l'oubli. Les anciens soldats ne sont pas rares parmi les moines; sous le régime du long service militaire, beaucoup de vieux troupiers échangeaient l'uniforme contre le froc, et la caserne contre le cloître. Parmi les religieux sortis du peuple, plus d'un aurait pu faire la même réponse que le moine de Vologda à l'Anglais Fletcher : « Pourquoi es-tu entré au couvent? lui demandait l'envoyé de la reine Elisabeth. — Pour manger en paix. »
Dans les monastères se voient en même temps les deux extrémités du clergé, les hommes les plus intelligents et les plus ignorants, les plus cultivés et les plus grossiers. Il entre au couvent des hommes mûrs, de vieux prêtres que l'âge y conduit, qui viennent chercher un asile pour leur vieillesse; il y entre des jeunes gens qui ne prennent l'habit que pour s'élever dans la carrière ecclésiastique. Parmi les recrues fournies par le clergé se rencontrent, à la fois, les sujets les plus brillants et les fruits secs des séminaires. Les uns sont condamnés à un long noviciat et n'arrivent même point toujours à la prêtrise ou au diaconat (en Russie, comme aux premiers siècles de l'Église, un grand nombre de moines ne sont pas prêtres) ; — les autres ne font que traverser le cloître pour monter à l'épiscopat et aux dignités de l'Église. Tandis que, en Occident, les religieux renoncent le plus souvent aux honneurs de l'épiscopat et de la prélature, sauf dans les pays de mis-