PALMERSTON
que George III avait opposée à la révolution française, le gouvernement anglais n'intervint pas plus par les paroles que par les actes dans jnos affaires intérieures, il ne chicana le roi des barricades ni sur son origine, ni sur son sytème. La difficulté fut que Palmerston rendit souvent ses services amers.
Je n'entends nullement diminuer Palmerston \ C'était certainement un ministre de premier ordre, l'égal de n'importe lequel dans ce siècle. Son intelligence alerte, claire, souple, sensée, féconde, vigoureuse, nourrie de connaissances variées, fortifiée par un travail incessant, allait droit au fait sans s'arrêter aux buissons des phrases ou aux nuages des théories. Il ignorait les demi-moyens, cause de la perte des Etats. Dans chaque affaire il adoptait un parti décidé, puis il le poursuivait sans tergiversations, d'une volonté passionnée et tenace, et il le défendait par une argumentation nette, rapide, ferme, pressante, intransigeante, soit au Parlement, soit dans ses dépêches. Au Parlement, son débit était pénible, son action oratoire peu esthétique ; il semblait s'exciter par des gestes fréquents à chercher le mot décisif; il le rencontrait enfin saisissant et aussi ferme que sa pensée . Sa plume , au contraire, n'hésitait pas, mais elle était cassante, dure, violente; pour en adoucir les blessures, il n'y avait pas trop de toute la grâce
1. Né à Broadlands, comté de Southampton, le 20 octobre 1784.
facile, bienveillante et enjouée de ses rapports personnels.
11 n'était pas décidé et péremptoire seulement dans ses relations avec les cabinets étrangers. Ses collègues, alarmés de ses promptitudes ou effrayés de ses audaces, répugnaient-ils à le suivre, il les subjuguait par la fougue de son initiative, par sa désinvolture à assumer les responsabilités les plus lourdes, les enlevait par des coups de main avant qu'ils eussent eu le temps de se reconnaître. Il obtenait ainsi la prépondérance de la résolution et de l'activité sur l'indécision et l'indolence, prépondérance d'autant plus assurée qu'à l'occasion il savait être souple. De quelque fougue qu'il se fût précipité dans une direction, découvrait-il un obstacle sérieux, il s'arrêtait, gauchissait sans être gêné par le sot point d'honneur de la vanité auquel, à l'exemple des véritables hommes d'État, il ne sacrifiait jamais.
Il avait Tàme fîère et vaillante. Idéaliste à sa manière, le bruit des écus n'était pas le seul qui plût à son oreille : ministre d'un peuple mercantile, il ne recherchait pas la guerre, il ne la redoutait pas non plus. « La paix, écrivait-il à l'ultra-pacifîque AlDerdeen, est une excellente chose et la guerre un grand malheur, mais il y a des choses plus précieuses que la paix et plus malheureuses que la guerre. » Il aimait réellement la liberté et il souhaitait qu'elle s'étendit dans le monde; il était même révolté de toute injustice que son pays ne commettait pas.