II
iH LA RUSSIE ET LES RUSSES.
veut gratifier d'une récompense, on donne, pour sa vie durant ou à perpétuité, au lieu d'une pension, une certaine étendue de terres, prise sur les immenses biens de la couronne. Les domaines de l'Ëlat, accrus en Pologne et dans les provinces occidentales de propriétés confisquées, sont une mine abondante où, sous Alexandre II, comme autrefois sous Catherine II, la faveur a puisé à pleines mains. De 1871 à 1881, on calcule qu'on a ainsi distribué aux principaux fonctionnaires et à leurs créatures un demi-million (le désiatines, soit une moyenne annuelle de 55 000 hectares attribués au tchinovnisme de la capitale ; et cela, d'ordinaire, non point dans des régions désertes, non dans les inaccessibles forêls du nord-est, mais dans les plus fertiles contrées de la Pologne, du Caucase, de l'Oural. Dans les derniers mois du règne de l'empereur Alexandre II, au plas fort de la lutte contre le nihilisme, ces allocations immobilières ont été si considérables, sur les terres des Bachkirs notamment, qu'à Pétersbourg et à Moscou les railleurs disaient que le vaste gouvernement d'Oufa s'élait subitement perdu. Ce gaspillage, ou mieux ce pillage du domaine public, restera une des taches du règne de l'émancipateur des serfs.
Les arendes et toutes ces distributions de terres de l'Étal, à quelque titre que ce soit, ont, pour ceux qui en bénéficient, l'immense avantage que, d'ordinaire, le profit qu'ils en tirent est bien supérieur à l'importance apparente de la libéralité dont ils sont l'objet. D'habitude, en effet, la valeur des terres ainsi concédées dépasse singulièrement les estimations officielles, de façon que celui qui en est gratifié reçoit en réalité infiniment plus qu'on ne semble lui donner. Une modeste rente nominale de 5 ou 6000 roubles, par exemple, peut rapporter à son heureux titulaire un revenu quadruple ou quintuple, parfois môme décuple, en certains cas, prétend-on, un revenu centui»le.
Une chose explique cette anomalie; il n'y a le plus souvent aucun rapport entre la valeur effective du so' et les