MENUISERIE
Il est difficile de travailler avec plus de justesse et de précision que le charpentier chinois qui est, en même temps, menuisier, tourneur, ébéniste. Ses outils ont à peu près les mêfiies formes que les nôtres. Ils sont seulement moins maniables et moins bien trempés. Comme nos artisans, il les aiguise sur la pierre à repasser. La vrille lui est inconnue ; il emploie, pour percer le bois, des mèches de diverses grosseurs auxquelles il imprime un mouvement de rotation plus ou moins rapide au moyen d'un petit arc dont la corde les entoure. L'établi dont il fait usage n'est ni pesant ni massif comme celui de
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nos ouvriers ; il consiste en une simple planche inclinée, longue de deux mètres au plus et aisément portative, sur laquelle le menuisier s'asseoit à cheval pour scier ou aplanir le bois qu'il met en œuvre et qu'il maintient le plus souvent avec ses pieds en guise de chevalet.
La fabrication des lanternes est une branche impor- industrie tante de l'industrie nationale ; elle occupe dans l'em- »m fabricant! pire plus d'un million d'ouvriers de toutes sortes, des ^^ i^nterkss. menuisiers, des sculpteurs, des vitriers, des papetiers, des peintres. Nous avons parlé plus haut (page 269) du gracieux et agréable effet que produit le doux éclat des illuminations chinoises. Rien de plus variable que la forme, la matière et la couleur des lanternes qui y figurent. Les unes rondes ou allongées, ayant six pouces environ de diamètre ou de hauteur, consistent simplement en une légère carcasse de bambou ou de fil de fer que recouvre du papier uniformément bleu, rouge, jaune, noir, ou diversement colorié. La mince planchette de bois qui forme la base de cette carcasse est munie d'une pointe de fer sur laquelle on fixfe la bougie. Les autres , plus grandes et de formes plus compliquées, à 4, 6, 8 ou 10 pans, sont recouvertes de soie, de toile, de corné ou de verre. Sur ces pans que fixent des châssis en bois dur, habilement sculptés, sont représentés des fleurs, des paysages ou des sujets allégoriques. Ces châssis se démontent et se remontent à volonté. Une petite galerie, découpée à jour, les courronne. Chacun de ses angles supporte un gland de soie rouge qui pend jusqu'au bas de la lanterne et qui est orné de trois ou quatres petites plaques de cuivre peintes de vives cou- * leurs. L'ensemble, que Ton éclaire avec une ou plusieurs bougies, est d'une apparence bizarre, mais aussi gracieuse qu'agréable. Dans les grands magasins, à l'entrée des temples ou des prétoires, sont suspendues parfois
d'immenses lanternes rondes ou ovales dont le diamètre n'a pasmoins de 15 pieds. Le jésuite Magaillans^ en a vu quelques-unes dont la construction, non moins curieuse que singulière, imitait Tingénieux système du tournebroche à air; elles étaient munies de trois ou quatre carcasses superposées, très-minces et très-mobiles, tournant, sous rimpulsion du léger courant d'air déterminé . par la flamme des bougies, autour d'un axe commun. Gomme elles étaient ornées de peintures différentes, la même lanterne illuminait des scènes dont les sujets variaient à chaque instant On donne le nom de Tsao-matang (lanternes qui courent comme des chevaux) à ces étonnantes machines.
FABRICATION Moius savautc mais non moins compliquée est la fa- DEs MATTEs. bricatiou des nattes de toutes sortes et de toutes grandeurs à laquelle est consacré le travail de plusieurs millions d'hommes. On les fait avec le jonc, le bambou, le roseau, le rotin, et elles servent à une multitude d'usages, pour la literie, le tapissage des appartements, la navigation (page 401), la protection des cabanes, Thabillement même du laboureur. La Chine tisse à fort bon compte de très- belles nattes lisses, solides, souples, ornées de dessins bien conçus et régulièrement exécutés. Ses vanniers sont aussi fort adroits.
INDUSTRIE Entre toutes les industries nationales, une des plus
DES PÊCHEURS, intéressantcs et des plus fécondes est, sans contredit,
celle de la pêche à laquelle se livre presque exclusivement plus d'un dixième de la population de l'empire; « qui alimente en partie la plupart de ses habitants (page 161); qui dresse les marins, aussi hardis qu'avisés, parmi lesquels se recrutent incessamment les
