‹ L'empire des tsars et les Russes 3, La religionChapitre 152 sur 353 · Voyez plus haut liv. chap. m · texte numérisé non relu

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LE CLERGlS ET LES SUPERSTITIONS POPULAIRES. 285 l'oblige à se prêter à des pratiques peu dignes de l'Église; elle fait quelquefois de lui le complice des superstitions populaires. C'est ainsi que longtemps s'est perpétué l'usage d'emporter des prières dans un bonnet pour les femmes en couches. Le paysan tendait son bonnet fourré {chapka) pour que le prêtre pût y réciter ses orémus. La prière dite, il fermait avec soin le bonnet pour ne pas la laisser échapper et la transmettre intacte à l'accouchée, sur la tête de laquelle il la répandait en agitant sa chapka. Cette coutume, condamnée par le Règlement spiriliiel de Pierre le Grand, a, dans certaines contrées, persisté jusqu'à nos jours. On comprend la faiblesse du pope vis-à-vis de superstitions dont il vit.

En dehors même de Vizba du moujik, la religion ou mieux le cérémonial religieux tient encore une grande place dans la vie russe, dans la famille, dans les aifaires. Pour tout événement important, pour un anniversaire, pour un retour ou pour un départ, lors d'un emménagement ou lors d'un voyage, au début ou à la conclusion de toute entreprise, le Russe demande la bénédiction de l'Église et de ses ministres. On appelle le clergé dans les maisons pour chanter des Te Deum et bénir les fêtes de famille; c'est pour lui une occasion de réjouissance et de bonne chère en même temps que de profit. Le pope n'allend pas toujours d'être invité. 11 y a des époques, à Noël, a l'Épiphanie, à Pâques, où il est d'usage (jue le clergé aille bénir les demeures de ses paroissiens. Une coutume semblable existe encore en quelques pays catholiques. Dans les villes et les campagnes de Russie, le prêtre et le diacre, en habits sacerdotaux, s'en vont de maison en maison chanter un alléluia. A peine introduits, ils se tournent vers les saintes images, récitent rapidement leurs prières, donnent aux assistants la croix à baiser, empochent leur argent et s'en vont recommencer ailleurs. 11 est des maisons où on les fait parfois recevoir dans rantichambre par des dômes tiques j il en est où, en leur remettant la gratification

d'usage, on les dispense du chant des prières. Dans les campagnes, ces tournées périodiques donnent quelquefois lieu à des scènes bizarres ; on voit des paysans fermer leurs cabanes et prendre la fuite à l'approche du pope, au risque d'être poursuivis par les femmes ou les enfanls du clergé. Pour mettre fin à leurs importunilés, le synode a dû défendre aux popesses et à leurs enfants d'accompagner leurs maris dans ces quêtes à domicile. D'autres fois, le paysan refuse l'offrande habituelle, et alors s'engagent, entre le prêtre et lui, des discussions plus dignes de la foire que de l'Église. J'ai eùtendu raconter qu'un pope, las de réclamer le salaire des prières qu'il venait de réciter, imagina de retirer les bénédictions qu'on ne voulait point lui payer pour les remplacer par des imprécations. La superslition triompha de l'avarice du paysan, effrayé des malédictions du prêtre comme des sortilèges d'un magicien.

Ces tournées paroissiales, qui se répètent plusieurs fois par an, sont une des causes de la déconsidéralion du clergé, moins pour cette sorte de mendicité solennelle que pour les circonslances qui l'accompagnent. En de telles visites, le clergé, celui des campagnes surtout, est souvent victime d'une qualité nationale, de l'hospitalité russe, qui garde encore quelque chose de primitif. Il n'est si pauvre moujik qui n'offre, en ces jours de fête, un verre de vodka à son curé; le moins généreux se blesse si le prêtre ne boit chez lui. Un refus est, par la plupart des paysans, considéré comme un outrage; le prêtre est alors un orgueilleux qui méprise le pauvre monde. Les paysans se vengent en lui refusant leurs services pour la culture de son champ. Le plus prudent est de se soumettre, et l'honneur accordé à l'un ne se peut dénier à l'autre. Le clergé s'en va ainsi, d'izba en izba, en habits sacerdotaux et portant la croix, distribuant partout ses bénédictions et recevant en échange un verre d'eau-de-vie et quelcjucs kopeks. Les suites sont aisées a deviner. A la fln de la journée, le prêtre est facile-

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