‹ L'empire des tsars et les Russes 3, La religionChapitre 41 sur 353 · DIFFÉRENCES DOGMATIQUES DES DEUX ÉGLISES · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCES DOGMATIQUES DES DEUX ÉGLISES

à mviltiplier los points de dissidence, à les grossir ou à les mellre en relief. Les difTércnces les moins importanles dans les formules dogmatiques, dans les rites, dans la discipline, furent relevées avec soin par les Grecs pour constituer, en face de Rome, une doctrine nationale, et permettre de répondre au reproche de schisme des Occidentaux par l'accusation d'hérésie*. Et ce qu'ont fait autrefois les Grecs du Bas-Empire, les Russes, en cela imitateurs des Byzantins, l'ont fait souvent à leur tour. C'est ainsi que Rome et Constantinople qui, malgré les anathèmes intermittents des papes et des patriarches, étaient encore en communion au onzième siècle et môme au commencement du douzième^, ont fini par former non seulement deux Églises, mais deux confessions, deux cultes distincts.

C'est ainsi qu'à cette vieille querelle sur la procession du Saint-Esprit s'en est jointe une autre moins ancienne sur le purgatoire. Ici encore le différend provenait en grande partie de ce que, chez les Grecs, le dogme était moins défini. Les Orientaux, de môme que les Latins, ont toujours prié pour les morts; mais leurs théologiens n'ont pas précisé l'état des âmes avant d'être admises à la béatitude. Non contents de rejeter tout le système des indulgences de l'Église romaine, ils se montrent scandalisés du feu spirituel des Latins, repoussant la puritication par les flammes, refusant môme aux âmes sorties de cette vie la faculté d'expier leurs fautes, ou n'admettant pour elles d'autre expiation que les prières des vivants et les saints mystères^. A cette double différence dogmatique

1. Voyez par exemple Dollingér : Kirche und Kirchen^ Papsthwm und Kirchenstaat.

2. Celte intercommunion, longtemps après Photius et môme après Michel Cerullaire, explique runion de [)rinces et princesses russes de Kief avec des membres de l'Église laiine^ par exemple le mariage d'Anne, fille de laroslaf, avec noire roi Henri P^

3. Voyez notamment le D"" W. Gass : Symbolik der Griechischen Kirche (1872), p. 335-342.

dont la première est d'ordre tout spéculatif, le Vatican en a, sous le pape Pie IX, ajouté deux autres, également repoussées des théologiens russes et grecs, l'Immaculée Conception de la Vierge et Tinfaillibilité du pape*- De toutes ces dissidences, anciennes ou récentes, une seule, la dernière, a une réelle importance religieuse et politique. En elle se résument tous les dissentiments des deux Églises.

Le fait même de la proclamation de certains dogmes par les Latins, alors que les Grecs repoussent toute définition dogmatique nouvelle, a une sérieuse gravité. Cette opposition révèle une conception différente du rôle de l'Église et de la marche du christianisme. Pour les catholiques, la période des définitions doctrinales reste toujours ouverte; pour les orthodoxes, elle est depuis longtemps close. Ils n'ont rien à ajouter aux décisions des grands conciles antérieurs à la rupture de Rome et de Constantinople. Certains théologiens romains ont réduit la promulgation successive des dogmes en théorie; ils l'ont représentée comme une sorte de manifestation graduelle de la vérité se dévoilant de plus en plus clairement aux fidèles. Cette application des idées modernes de développement et de progrès à la théologie est repoussée par l'Église gréco-russe. Elle se refuse à rien laisser ajouter à son symbole, comme à y rien retrancher. « Notre Eglise, disait à un théologien anglais, sous Nicolas 1*^% Sérapliim, métropolite de Pétersbourg, notre Eglise ne connaît pas de développement*. « A cet égard, l'orthodoxie est presque aussi éloignée des catholiques que des protestants. L'Orient, qui jadis a élucidé et formulé pour l'Occident les dogmes fondamentaux du christianisme, condamne toute adjonction, comme toute

1. Tandis que les Russes reprochent au Vatican l'Immaculée Conception comme une innovation^ les écrivains catholiques se flattent d'avoir découvert celle croyance dans la liturgie russe et dans la tradition des Vieux-Croyants moscovites. Le P. Gagarine : L'Église russe et L'Immaculée Conception (1876).

2. Palmer : Notes of a visit ta the Russian Churchy Londres, 1882, p. 326,

Page 1