1. Magaillans fut envoyé en mission à Kang-hi par le saint-siége an commencement du siècle dernier.
équipagesde ses jonques de commerce; qui exploite, par des procédés aussi variés qu'ingénieux, ses immenses ressources ichthyologiques ; qui, connaissant l'inappréciable valeur de telles ressources, en use sans les épuiser et prend soin, au contraire, d'en perpétuer, d'en augmenter même le fond par les curieuses méthodes de Ta fécondation artificielle. Les filets dont elle fait usage et Engins de pêche. que l'on fabrique avec des cordes de chanvre, affectent des formes très-diffiérentes suivant le genre de pêche auquel ils sont destinés. Tantôt larges, longs et trèsforts, ils sont traînés sur le sable par deux bateaux qui naviguent parallèlement soit à la voile, soit à la rame, ou bien, fixés à des pieux, ils barrent le lit d'une rivière rapide ; tantôt, tirés par une seule barque, suspendus entre la superficie et le fond de la mer, ils ressemblent à de vastes nasses dans lesquelles viennent s'engouffrer tous les poissons qui se trouvent d'aventure sur leur passage. D'autres fois, ce sont des troubles immenses et de forme carrée que l'on dispose à quelques centaines de pas du rivage, qu'on laisse un certain temps immobiles, puis dont on relève simultanément et rapidement les quatre extrémités au moyen de cordages fixés à un câble commun que meut un cabestan. On se sert peu d'hameçon. Les pécheurs savent substituer à l'emploi du Ruses filet et de la ligne un certain nombre de ruses dont la *®^ pêcheurs. pratique est rarement infructueuse. Le soir, quand la lune projette ses reflets d'argent sur les vagues clapotantes, ils disposent, le long de leurs barques, de longues planches très-lisses et peintes en blanc dont la couleur se confond parfaitement avec celle des flots. Trompé par cette perfide apparence et croyant se jouer à la surface de la mer, le poisson bondit sur la planche et glisse dans la barque. La nuit est-elle au contraire calme et sombre, on le harponne au flambeau. Quelquefois, aux époques où des tribus entières fréquentent de préférence certains
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parages, les habitants de la côte creusent parallèlement au rivage des bassins larges et profonds, séparés seulement de la mer par un étroit banc de sable dans lequel ils pratiquent une tranchée profonde. Les bassins se remplissent tr&s-rapidement lorsque la marée monte et retiennent captifs^ quand le flot descend, les poissons qui ont visité ces trompeuses lagunes. Sur les bords des grands fleuves et des lacs de la Chine centrale, on dresse à la pêche des cormorans qui s'acquittent de leur tâche avec beaucoup d'adresse et de fidélité. Non-seulement ils rapportent exactement à leurs maîtres la proie vivante que ceux-ci convoitent, mais, quand elle est trop grosse et se défend avec trop de vigueur, ils les avertissent par leurs cris perçants, ou bien appellent à leur aide un de leurs compagnons^.
Pfsdenitiire. Prévoyants comme les nations pacifiques et intelligentes qui ont besoin, pour vivre, de toutes leurs ressources naturelles, les Chinois s'ingénient, par mille moyens, à augmenter les populations de leurs lacs, de leurs étangs et de leurs rivières. Ils s'entendent merveilleusement à empoissonner les eaux douces, à y introduire et à y propager les meilleures espèces. Ils emploient des moyens fort habiles pour transporter les jeunes poissons à de grandes distances et les conserver vivants pendant de longs trajets. Enfin, sans connaître exacte* ment la méthode dont ils font usage, on sait qu'ils ont inventé, depuis plusieurs siècles, la fécondation artificielle et qu'ils y appliquent, avec succès, sur une assez
1. Lorsque Tédacation des cormorans pécheurs n*est pas encore entièrement achevée, on leur passe au cou un anneau qui, Tempèchant de se dilater, ne leur permet pas d'avaler leur proie, et qu'on enlève deux ou trois fois par jour aux heures où ils prennent leur noi^rriture. L'espèce que l'on apprivoise et que l'on dresse est celle du grand cormorafl qui a le dos brun, le ventre blanc verdâtre, le bec jaune, les yôo* bleus et les pattes noires.
large échelle, deâ pîrocédés fort peu différents des DÔtres.
