Kievskata Starinay avril
2 Voyez tome livre II, chap. iv.
LES STUNDISTES. 513
sacrements et les offices de l'Église. A cet égard, les Petils- Russiens se montrent aussi positifs que tels sans-prétres de la Grande-Russie : ils cherchent à se dérober aux redevances ecclésiastiques. Ils restent soumis aux autorités, ils acquittent régulièrement Timpôt, mais, en dépit des poursuites, ils refusent le ministère du clergé; ainsi que nos révolutionnaires, ils paraissent le considérer comme un coûleux parasite. Au luxe des pompes orthodoxes ils préfèrent un culte simple et peu dispendieux, un culte pour ainsi dire domestique, dont la lecture des livres saints fait les principaux frais.
De Tavis de leurs adversaires, les stundistes se font remarquer par leur probité, leur sobriété, leur amour du travail. « Depuis qu'ils ont passé à l'hérésie, je n'ai qu'à me féliciter de nos paysans, m'afflrmait un propriétaire du gouvernement de Kherson : ils ne s'enivrent plus, ils ne volent plus, ils observent leurs engagements. ^> La vie et la prospérité de ces évangéliques leur valent plus de prosélytes que la prédication. Le moujik embrasse leur doctrine pour participer à leur aisance, de même que les premiers adeptes de la slunda ont été attirés par le spectacle du bien-être de leurs voisins allemands.
Gomme la plupart des sectaires, les stundistes ont i'instruction en grande estime. Toute leur religion est fondée sur la Bible, et le besoin de lire la Bible leur donne le goût de l'école. Les idées de liberté et d'indépendance s'insinuent dans leurs villages avec le libre examen. Les jeunes ménages ne se plient plus à la subordination patriarcale de l'ancienne famille russe. Chez les stundistes aussi, la religion est une des formes populaires de l'émancipation des femmes. Les babas prétendent être les égales et non plus les servantes de leurs maris. Aussi sont-elles souvent parmi les plus ardents apôtres de la secte. Gomme les buveurs de lait des mêmes régions, ces nouveaux molokanes ont des tendances égalitaires à demi communistes. Ils forment une société de frères et de sœurs où tous les memm. 33
bres sont égaux. On y prêche, dit-on, le partage égal des terres, ce qui est une nouveauté dans la Nouvelle-Russie où, d'habitude, les partages périodiques du mir ne sont point en usage. La terre doit être à tous, disent ces rustiques réformateurs; chacun n'endoil posséderque ce qu'il peut cultiver. C'est là, partout, une des idées du moujik.
La rapide croissance du stundisme est un des phénomènes les plus curieux du dernier quart de siècle. Les exhortations du clergé, l'intervention de la police et des tribunaux n'ont pu arrêter ces déserteurs de l'Église officielle. Pour les faire rentrer au giron de l'orthodoxie on a vainement recouru aux amendes, à la prison, à la déportation. Dès les premières années du règne de Nicolas II, on constatait que le stundisme avait pénétré jusque dans les provinces du Volga. Pour cette nouvelle secte, comme pour les anciennes, les exilés servent de missionnaires.
On s'est demandé si les stundistes et les molokanes se fondront ensemble, ou si, au contraire, ldLSiu7ida s'émiettera en petites sectes. Ce n'est là qu'une question secondaire; l'important pour nous, c'est de montrer la prise de pareilles doctrines sur le moujik. Le fait est d'autant plus digne d'attention que le molokanstvo et le sluiidisme ne sont pas les seules manifestations de ce genre. Nous avons vu le rationalisme et le libre examen se glisser dans le vieux ras/coL Chez les descendants des fanatiques vieux-croyants, on entend professer des maximes non moins hardies que chez les prosélytes des anabaptistes allemands. Les bezpo^ povtsy répètent, eux aussi : L'Église, c'est nous. Quelques sans-prêtres vont jusqu'à dire que, pour le chrétien, le pain ordinaire devientcommunion et que l'homme qui se nourrit de son travail communie tous les jouas ^ Les sectes d'avantgarde réagissent sur tout le raskol. Certains Russes annoncent déjà la prochaine dissolution du schisme au profit des sectes radicales. Le rationalisme pénètre peu à peu ces