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LIVRE TROISIÈME CUmats, Florô du Bassin du Yangtze

d'autres régions : l'essence dominante des bois est un if haut comme les plus fiers sapins d'Europe, superbe comme les chênes qui l'avoisinent; les rhododendrons deviennent des arbres; l'on voit encore à l'altitude de 2 500 mètres, des azalées magnifiques de 5 à 6 mètres, non moins couvertes de fleurs que les plus belles plantes exposées par les horticulteurs de l'Europe.

Sur les escarpements presque verticaux, les fougères, les arbustes, les arbres même, trouvent pied, de manière à recouvrir les roches de leurs nappes de feuilles et de fleurs. A peine sorti d'une cluse de la montagne, le voyageur cherche en vain la fissure par laquelle il vient de passer, il n'aperçoit qu'un entrelacement de branches et de lianes fleuries, à travers lesquelles ne se montrent même plus les protubérances du rocher.

Dans les vallées tributaires du Min, tous les villages sont perdus dans le fourré des arbres à fruits, noyers, pêchers, abricotiers; à 1 500 mètres d'altitude se voient déjà les touffes de bambous. Dans la plaine de Batang, c'est-à-dire à près de 2 600 mètres au-dessus du niveau de la mer, croissent la vigne et le mûrier, et l'on pourrait s'y livrer facilement à la fabrication de la soie, si les Tibétains du pays ne considéraient pas le meurtre du bombyx comme un péché mortel.

Une des raisons de cette beauté de la végétation dans l'occident du Setchouen c'est que l'écran des montagnesimmenses le gare des vents glacés de l'ouest et du nord, et grâce à ce paravent, comme aussi à une latitude déjà méri dionale, la température ne s'y livre pas aux mêmes écarts que dans le nord de l'Empire : le parallèle médian de la Chine, c'est le 30% également éloigné du 40"= de Peking et du 20'= de Maïnan, et justement il traverse le Setchouen à peu près par le milieu. Moyenne sensiblement égale à celle des provinces du nord (à cause de l'altitude supérieure), mais des froids moindres compensés par de moindres chaleurs, ainsi se comporte le climat de ce pays grandiose et beau.

Les animaux sauvages de cette contrée sont les mêmes que ceux du Tibet, mais ils ont déjà disparu de presque toute la région colonisée par les Chinois, et c'est à une grande hauteur au-dessus de la plaine du Setchouen, à plus de 2 000 mètres d'altitude, dans la principauté miaotze de Moupin, là où les « enfants de Han » ne grouillent pas encore, que dut s'établir le missionnaire Armand David pour étudier la riche faune de cette région.

De même que les plateaux du Bod-youl — ainsi les Tibé-

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tains nomment-ils leur patrie — les Alpes du Setchouen ont leurs grands ruminants, diverses espèces d'antilopes, des mouflons, des daims musqués, des cerfs, poursuivis par les chasseurs qui en vendent à prix d'or le bois gélatineux. Le yak sauvage erre solitairement autour des pâturages où paissent par milliers des yaks domestiques; un bœuf d'une espèce particulière, qu'on trouve aussi dans l'Himalaya oriental, le takin (budorcas taxicoloT), parcourt les forêts du haut Setchouen. L'ours blanc du Khatchi tibétain se retrouve également dans le Moupin et probablement sur tous les plateaux intermédiaires.

On s'étonne, très naturellement, de rencontrer dans les régions froides, presque en entier couvertes de neige à la fin du mois de mars, des animaux frileux de régions tropicales.

Un écureuil volant s'y élance d'arbre en arbre, et deux espèces de singes vivent dans les forêts du Moupin : il est vrai qu'ils portent une toison très épaisse. L'un d'eux, connu par les Chinois sous le nom de hintsin heou, et désigné par les naturalistes comme le rhinopithecus Roxellanœ, est presque aussi grand que les singes de la Malaisie : il a la face courte, d'un vert turquoise, et le nez fortement relevé « à la roxellane » ; la conformation de sa tète semble témoigner d'une intelligence remarquable.

Mais c'est par la splendeur variée de ses oiseaux que se distingue surtout la faune du Moupin. Les plus beaux faisans, des lophophores, divers gallinacés d'une parure éclatante, se voient dans ses montagnes à côté de nombreux oiseaux à plumage modeste, qui ressemblent aux espèces européennes. Les oiseaux chanteurs, rossignols et fauvettes, sont aussi représentés dans le Setchouen. Dans la seule collection d'Armand David, plus de trente espèces nouvelles ont été reconnues. En été, des perroquets verts, venus probablement du Yunnan méridional, remontent au nord dans les vallées du Kincha kiang et du Yaloung : à 3 000 mètres d'altitude, on pourrait se croire au milieu des forêts de l'Indo-Chine.

