‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 189 sur 255 · PÉNALITÉ, DÉPORTATION · texte numérisé non relu

PÉNALITÉ, DÉPORTATION

La déportation, comme châtiment pénal ou comme moyen de gouvernement, est fort ancienne en Russie. On pourrait la Taire remonter aux premiers (sars, qui, avant d'avoir à leur disposition la Sibérie, transplantaient fréquemment des populations entières d'une partie de leurs États à l'autre*. C'est sous le règne d'Alexis Mikaïlovitch, père de Pierre le Grand, vers le milieu du dix-septième siècle, que la Sibérie reçut le premier convoi de malfaiteurs. Depuis lors ces lugubres caravanes sont devenues annuelles et n'ont cessé de grossir. Dès l'origine, la déportation a eu moins pour objet d'imposer aux condamnés les souffrances d'un climat rigoureux, que de délivrer la société ou le gouvernement des hommes qui pouvaient troubler Tune et inquiéter l'autre. Aussi pourrait-on dire que la peine était à peu près graduée selon la dislance; à mesure que se sont accrus les moyens de communication, & mesure que s'est élargi le domaine de la colonisation nationale, le champ de la déportation s'est étendu, reculant toujours, vers l'est ou le nord, au fond des solitudes de TAsie.

Le Code pénal appliquait jusqu'à ces derniers temps la peine du bannissement (ssyUca) aux plus grands crimes et aux simples délits, tels que le vagabondage. Les déportés, en vertu d'une sentence judiciaire, sont ainsi divisés en deux grandes classes : les condamnés aux travaux forcés, et les condamnés h des peines moins sévères qui, de même que les suspects politiques de Tancienne III'' section, sont simplement transportés d'une partie de l'empire à l'autre, ordinairement du centre aux extrémités. Entre ces forçats et ces « colons obligés », il y a légalement un grand inler-

1 . De pareilles migrations forcées, d'une exlremilé à Tautre de Tempire, ont encore parfois lieu de nos jours. C'est ainsi qu'après la guerre de 1817-76 des centaines de familles, des tribus entières du Caucase, qui s'étaient révoltées contre le tsar, ont dû quitter les montagnes du Daghestan pour les plates et froides régions du nord de la Russie. La plupart de ces montagoards ont été rapatriés sous Alexandre III, en 1881. En revanche, des milliers, peut-être des centaines de milliers d'Israélites ont été, sous le môr.îC rogne, expulsés des contrées où ils étaient établis.

valle, qui, depuis la fin du règnede Nicolas P%avail été en diminuant sans cesse.

Les Torçals ou galériens [silno-katorjniki) sont naturellement les moins libres. Les travaux forcés remplacent la peine de mort, supprimée en 1753 par Timpéralrice Elisabeth. Non contente de renverser Téchafaud, la loi russe n'admellaîl point, jusqu'en 1872, de travaux forcés à vie; leur durée n'excédait pas vingt ans. Si, depuis 1872, la loi a rétabli les travaux forcés à perpétuité, cette peine n'est presque jamais appliquée dans la pratique, pour les crimes de droit commun du moins. Grâce à l'indulgence du jury et des juges, vingt ans restent le maximum réel des travaux forcés; ce temps passé, le forçat rentre dans la classe des condamnés colonisés. Auirefois, sous Nicolas I" et Alexandre 1", les galériens subissaient d'ordinaire leur peine dans les mines de Sibérie, spécialement dans les mines d'argent de Nerlchinsk, situées à plus de deux cents lieues au delà d'Irkoutsk et du lac Baïkal. Les criminels, associés parfois aux condamnés politiques, travaillaient enchaînés et demeuraient jour et nuit au fond des humides galeries où ils semblaient ensevelis vivants. Affreuse était la peine, et ce n'était pas seulement dans la législation qu'elle était l'équivalent de la mort. Les tempéraments les plus robustes ne parvenaient pas toujours à résister aux fatigues et aux privations de cette vie souterraine. Comme pour le knout, le maximum légal, fixé par la loi, semblait le plus souvent une ironie amère : bien peu des exilés qui descendaient dans les mines de Nertchinsk atteignaient le terme de vingt ans.

Une cruelle aggravationjie ce bannissement pénal, c*e8l la moT^t civile, et en Russie, la mort civile n'est pas un vain mot, elle brise tous les liens de la famille. Sous Nicolas !«* on enlevait parfois aux déportés, à leurs enfants même, jusqu'à leur nom. Aujourd'hui encore, les héritiers du condamné peuvent s'emparer de ses biens, si toutefois ces biens ne sont pas confisqués; sa femme devient veuve et

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