‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 57 sur 93 · AGRICULTURE · texte numérisé non relu

AGRICULTURE

Honneurs et enconragements dont elle est l'objet. — Instmments de culture. — Engrais, amendements, irrigations. — Conditions de la culture en généAl. — Cultures alimentaires: riz et thés. — Cultures industrielles : coton, mûrier, chanvre, orties, arbre à snif, cassier, camphrier, payot, tabac, sésame. — Fabrication et usage de Topium. Jardins. — Fléaux de Tagriculture.

Il y a plus de deux mille ans que les lois de Tempire emgouragemeni

DONNÉS AL'AGRICDLTURl

encouragent, protègent et honorent les pratiques de donnés

l'agriculture. C'est qu'elles sont d'une importance vitale dans un pays où la population s'accroît avec une effrayante rapidité; c'est aussi qu'elles répondent aux mœurs paisibles de ses habitants, et qu'un gouvernement habile, qui administre une grande étendue de territoire, s'applique d'ordinaire à développer les instincts pacifiques de ses sujets. Parmi les classes sociales admises légalement aux concours littéraires, celle des agriculteurs occupe un des premiers rangs. On sait qu'en témoignage de la grande considération dont le pouvoir suprême honore leurs travaux, l'empereur trace chaque année, de sa propre main, quelques sillons dans l'enceinte d'un temple dédié à la terre. Cette belle et touchante cérémonie, dont les vice-rois, les gouverneurs et les préfets doivent répéter les rites dans les capitales des provinces et des districts confiés à leur administration.

4tt L'EMPIRE DU MILIEU

a lieu vers l'équinoxe de printemps. L'empereur est suivi des grands fonctionnaires de sa cour. En présence de l'autel consacré à Tun des souverains de la Chine, l'illustre Chin-noung, qui inventa, dit-on, l'agriculture, il dirige la charrue pendant qu'elle creuse quatre sillons. Après lui, chacun des princes qui l'accompagnent doit en tracer cinq ; les premiers ministres en tracent neuf, et le labour est achevé par de moins hauts dignitaires. On garde pour les sacrifices la récolte du petit chami>que le Fils du Ciel a fécondé de son auguste labeur. Au moment où il quitte le temple, les assistants brisent de grandes figures en faïence qu'on a coutqmc d'y apporter pour embellir la cérémonie et qui re-

présentent les animaux employés à l'agriculture; ils s'e distribuent ensuite les débris^ qu'ils enfouissent dans^ leurs terres comme de merveilleux talismans qui doiven fixer la protection du ciel sur leurs travaux.

TBAITJÉS SUR

l'agriculture.

Beaucoup de livres et de traités ont été écrits en Chin^ -^^^ sur l'art de cultiver la terre; aucun des minutieux tails qui le concerne n'y est omis. Ils classent méthodi quement les terrains suivant leur nature ou leur confi guration; décrivent les plantes et leurs usages; assignen à chacune d'elles le sol qui lui plaît ; mentionnent 1 époques où elles doivent être semées^ plantées, récoltées ; enseignent les diverses méthodes applicabl^:-^ dans telle localité, convenables dans telle saison. L'w^^ des plus remarquables et des plus pratiques est Tencyclo ^ pédie composée, au temps des Ming, par le docteur Syw. Elle renferme un calendrier qui trace très-exactement, pour toutes les périodes de l'année, les devoirs du cultivateur et qui lui donne des avis fort judicieux de prévoyance, d'activité, de piété et d'économie. M. d'Escayrac en a publié récemment, dans ses mémoires sur la Chine, une curieuse analyse. Le célèbre botaniste

anglais, Rdbert Fortone, qui visita TEmpire du Milieu, en 1848 et 1852, pour en étudier la flore, nous avait déjà donné beaucoup de notions intéressantes sur Tagriculture des Chinois. Il ne semble pas que la nôtre puisse lui faire de bien utiles emprunts. Ses conditions sont trop essentiellement différentes pour que les systèmes puissent offrir beaucoup d'analogie. Tandis qu'en Europe, particulièrement en France, les bras font défaut à la terre, sous un ciel froid et Inclément ; dans la Chine proprement dite, des millions de travailleurs, patients et laborieux comme des fourmis, retournent incessamment le sol et leurs laborieux efforts sont merveilleusement secondés par son humidité naturelle, par la périodicité régulière des saisons, par l'abondance des pluies du printemps, avant tout, par l'action féconde du soleil des tropiques.