Tout cela dans le Setchouen Occidental.

^/ Dans le Setchouen Oriental ou « Bassin Rouge »,

DANS LE l'altitude étant fort inférieure et la contrée n'étant

BASSIN pas moins abritée des rafales glacées du cou-

ROUGE chant, du septentrion, la température est plus

modérée, quant au froid, quant aux transitions

du chaud au froid, du froid au chaud, et aussi quant à la

moyenne de l'année.

TROISIÈME Climats, Flore et Faune du Bassin du Yangtze.

Ce n'estpas à dire que le climat y soit aussi brillant, aussi ardent que dans la plupart des régions de latitudes égales : aux sécheresses de l'été et des débuts de l'automne succèdent des brouillards tenaces, une humidité pénétrante; puis comme le comporte l'élévation du sol au-dessus du niveau général, des neiges, d'ailleurs de peu d'abondance, dans la montagne, et même dans le bas pays; puis le cycle recommence : nouvelle sécheresse au printemps, pluies en été, ciel sec en automne, brouillards et neige.

Le Bassin Rouge des Quatre Vallées tient un rang supérieur parmi les pays de la Terre les plus généreux, les mieux ordonnés et cultivés.

De ses plaines on peut dire qu'il n"en est guère d'aussi productives, d'aussi peuplées; ses monts sont cultivés en terrasses avec autant de soin, de patience, d'industrie que dans nos Cévennes, et à des hauteurs doubles, jusqu'à des altitudes franchement pyrénéennes : même là où les pentes se redressent suivant une inclinaison de 60 degrés, inaccessibles en apparence, le sol est taillé en gradins dont chacun porte sa platebande de céréales ou sa rangée d'arbres. Grâce à la « racine étrangère », c'est-à-dire la pomme de terre, que les missionnaires ont introduite dans le Setchouen, probablement au siècle dernier, les cultures ont pu s'élever jusqu'à l'altitude de 2 500, voire de 3 000 mètres, et déjà des zones continues de champs se prolongent par-dessus les montagnes, jusque dans les provinces voisines.

En même temps que ses cultures s'étendent au loin, la population surabondante des Quatre Fleuves déborde pardessus les hautes frontières et rend maintenant aux pays environnants autant ou plus de colons qu'elle n'en reçut jadis.

Agriculteurs avant tout, artisans aussi beaucoup plus que trafiquants, les gens du Setchouen ont donné à leur province le premier rang parmi celles de l'Empire, et c'est à bon droit qu'ils en parlent avec fierté.

Le Bassin Rouge fait partie des régions privilégiées où la combinaison des saisons, des pluies, du soleil, et l'évolution hâtive de certaines plantes favorisent les habitants de deux récoltes par année, quelquefois de trois. La variété des graminées, des herbes, des tiges, des arbustes y est étonnante : le riz d'abord, cultivé jusque sur la montagne, partout où l'eau lui suffit, et il lui en faut beaucoup; puis diverses céréales, des plantes oléagineuses, des fibres textiles, la pomme de terre, le sorgho, dont on tire le sucre ou l'eau-de-vie, le tabac, la canne à sucre, l'arbre à thé, le mûrier dont la feuille a fait du Bassin

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Rouge un des grands districts séricicoles du monde, en tout cas le premier de la Chine; si bien que l'usage des soieries y est extraordinairement répandu et qu'aux jours de fêtes, plus de la moitié des habitants de la capitale se revêtent de ces étoffes précieuses. Le sol des plaines y est admirablement arrosé; en aucune contrée on ne voit plus de légumes, et en nombre plus varié; plus une foule de plantes, d'arbustes, dont beaucoup sont inconnus en Europe, et quelques-unes de très haute utilité.

Les paysans du Setchouen élèvent plusieurs espèces d'arbres et arbrisseaux dont les sèves ou les graisses sont employées dans l'industrie : tel est l'arbre à suif (sfi/imgia mhx- /"era), renfermant dans ses innombrables baies une sorte de graisse dont on fait des chandelles; tel est aussi le tougchou (elœococca). dont le fruit donne une huile remplaçant avantageusement le vernis; l'arbre à savon est une espèce d'acacia ressemblant au frêne [acacia rugata) et le fruit très alcalin de cet arbre, parfumé avec un peu de camphre, s'emploie comme savon dans la plupart des maisons chinoises.

