CHAPITRE XVI
Depuis le dernier emprunt les finances du Mexique ne s'étaient guère relevées; et depuis la suspension du licenciement prononcé par Maximilien,la réorganisation de Tarmée n'avait guère progressé. Bazaine, à ce qu'il paraît, demandait de rentrer en France; je suppose qu'il était certain qu'on ne le lui accorderait pas, tant on le croyait alors indispensable. Confirmé de nouveau dans sa haute situation (15 mars 1865), il en jouit en insouciant. Il critiquait les ministres mexicains, se plaignait de leur insuffisance et laissait faire, oubliant que la recomposition de l'armée mexicaine, depuis surtout qu'il avait provoqué la diminution du corps expéditionnaire, devait être son principal souci. Plus qu'à l'armée de Maximilien, il songeait à une jolie jeune fille, M''*" Josefa Pena y Aucarte, dont il allait faire sa femme. Ce n'est pas sans motifs que
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l'Espagne avait interdit à ses gouverneurs d'épouser des natives du pays.
Le contingent autrichien avait créé des embarras ; son chef,le général Thun, n'avait pas consenti à rentrer dans la légion étrangère mexicaine ; il n'avait pas même voulu accepter la direction militaire du maréchal; il entendait être vis-à-vis de lui dans la situation d'un allié vis-à-vis d'un allié. Pour le laisser indépendant, on l'avait établi à Puebla, où il avait eu des démêlés avec la population et laissé échapper Porfirio Diaz et ses officiers, rendant ainsi à la résistance des chefs qui commençaient à faire défaut. Nonobstant, Maximilien le chargea de réorganiser son armée (5 mai 1865), après avoir toutefois par courtoisie remercié le maréchal des services qu'il n'avait pas rendus. Bazaine réveillé lui annonça que le général Lhérilier était mis à sa disposition : Maximilien ne répondit même pas à cette communication tardive.
En apparence cependant les rapports continuaient à être cordiaux et l'Empereur, à l'annonce du mariage projeté, fit don à la fiancée du plus beau palais de iMexico. Mais dans leur correspondance avec Napoléon III chacun se dénigrait à l'envi.
Bazaine procédait doucement, par voie d'insinuation féline. De son cabinet partaient pour le ministre deux rapports, l'un politique, l'autre militaire; à l'Empereur il adressait des lettres particulières qui résumaient l'un et l'autre. Selon le rapport militaire, les affaires marchaient à mer-
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veille; elles périclitaient d'après le rapport politique. Qu'on juge du contraste par un exemple : « J'ai déjà eu l'occasion d'appeler l'attention de Votre Excellence sur la tendance fâcheuse du gouvernement de l'empereur Maximilien de s'entourer de conseillers appartenant au parti démocratique. Je me réserve de lui signaler l'opportunité du changement d'un grand nombre d'autorités politiques et militaires, créatures des dissidents, qui ont été nommés récemment autour de la capitale et dont le maintien constituerait un danger au centre même de l'Empire si les complications venues de l'extérieur les engageaient à tourner le dos tous à la fois au gouvernement. L'assassinat du Président Lincoln et la reddition du général Lee ont causé au Mexique une grande impression. Les dissidents n'ont pas dissimulé leur joie; leurs partisans répandent l'alarme en diminuant le peu de confiance que les Mexicains ont dans la stabilité du gouvernement et en relevant le courage du gouvernement juariste. L'empereur Maximilien ne rencontre que des ovations dans l'excursion qu'il fait actuellement, et cependant on est bien obligé de reconnaître que r Empire est aujourd'hui bien moins populaire quil ne rétait à ses débuts. Cela tient : l"" au brusque changement de politique qui a fait choisir les conseillers de S. M. dans un parti mal rallié, désatfectionnant ceux mêmes qui avaient travaillé à l'établissement de l'Empire; 2"" au malaise produit parla longue attente d'une machine gouvernementale fonctionnant régulièrement et sortant des théo-
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ries pour passer à la pratique ; S"" à la pénurie du Trésor qui a fait mettre de côté et jeter dans la misère beaucoup d'officiers de l'armée mexicaine; 4:" à la revision des biens nationalisés, mesure qui reste toujours très impopulaire. L'anniversaire du 5 mai — notre échec devant Puebla — a permis de juger du mécontentement général en donnant lieu à des manifestations, de peu d'importance parce que la police était sur ses gardes; mais ces manifestations n'en ont pas moins eu lieu dans toutes les localités et nécessité un certain nombre d'arrestations. La grande difficulté pour l'organisation des provinces de l'Empire réside dans le manque absolu de fonctionnaires sur lesquels on puisse compter lorsqu'ils ne sont plus en tutelle sous le commandement de quelque officier. En résumé, les populations, et principalement les grands Haciendados, sont dans une gêne extrême, que motive suffisamment le peu de confiance quils sont fondés à avoir dans le présent et les inquiétudes que leur donne Tavenir. Aussi les transactions sont-elles nulles et les affaires en souffrent considérablement* ». Les rapports politiques au ministre de la guerre et les lettres particulières à l'Empereur présentaient les affaires sous un jour beaucoup moins sombre. « Avec de la persistance et de l'énergie, nous dominerons la situation actuelle; mais il ne faudrait pas nous montrer timides dans nos actions, et c'est pour cela que j'entre-