Né à Poitiers en
faisait presque toujours loi dans les matières
compliquées. Quoique persuadé do bonne heure de la nécessité de transformer les institutions de 1852, il ne s'unit pas aux premières manifestations libérales. Ce ne fut qu'après les élections de 1869 qu'il se prononça et ne balança plus à s'unir à nous. Il prit une part prépondérante à toutos les di'libérations des 116. C'était un auxiliaire des plus précieux, car il savait à fond les affaires et il excellait à les exposer. Quoique ayant fait sa réputation au barreau, il n'avait conservé aucune des habitudes traînantes de l'avocat. D'un bond il allait au centre du sujet et de là en parcourait les parties, les expliquait en une langue abondante et précise, avec un élan, une force, un accent comniunicatif qui entraînait. Tout contribuait à son action : sa physionomie ouverte, dans laquelle brillait la sérénité d'une âme délicate et droite, son geste sobre, sa voix pleine. Un trait de son caractère ajoutait à l'effet de sa parole : sur les principes supérieurs, il était inébranlable et il se décidait sans aucune hésitation; sur la conduite quotidienne, au milieu des incidents confus des luttes politiques, il était souvent perplexe, non par pusillanimité, mais par scrupule; il craignait trop d'embrasser le mauvais parti. Comme il avait longtemps hésité avant d'adopter son opinion, il était en parlant préoccupé de se convaincre, autant que de convaincre les autres, et cette préoccupation involontaire ajoutait à son éloquence je ne sais
quoi de pénéiraut, presque de pathétique, et un accent que les parleurs apprêtés n'ont jamais
rencontré. C'était certainement loiateur du Corps législatit (|ui avait le plus spoatauémeut le don de l'émotion.
I.nuvet* avait été vingt-cinq ans riniire de son pays ; vingt ans président du conseil général, député sans interruption de 1848 à 1870,preuye de l'estime universelle qu il iivait su ijni^iK rpar une longue vie de probité, de dévouement aux intérêts de ses concitoyens. Sa piété sincère se manifestait par sa charité et par la pratique de toutes les vertus domestiques f t civiques. Les affaires financières auxquelles il s'était adonné ne l avaient pas absorbé au point de lui faire négliger la culture générale de Tesprit. C'était un fin lettré qui, dans ses loisirs, écrivait des pensées justes, élevées, qu'il a réunies plus tard dans un volume plein de charme au titre modeste : Pages volantes. La majorité Técoutait comme un oracle et s'ineliuaiL devant son expérience, son bon sens, sa ferme modération. L'esprit toujours hanté des passions révolutionnaires (ju il avait entendues gronder si menaçantes dans la crise de 1848 à 1851 ^ il avait quelque défiance d'une liberté réclamée Toutrage & la bouche, et pendant longtemps il avait hésité à s'associer au réveil légisiatil* libéral. Même après le 19 janvier, n'ayant pas encore abandonné Rouher, ce fut sa voix qui me lit échouer à la