Une des plus curieuses industries agricoles de la province est celle de la cire végétale ou peï la, qui ne peut se faire que par la division du travail entre les habitants de deux districts éloignés.

L'insecte qui élabore la cire (coccus pela) naît et se développe sur les feuilles du ligustrum lucidum, dans le pays de Kientchang, près de Ningyuen. A la fin d'avril les cultivateurs recueillent avec soin les œufs de cet insecte et se rendent à Kiating fou, à quatorze journées de marche, de l'autre côté d'une chaîne de montagnes.

La route est très pénible, et c'est la nuit qu'il faut la parcourir pour que les œufs ne souffrent pas de la chaleur : de loin, toutes les lumières qu'on aperçoit sur les chemins sinueux des monts produisent un effet très pittoresque. Par une exception unique en Chine, les portes de Kiating fou restent constamment ouvertes pendant toute la saison de la récolte des œufs.

Après le transport commence l'opération délicate : il faut détacher les œufs de la branche sur laquelle on les a portés et les placer sur un arbre d'espèce différente, le fraxinus sinensis, où les insectes naissent et sécrètent la cire blanche si appréciée des Chinois. On doit attribuer sans doute à une maladie la propriété qu'ont les insectes de produire beaucoup de cire, précisément sur des plantes qui ne fournissent pas la nourriture naturelle.

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TROISIÈME Climats, Flore et Faune cln Bassin du Yangtze.

D'après les auteurs chinois, l'insecte à cire prospère sur trois ou quatre différentes espèces d'arbres. La valeur totale de la récolte dans le Setchouen est évacuée par Richthofen à 14 millions de francs. La propriété des arbres à cire est très divisée : généralement ils appartiennent à d'autres paysans que le sol qui s'étend à leur ombre.

Dans ce « merveilleux » Setchouen, des chevaux à la fois très rapides, très endurants, fort vigoureux sous un très petit volume, des buffles, des yaks aident l'homme dans ses travaux agricoles, ses allées et ses venues. Le porc, qui y est innombrable, représente presque à lui seul, les diverses viandes comestibles d'Europe; et le ver à soie y crée incessamment la richesse.

Moyennant quoi le Setchouen Oriental, d'ailleurs très bien doué comme trésors du sous-sol, houille, fer, sel, pétrole, peut se comparer sans désavantage aux pays les plus opulents du monde.

Ici c'est la planturosité, dépassée nulle part,

/// c'est l'opulence incroyable de la nature, la pro-

Aux duction universelle : tout y vient à souhait,

DEUX RIVES plantes du nord et plantes du midi, non pas sous

DU MOYEN le plus chaud, mais probablement sous le meil-

ET DU leur climat de la Chine; le Houpé, le nord du

BAS YANGTZE Houuan et du Kiangsi, le Nganhoeï, le Kiangsou,

les plaines du fleuve, celles du Han et autres

affluents sont les « greniers de la Chine » ; pas seulement les

greniers, dans le sens de magasins de riz et de céréales, mais

aussi de toute espèce de produits de la terre. Car on ne peut guère

trouver autre part, dans n'importe laquelle des cinq parties du

monde, une grande région mieux faite pour donner, sans se

lasser, tout ce qu'on lui demande : la fécondité la plus inouïe

du sol, la bonne disposition des saisons, les pluies, les rivières,

les lacs, les coulées, les canaux d'arrosage, rien ne manque à

la plaine du Yangtze kiang inférieur où de vastes espaces sont

un présent du grand fleuve, et une plus grande Hollande tirée

des eaux.

Aussi en ressemblance avec cette Hollande et les Flandres qui la prolongent, est-ce une sorte de ville agricole et maraîchère, en même temps que commerçante, avec une extraordinaire densité de population.

La variété des « biens de la terre » y étant comme infinie, le riz, le mûrier, le coton, le tabac, l'arbre à thé, le bambou d'usage universel, y priment les autres cultures.

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Ces provinces du bas Yangtze kiang sont celles qui fournissent au commerce de la Chine la plupart de ses denrées d'exportation : surtout le thé, dont les principales plantations enrichissent la région d'orient du fleuve Bleu.