Au reste, ce n'est pas seulement par de tels procédés que l'art industriel des Chinois vient en aide à la nature. On s'accorde généralement à lui attribuer Pinvention de ces utiles appareils qui substituent, pour Téclosion des œufs de poulets et de canards, Faction tempérée et soutenue d'un foyer de brique^ ou de terre chauffée artificiellement, à la douce chaleur de Taile maternelle. Un grand nombre de fourneaux à éciosion fonctionnent dans le midi de l'empire. Des corbeilles plus ou moins vastes, enduites extérieurement de boue desséchée, soigneusement recouvertes d'une épaisse couverture, tapissées d'un moelleux duvet, reposent sur la tablette d'un poêle en brique ou en argile qui leur communique incessamment une chaleur égale d'environ 36 degrés centigrades. Chaque corbeille peut recevoir plusieurs douzaines d'œufs. Au bout du cinquième jpur, tous ces œufs sont soigneusement passés en revue par le propriétaire de l'appareil qui les examine attentivement, un à un, à la vive clarté du soleil ou d'une lampe et met de côté ceux qu'il juge stériles. Les autres sont replacés avec précaution dans la corbeille où ils restent, pendant 10 jours, soumis à la même chaleur. On les retire ensuite pour les envelopper d'une grosse couverture de feutre doublée de ouate, puis on dépose le tout sur un plancher bien sec. Quinze jours après, c'est-à-dire vers le 28® jour à partir du début de l'incubation artificielle, l'éclosion commence. Les poulets s'élèvent dans les cours des fermes ou les rues des villages, comme en Europe. Quant aux petits canards, ils voyagent continuellement, par bandes innombrables, sur les canaux et les rivières. Le jour, ils barbotent le long des rives, cherchant dans la l)Oue et au milieu des roseaux les insectes où le frai de
lÊCLOSlON ARTIFICIELLE.
Édocation des canards.
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poisson dont ils font leur nourriture. Le soir, ils rentrent dans des bateaux plats, pontés, en forme d'arche, qui changent d'ancrage pendant la nuit. Bien peu périssent ou s'égarent. Quelques vieux canards dirigent les jeunes bandes en che& expérimentés et prudents. Rien de plus divertissant que la ponctuelle doeilité et le tumultueux empressement avec lesquels toute la colonie exécute lesordres de son propriétaire. Ou dit que, pour en assurer la prompte et complète exécution, il ne manque jamais de châtier avec sa baguette les retardataires.
MàMMxà Tous ceux qui ont lu les pittoresques récits de l'abbé
DU GOMBusmu Uuc^ savcnt que la rareté du combustible ligneux est OH Y svmJa. ^^ ^^ fléaux de la Chine et qu'elle y supplée par
d'ingénieux moyens dont les uns substituent au bois des matières moins inflammables et tout aussi comburantes; tandis que les autres consistent à économiser la chaleur en concentrant son action. Les pauvres habitants des régions septentrionales de l'empire, aussi bien que les voyageurs des grands déserts de la Tartarie, emploient pour leur chaufi*age les excréments desséchés des animaux qui parcourent, en troupes nombreuses, ces contrées sauvages. Ils ne se servent point de cheminées. Le jour, un brazeiro réchaufie leurs membres engourdis. Ils se réunissent, pendant la nuit, dans la chambre commune et dorment sur la tablette môme du grand poêle de briques où Ton prépare les aliments de la famille. Pour faire cuire les gâteaux qu'il débite aux consommateurs et qu'il pétrit, comme nous l'avons dit pltts haut, avec la farine du riz, du froment ou du maïs *, le
1. Nous savons qu'en Chine le riz cuit à l'eau est la base do la noorriture nationale, et que les boulangers ne font point de pain pour U consommation indigène, mais qu'ils pétrissent, particulièrement dans les provinces septentrionales, une grande variété de gâteaux avecU farine du riz, du blé, du millet et du maïs.
boulanger les dispose dans une terrine de grès au-de3sus de laquelle il place une bassine métallique remplie de charbons ardents. L'usage des fours lui est inconnu. Le fabricant de chaux, lui-même, ne s'en sert jamais. Les substances qu'il veut calciner sont entassées*, dans un espace qui mesure environ 1 mètre cube, entre quatre murs bas dont les parois intérieures ont été garnies préalablement d'un lit de sarments bien secs. Ces sarments sont mis en communication avec Tair extérieur par un étroit canal souterrain dont l'extrémité d'Un gros sou£9et occupe l'orifice. Le soufflet fonctionne , sans cesse, à partir du moment oii le feu est allumé et l'on produit ainsi, à très-peu de frais, une chaleur intense qui amène une combustion très-rapide. Il faudrait pour l'obtenir, par la méthode ordinaire de nos chaufourniers, une quantité de bois dix fois au moins plus considérable.
Remarquons d'ailleurs, en terminant ce chapitre, qu'<^n dépit de ses habitudes routinières, de son imitation servile du passé, de sa prudence commerciale et de son horreur instinctive pour les spéculations risquées, de sa méfiante et vaniteuse hostihté contre tout ce qui porte la marque d'une nationaUté, d'une institution ou d'une fabrique étrangères, la Chine, vaincue par l'évidence et par l'amour de ses intérêts, a favorablement accueilli en plus d'une occasion, depuis le commencement de ce siècle, les conseils et les exemples de l'industrie européenne. C'est ainsi qu'elle a perfectionné ses verreries et ses bronzes, qu'elle a appris la fabrication du bleu de Prusse et qu'elle commence à confectionner des pendules et des montres avec les pièces qui