LES JUIFS : CONSÉQUENCES DES LOIS D'EXCEPTION
vouloir de la société environnante; que, en Russie même, comme partout au moyen âge, elle a été longtemps maintenue par rÉlat dans un intérêt liscal; que, de Catherine II à Nicolas P'^, les lois assujettissaient les Juifs au joug de leurs communautés; qu'on avait été jusqu'à donner aux consistoires Israélites le droit de désigner les Juifs astreints au service militaire; que, aujourd'hui même, après l'abolition officielle du kahal^ les communautés juives continuent à percevoir, pour leurs besoins, des taxes obligatoires, appelées taxes de corbeille {korobotchnyià). Pour qu'ils cessassent d'adhérer ainsi fortement les uns aux autres et en quelque sorte de faire masse, il faudrait au moins que la loi ne les y contraignît point en les isolant des chrétiens.
De même au point de vue économique. Restreindre légalement l'activité des Israélites, les écarter des carrières libérales ou scientifiques, leur fermer systématiquement tous les débouchés intellectuels, c'est les condamner aux métiers qu'on leur reproche de préférer et qu'on les accuse d'accaparer, après les y avoir enfermés. On se plaint qu'ils soient presque tous marchands, courtiers, changeurs, colporteurs, usuriers, cabaretiers, et l'on repousse vers leur boulique ou leur comptoir tous ceux qui osent essayer d'en sortir. On répète que les Juifs ne sont que des parasites, et Ton s'applique à les emprisonner dans ces professions traitées de parasitaires.
Le Juif, affirme-t-on, a en aversion tout travail productif; c'est essentiellement un exploiteur vivant et s'enrichissant du labeur d'autrui. Gela encore peut être vrai, au moins en un sens. Le Juif n'est, le plus souvent, qu'un intermédiaire entre le producteur et le consommateur, et moins il y a de ces intermédiaires, mieux il vaut pour une société. Mais doit-on, pour cela, poser en principe que tout marchand, tout négociant, tout intcrinédiaire est un parasite? Et si cela est vrai du Juif ou du Sémite, comment ne le serait-ce pas également du chrélien ou de l'aryen ?Ne sait-on
point que la circulation est une fonction essentielle du corps social, comme de tout corps vivant?
Le Juif, dit-on, cherche, par tous les moyens, à s'émanciper du travail manuel. Cela encore est vrai; mais cela est-il propre au Sémite? 11 n'a guère fait, en réalité, que prendre les devants sur nous. En combien de pays du monde civilisé ne voit-on pas, aujourd'hui, l'homme des champs, comme l'homme des villes, s'ingénier à s'affranchir du labeur musculaire? Le dégoût du travail des bras, l'engouement pour le commerce, pour « les places », pour toutes les professions qui ne demandent pas d'effort physique, est, hélas! loin d'être particulier à Israël. Quels que soient du reste les inconvénients de cette répugnance croissante pour le travail musculaire, est-on en droit de professer, avec tels de nos socialistes, qu'il n'y a de productif que le travail corporel? C'est cependant ce que font, implicitement, la plupart des antisémites de Russie et d'Occident.
Le reproche, du reste, tombe mal en Russie. Là, comme partout où ils sont nombreux et réunis en groupes compacts, il s'en faut que tous les Juifs vivent de tratîc. Le plus grand nombre peut-être de ces fils de Sem sont contraints à vivre du travail de leurs bras, à la sueur de leurs fronls, tout comme des fîls de Japhet.
Dans cet Israël sarmate il y a peu de métiers manuels qui ne soient exercés par les descendants d'Abraham; plusieurs, et parfois des plus humbles ou des plus grossiers, sont presque monopolisés par eux. Nombre de Juifs sont tailleurs, cordonniers, serruriers, menuisiers, corroyevirs, cochers, fumistes, bouchers, couvreurs, peintres, teinturiers. Bien qu'ils préfèrent les métiers exigeant moins de force que d'adresse, beaucoup sont charpentiers, forgerons, maçons, terrassiers. La plupart des maisons de pierre des villes occidenlales ont été consiruites par des mains juives.
Le bien-être des artisans tient fort au cœur des communautés Israélites. J'ai visité, à Varsovie, notamment,