La contrée qui s'étend des bords du Tchang aux terres alluviales de l'embouchure du fleuve Bleu, sur un espace d'environ 600 kilomètres, constitue avec le versant méridional des montagnes du Fo'kien, le pays du thé par excellence. On le cultive en général sur le versant des collines exposé au midi, non en plantations continues, mais en petits bouquets épars ou en rangées le long des champs; on se sert aussi des levées qui séparent les rizières pour y semer le précieux arbuste ; dans les endroits où les plantations de thé couvrent de grandes surfaces, les intervalles des rangées sont utilisés pour la culture des légumes. Les thés de la région du Yangtze kiang appartiennent surtout aux variétés qui servent à la préparation du thé vert.

Ce n'est pas tout encore : pour la soie aussi bien que pour le thé, la région du bas Yangtze (celle aussi du Nan chan) est d'une richesse exceptionnelle.

L'extrême industrie des habitants de la contrée se révèle par les alliés qu'ils ont su se donner dans le monde animal. Comme le faisaient les Anglais au moyen âge, les Chinois ont dressé le cormoran à la domesticité, cultivant à leur profit ses talents de pécheur. Les oiseaux, tous munis d'un collier de fer qui les empêche d'avaler la proie, plongent régulièrement de la barque au fond de l'eau et remontent avec un poisson dans le bec; puis ils se reposent un instant sur le bord du bateau avant de faire un nouveau plongeon. Le soir, quand le travail est fini, ils se perchent en ordre des deux côtés de l'embarcation, de manière à en maintenir l'équilibre.

Ailleurs, ce sont des loutres que les pêcheurs ont su apprivoiser, et qui se jettent à l'eau sur un signe du maître pour rapporter bientôt après un poisson dans la barque.

La pisciculture, d'invention moderne en Europe, est pratiquée depuis des siècles en Chine, et même plusieurs des procédés chinois restent encore inexpliqués pour les Occidentaux. Des vendeurs de frai parcourent la province de Kiangsi, poussant dans leur brouette le tonneau qui renferme la précieuse substance, sous forme de liquide vaseux; il suffit de la jeter dans un étang : quelques jours après les poissons éclosent et les éleveurs n'ont plus qu'à les engraisser en leur portant des herbes hachées.

De pareilles industries ne pouvaient naître que dans un

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pays très peuplé, ce qu'est éminemment le bas Yangtze kiang : ce qu'il était surtout il y a quelques décades, vers le milieu du xix^ siècle, avant cette révolte des Taïping, probablement la plus sanglante qu'il y ait jamais eu.

Houpé, Kiangsou, Nganhoeï, Tchekiang étaient bien alors la région de la Terre où le plus d'hommes se pressaient dans un étroit espace.

D'après le recensement de l'année 1842, la population du Tchekiang aurait dépassé 30 millions d'habitants, soit plus de 310 par kilomètre carré; mais après la fin des massacres, suivis d'épidémies et de famines, Richthofen évaluait à 5 millions et demi seulement (?) ceux qui restaient dans la province ; ce serait encore une proportion supérieure à celle de la France : et aujourd'hui, la province, remontée à une douzaine de millions d'âmes, entretiendrait 123 à 124 personnes par 100 hectares, contre les 73 de la France.

Mieux encore : la province de Kiangsou aurait compté 381 individus par kilomètre carré (la densité de population de la Belgique n'étant que de 228, et celle de la Saxe 253) ; elle serait encore de 210, celle du Houpé de 162, celle du Nganhoeï de 148.

Sans doute le recensement de 1842 n'était pas un vrai dénombrement, dans le genre de ceux que nous faisons en Europe, et qui s'approchent plus ou moins de la vérité : les évaluations présentes n'ont rien de strict. Mais, tous les voyageurs, les savants, commerçants, industriels qui parcoururent le Yangtze kiang inférieur avant le soulèvement des Taïping s'accordaient à dire qu'il était impossible de voir une région agricole, encore à peu près sans industrie, aussi habitée que les plaines de la fin du fleuve Bleu; et les voyageurs d'aujourd'hui ne disent pas autrement.

Car le pays se repeuple avec une étonnante rapidité. Les immigrants qui s'établissent dans les campagnes abandonnées du bas Yangtze viennent du Houpé pour la plupart, mais beaucoup sont originaires du Honan, du Hounan et même du Koeïtcheou et du Setchouen. Tous ces colons, parlant des variétés différentes du dialecte mandarin, ne réussissent pas tout d'abord à se comprendre; de bizarres malentendus ont souvent lieu entre les interlocuteurs de diverses provinces; mais peu à peu l'harmonie s'établit et le langage commun qui en résulte se rapproche plus du parler mandarin que l'ancienne variété locale.

