LES COUVENTS : LEURS REVENUS
et des magasins qu'ils louent aux commerçants, et d'où ils tirent un revenu élevé. Saint-AIexandre-Nevsky, par exemple, avait, sur le port des blés de laNéva, des dépôts de farine et des installations qui lui rapportaient près de 130 000 roubles; la municipalité en avait en vain offert aux moines un million (de roubles), Saint-Serge touche annuellement une centaine de milliers de roubles pour ses maisons et magasins de Moscou et de Pétersbourg. En outre, certains marchands moscovites lui abandonnent une part du revenu de leurs immeubles ou du produit de leurs affaires
Les couvents ont beau posséder des terres ou des maisons au soleil, il est malaisé d'évaluer leur richesse. Les sources en sont trop multiples et trop cachées. On a évalué l'ensemble de leurs revenus à une douzaine de millions de roubles, ce qui pour plus de 700 couvents ne ferait pas 20 000 roubles par maison. On a de même estimé leurs valeurs mobilières à 20 ou 25 millions (de roubles), sans compter les objets précieux de toute sorte, or, argent, pierreries, vases, reliquaires, en possession des moines. En Russie, conime ailleurs, il s'est trouvé des barbares pour conseiller de mettre en vente ces vénérables trésors de l'art national, afin de mieux doter la bienfaisance publique ou renseignement populaire. D'autres amis du progrès, faisant valoir que les richesses ne conviennent point à l'institution monastique, se contenteraient de mettre la main sur les terres et sur les revenue des moines, pour grossir le budget de rinstruction publique. C'est là une question qu'on a plus d'une fois agitée. Quelques réformateurs iraient jusqu'à supprimer entièrement les couvents, dans l'intérêt même de la religion, afin d'attribuer leurs revenus au clergé séculier. Les projets de ce genre sont rarement exempts d'une part d'illusion. On
1. Sur les biens et les revenus monastiques, voyez Opyt izsledovanita ob tmoiichlcheslvakh i cloJ.hodakh nachikh monastyreï\ St Pét. anonyme, 1876, cf. O pravoslavnom belom i Iclicrnom doukhov, t. I, ch. viii.
oublie que les grandes laures historiques de la Russie ne sauraient vivre sans revenus ; que le peuple n'est [)as préparé à les voir fermer ou à voir de simples popes y remplacer les moines. On oublie surtout que la plus grande partie des ressources des monastères leur vient toujours de l'aumône, et que supprimer les couvents, ce serait, le plus souvent, supprimer leurs revenus.
Les moines ont conservé la principale source des revenus monastiques, les offrandes, source ancienne, profonde, qui, depviis des siècles, jaillit de toutes les couches de la terre russe; loin de tarir, elle va sans cesse grossissant. Aux couvents appartiennent la plupart des reliques et des images en renom; aux couvents vont la plupart des pèlerins et des aumônes. Les chemins de fer et l'émancipation des serfs, les facilites morales et matérielles laissées au moujik ont prodigieusement développé les pèlerinages. Il y a une vingtaine d'années, Kief s'enorgueillissait de la visite de deux cent mille pèlerins. Les savants s'elTrayaient, pour la santé publique, de ces agglomérations d'hommes à certaines fêtes. Comme dans les grands pèlerinages de l'Inde, de la Perse, de l'Arabie, on faisait remarquer qu'en Europe le choléra semblait parfois avoir pris son point do départ, à Kief, parmi les pèlerins. Aujourd'hui le nombre des pieux visiteurs des catacombes de Petchersk a quadru[)lé et quintuplé. Kief est devenu le premier pèlerinage du monde chrétien, si ce n'est du globe. En certaines années, en 1886 notamment, la ville sainte du Dniepr a compté, assure-t-on, près d'un million de pèlerins, qui tous ont acheté un cierge et laissé une obole,
A Saint-Serge, de même qu'à Petchersk, l'affluence est telle qu'à certaines solennités les cierges finissent par manquer. Il arrive aux moines de Troïtsa de revendre cinq fois de suite le même cierge aux pèlerins qui viennent prier sur la tombe de saint Serge. La vente des croix et des saintes images fabriquées à la laure est une autre source de revenu. Ces pieux souvenirs ne sont cédés