‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 92 sur 255 · ZEMSTVOS ET SERVICE SANITAIRE · texte numérisé non relu

ZEMSTVOS ET SERVICE SANITAIRE

sources matérielles el morales font souvent encore défaut. Malgré d'incontestables progrès, malgré les milliers d'écoles entretenues par les zemstvos et les communes, les fondations scolaires peuvent à peine contenir le tiers ou la moitié des enfants des campagnes. Pour les filles surtout, le nombre des écoles reste toujours insuffisant

Après Tesprit le corps, après l'instruction populaire la santé du peuple. Dans ce domaine inofTensif, mêmes efforts des zemstvos et mêmes difficultés, mêmes succès partiels et, trop souvent, mêmes déboires.

Le service sanitaire a partagé avec l'enseignement primaire l'attention et les préférences des États provinciaux. Cette prédilection s'explique et se justifie aisément. On sait quel est, sous ce rude climat, le régime de la masse de la population, quels ravages exercent, dans les villages surtout, les maladies et les épidémies, secondées par l'ignorance et la superstition. La brièveté de la vie moyenne, grâce à l'effroyable mortalité parmi les enfants, est une des plaies économiques de la Russie, parce qu'en renouvelant trop rapidement les générations, cette mortalité y accroît démesurément la proportion des âges improductirs aux âges productifs ^ Les zemstvos se sont courageusement attaqués à ce mal ; ils ont fait pour le service sanitaire de larges sacrifices, et si, depuis une quinzaine d'années, la mortalité a déjà sensiblement décru, c'est à eux qu'en doit revenir l'honneur. Dans les provinces, où le devin et le sorcier étaient le seul conseil et le seul secours des malades, les assemblées territoriales ont fait de la médecine un service public et gratuit. Non contents d'établir des hôpitaux el des pharmacies, les États provinciaux entretiennent & leurs frais, dans les divers districts, des médecins qui ont chacun leur circonscription, où ils sont obligés de faire des tournées régulières. Perm et

' t. Des enranto Dés^n Russie, la moUié environ mevrent encore aujour^ d'hui avant d'avoir alteinl leur cinquième année.

Vialka consacrent annuellement à la sanlé publique de 300 000 à 400 000 roubles chacun. Si les institutions et les mesures administratives pouvaient en quelques années transformer les mœurs, ou s'il était aussi facile d'encourager l'hygiène que la médecine, les zemstvos auraient par là rendu au pays un inappréciable service. Ici encore, l'initiative des zemstvos se heurte à des obstacles multiples. Us ont d abord contre eux les mœurs et les superstitions du peuple, les préjugés invétérés du moujik et les traditions souvent antihygiéniques des campagnes. Le médecin ne faisait naguère d'apparition dans les villages qu'en qualité d'auxiliaire de la justice, pour les enquêtes de la médecine légale. Ce souvenir n'était pas fait pour le rendre populaire et l'aider à triompher des préventions entretenues par les sorciers, qui craignent de voir ce concurrent diplômé ruiner leur industrie*.

. Pour arracher au koldoun et à la vedma^ au devin et à la sorcière, une clientèle séculaire, il faudrait malheureux sèment aux zemstvos un personnel médical que, le plus souvent, la pénurie de leurs ressources ne leur permet point de se procurer. Parfois un district grand comme un de nos départements et peuplé de plus de 100 000 habitants ne possède encore qu'un ou deux médecins ambulants, qu'on ne trouve point quand on en a besoin*. Puis la modicité des traitements qu'ils leur oiTrent ne permet aux zemstvos que de s'attacher des praticiens d'un mérite inférieur. Les docteurs au service des États provinciaux ne touchent annuellement que 1000 ou 1200 roubles, 1500 au plus, et pour cette somme ils sont astreints à de longues et fatigantes tournées. Dans certaines villes de province

1. Sur la sorcellerie et les formules magiques^ voyez par exemple Pexcellent ouvrage de M. Ralston : The Songs of the Russian peopUy chap. vi.

"2. Le gouvernement de Kharkof par exemple, un des plus riches de Tem* pire, n'entretenait en 1883 que 35 médecins pour 2 millions d'habitants, et Kharkof est le siège d'une université. Le district do Starobelsk avec Ui)003 âmes, Je district d'Izioum avec 120000, celui de Koupiansk avec 130010, ne comptaient chacun qu'un seul médecin.

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