C'est de la sorte qu'à la suite de chacun des grands bouleversements, les populations se sont entremêlées en contribuant à l'unité nationale si remarquable que présentent les habitants de la Chine.

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Les colons peuvent s'établir sur les terres abandonnées sans longues ou coûteuses formalités à remplir : il leur suffit de payer un droit nominal d'achat au pountjen, c'est-à-dire au représentant le plus proche des anciennes familles disparues : deux années après avoir remis la charrue dans le sillon, le sol leur appartient en toute propriété.

Il va sans dire que la faune sauvage des grands mammifères a disparu d'ici dès la destruction des forêts qui lui servaient d'asile, et à mesure que la contrée se transformait en pays de culture intense; mais les sangliers se sont joyeusement multipliés pour un temps depuis que les Taïping et les soldats impériaux ont ravagé la contrée.

Dans les fourrés de roseaux de quelques îlots du Yangtze l'on rencontre une espèce de chevrotin, Vhydrojjotes, qui ressemble étonnamment au porte-musc, mais qui en est séparé par de vastes territoires, et ne se retrouve en aucune contrée de la Chine.

Les seuls mammifères domestiques élevés dans la contrée sont les bœufs, les buffles et les porcs. Les héi'ons sont respectés, presque vénérés par la population des campagnes, et l'on voit fréquemment des républiques de ces oiseaux, surtout dans les bouquets d'arbres qui entourent les pagodes, pagodons et couvents.

Au midi du Yangtze, du 30*^ au 20° degré de IV latitude, la végétation des provinces du Hounan

DANS et du Kiangsi, offre naturellement un caractère LE plus tropical que celui des territoires septen-

suD trionaux du bassin, et surtout que celui des pays

DU d'en haut, à la frontière du Tibet.

FLEUVE L'aspect des arbres indique le voisinage de

la zone torride. Même les essences qui ressemblent à celles du nord de la Chine et de la Mongolie, saules, charmes, chênes, châtaigniers, appartiennent à des espèces distinctes. Sur les hautes pentes, un des plus beaux conifères, le superbe pin doré [abies Kœmpferi) se distingue par sa taille des autres arbres verts ; plus bas, un des arbres les plus communs est un pin de petites dimensions, garni de feuilles extraordinairement ténues. A la base des collines, les paysans cultivent le camphrier autour de leurs villages, à côté de l'e/ajococca et de l'arbre à vernis ou rhus vernicifera.

Malheureusement les Chinois, ennemis impitoyables des

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arbres comme les Arabes nomades, mais pour d'autres causes, puisqu'ils ne sont pas des pasteurs, ont déboisé la contrée presque de tout en tout, le mont comme le val, et dans mainte ville on ne brûle que de la paille, des herbes sèches et des broussailles coupées à ras de terre sur les collines des alentours. Bien que les deux tiers au moins de la région du Nan chafi soient des terres incultes, les forêts vierges ont depuis longtemps disparu : les bois sont la propriété de l'empereur, disent les indigènes, et en conséquence ils s'approprient tous les arbres dont ils ont besoin pour la construction de leurs maisons ou de leurs barques : il n'en reste plus que des groupes épars.

Mais, par une heureuse fortune, les arbustes et les plantes basses revêtent encore les collines d'une admirable végétation. Dans les îles Tchousan surtout, les fleurs du printemps et de l'été transforment la contrée en un pays d'enchantement : les roses, les pivoines, les daphné, les azalées, les camélias, les glycines recouvrent les fourrés et les haies de leurs fleurs en bouquets, en nappes ou en guirlandes. Dans aucune autre région des climats tempérés, si ce n'est au Japon, on ne voit une pareille variété de plantes aussi remarquables par la beauté du feuillage, l'éclat des fleurs, la douceur des parfums.

Dans l'ensemble de la production agricole, la contrée occupe le premier ou l'un des premiers rangs, non seulement pour le thé et pour le mûrier, mais aussi pour le riz et autres céréales, pour le sucre, le tabac, le chanvre, les plantes oléagineuses et les fruits de toute espèce. La patate douce est cultivée jusque sur les pentes des montagnes.

Des produits nécessaires à la consommation locale, un seul, le coton, n'est obtenu dans le Nan chan qu'en beaucoup trop faible quantité; mais le Tchekiang, le Nganhoeï, leHoupé, suppléent amplement à ses besoins, soit en matières premières, soit en tissus.

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