‹ L'empire des tsars et les Russes 3, La religionChapitre 73 sur 353 · LES FETES, LË"S CHÔMAGES · texte numérisé non relu

LES FETES, LË"S CHÔMAGES

brcr. Les inconvénienls de ces chômages répétés sont fraiitant plus sensibles qu'un grand nombre tombent sur la belle saison. Au temps de la fenaison ou de la moisson, on voit ainsi parfois le foin pourrir sur place ou le grain germer, pendant que faneurs ou moissonneurs sont à faire la fête. Aussi les propriétaires répètent-ils que les jours fériés sont une des calamités de Tagriculture russes Les pédagogues ne s'en plaignent guère moins que les agronomes. J'en ai entendu calculer que, pour obtenir des enfants russes autant de travail que des français ou des allemands, il fallait leur demander un ou deux ans d'école de plus.

On comprend que l'opinion et le gouvernement se soient préoccupés de cette question. La plus haute autorité de l'Église russe, le Saint-Synode, Ta môme parfois, dit-on, mise à l'élude. Pour réduire le nombre des jours fériés, on pourrait distinguer entre les fêles et, comme à Rome par exemple, maintenir pour certaines d'entre elles l'obligation d'assister aux offices, tout en autorisant le travail. Par malheur, il est douteux que tous les sujets du tsar reconnaissent au synode de Pétersbourg le droit de déclasser à son gré des fêtes de tout temps célébrées par l'Église. Puis, pour être officiellement supprimées, elles ne cesseraient pas toujours d'être conservées par le peuple. Déjà quelques-unes des fêtes le plus volontiers célébrées parle moujik, celles de Saint-Élie ou de Notre-Dame de Kazan entre autres, ne lui sont pas imposées par l'Église.

Il est vrai que ces innombrables fûtes, le Russe ne les chôme pas toujours avec scrupule. J'ai vu, au cœur de la vieille Russie, des paysans achever leurs travaux le dimanche. Ils n'ont pas, pour le repos du Sabbat, le respect judaïque des protestants anglais ou américains. Ils ne

1. Dans le district de StaiaTa Roussa, par exemple, le nombre des jours de travail est réduit à 245; il en est de même dans celui de Valdaï, tandis que, pour les catholiques de Kovno, il monte à 270 et^ pour les luthériens des provinces baltiques, à 290. (Enquête agricole.) Cf. Fonlenay^ Voyage agricole en Russie,

craignent pas à Toccasion de vendre ou d'acheter au sortir de Toflice des dimanches. En revanche, le peuple répugne à travailler pour un maître les jours fériés. C'est une des choses qui le froissent dans la pratique de cerlaines industries et qui parfois indisposent les ouvriers contre les chefs d'usine d'origine étrangère. Pour faire droit à des plaintes de ce genre, le gouvernement d'Alexandre III a enjoint d'observer plus strictement les chômages prescrits par l'Église. Peut-être eût-il mieux valu, pour l'industrie nationale, que pareil règlement coïncidât avec une réduction du nombre des jours fériés.

A cette question s'en lie une autre non moins délicate, la réforme du calendrier. On sait c|ue l'Eglise russe et l'État avec elle ont conservé l'année julienne ; bien mieux, le gouvernement impérial a ramené ce calendrier suranné dans des contrées qui l'avaient dès longtemps rejeté. C'est ainsi que la patrie de Copernic a dû revenir au « vieux style >>. Trois siècles n'ont pas suffi à faire renoncer la Russie à un mode de supputation abandonné de tous les peuples civilisés, catholi(|ues ou protestants, et reconnu pour défectueux par les pays qui persistent à le garder. Elle laisse, la Russie orthodoxe, les astres se mouvoir et la terre tourner, sans daigner tenir compte du cours du soleil. En dépit de ses observatoires, elle vit dans un anachronisme. On dirait qu'il ne lui déplaît pas d'être en retard sur le monde occidental, tant elle met peu de liate à le rattraper. Ce calendrier de l'ancienne Rome qui, aux yeux de l'étranger, est pour la Russie comme une enseigne de son altardement, il semble pourtant qu'elle ait tout intérêt à le laisser au vieil Orient. En dalant de douze jours plus tard que le soleil, elle paraît arriérée de plusieurs siècles. Si elle persiste à ne pas se conformer à l'ordre naturel des saisons, c'est toujours pour le môme motif: c'est que, dans l'Église ortbodoxe, il n'y a pas d'autorilé centrale pour décréter une pareille mesure, ou pour la faire accepter de tous.

Page 1