Ce n'est pas qu'ils connaissent les précieuses méthodes irrigations. que la physique et la chimie ont enseignées aux agriculteurs européens. Les procédés qu'ils emploient sont ingénieux, mais primitifs, et bien qu'ils aient consacré, dans les dix-huit provinces, à la production desjvégétaux dont l'homme tire sa nourriture, toutes les parties du sol qui leur ont paru fertiles ou fertilisables, de telle sorte que leurs routes sont, en général, d'étroits sentiers, qu'ils ont soin de creuser leurs sépultures dans les lieux arides et qu'ils n'élèvent point de bestiaux ^ ; on peut affirmer que, s'ils avaient plus d'art et plus de science, ils laisseraient moins de terrains stériles. Comme le riz, qui est la base de l'alimentation publique, germe et croît dans l'humidité, les Chinois ne négligent aucun des . moyens qui peuvent assurer la facile irrigation de leurs

i. Nous avons va (i^age 203) que les Chinois ne font usage du lait '^'én médecine et que les grands troupeaux fréquentent seulement Içs pàtifrages incultes du nord et de Toùest.

champs. Des réservoirs sont établis dans tous les lieux élevés pour recueillir l'eau de pluie ou garder celle des torrents» et les cultures inférieures, particulièrement sur les flancs des collines, sont disposées de façon à profiter simultanément ou successivement, par d'abondantes rigoles, soit du trop-plein des réservoirs, soit, aux époques de sécheresse, du précieux agent qu'ils tiennent en réserve. S'agit-il de faire monter l'eau d'une rivière, d'un torrent, d'une mare, dans un champ qu'on veut inonder ou dans une citerne commune , on emploie des roues hydrauliques auxquelles la main de l'homme, l'effort du buflQe, l'action du vent*, le courant luimême communiquent le mouvement nécessaire. C( puissant engin fait-il défaut, ou faut-il puiser simph ment dans un réservoir déjà presque vide, deux hommes, placés vis-à' vis TundeTautre^ impiiment un rapide mouvement de va-et-vient à un sceau qu'ils balancent des cordes et déplacent ainsi, en peu de temps, un< masse de liquide relativement considérable. Dans ies^ ^^ provinces du centre et du midi, où les bétes de somme^^-^® sont très-rares, l'usage de la charrette est inconnu, le^^-'® cultivateur transporte lui-même les engrais et la récolte, ^^^» soit sur ses épaules, soit au moyen de brouettes auxquelles il adapte quelquefois une voile.

INSTRUMENTS Parmi les principaux instruments dont se compos OB CULTURE. Toutillage agricolc ct qui sout prcsquc tous alsémeut ma

niables, solides, simples, peu coûteux, mais de fabricatioir passablement grossière, figurent des pioches et des^ houes ; des pelles bardées de fer et servant parfois de bêches; des charrues de formes très-primitives, communément en bois dur ou en bois garni de fer et dont quelques-unes sont munies d'un semoir; des herses carrées

1. Dans le département de Kouei-ngan, ont voit des roues horizontales mues par quatre petites voiles (M. d'Ëscayrac de Lauture).

OU rectangulaires; de pesants rouleaux en bois, en pierre lisse ou armés de pointes, destinés soit à unir le sol, soit à enterrer le grain ; des marteaux dont on se sert pour pulvériser les mottes rebelles; des semoirs percés de plusieurs trous que Ton porte à la main et dont on règle les émissions avec le doigt; de longues faucilles presque semblables dans toutes les provinces ; des râteaux et des fourches; plusieurs sortes de fléaux et de pilons dont on fait usage pour séparer le grain de son écorce ; des vannoirs et divers appareils un peu plus compliqués qui servent à nettoyer le coton, à broyer le grain en farine ou à écraser les baies dont l'huile est extraite. La profondeur du sillon dépasse rarement cinq pouces. Quand le laboureur ne traîne pas lui-même sa charrue, il y attelle des buflles, des mulets, des ânes ou même des chiens. On emploie communément pour façonner les rizières où séjournent toujours 18 pouces ou 2 pieds de vase, une espèce de bufiSes gris, trapus, mais de petite taille et qui aime particulièrement à se vautrer dans le limon.

Tout ce qui peut accroître la production de la terre en augmentant sa fertilité, les fumiers des animaux, leurs ossements, les cendres, les résidus que Ton obtient par la fabrication des huiles, la vase des canaux et des réservoirs, les débris et les détritus de toute espèce qui sortent des maisons et des magasins, les cheveux que fait tomber le rasoir dans l'échoppe du barbier, la boue des chemins et des rues, particulièrement l'engrais humain, est précieusement recueilli , mélangé et conservé à l'état liquide, ou bien triiuré,'séché, découpé en gâteaux et puL vérisé par les agriculteurs chinois. L'art des amendes ments leur est également familier. Gomme la science agronomique a reconnu, étudié et classé, depuis des siècles, les diverses natures des terrains que fécondent leurs

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