‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirsChapitre 124 sur 260 · DIFFICULTES DE L'ALLIANCE ANGLAISE · texte numérisé non relu

DIFFICULTES DE L'ALLIANCE ANGLAISE

ressèment, à l'appel des Belges il envoie, sans consulter la conférence, cinquante mille hommes contre les Hollandais redevenus agressifs, et s'empare d'Anvers leur dernier réduit. Palmerston n'avait pas eu le temps de s'opposer et avait adhéré de mauvais gré. Les Belges hors de péril, quoique se déclarant de plus en plus notre ami, il ne garde pas même les ménagements dont Canning avait usé à propos de l'Espagne : sans souci des embarras intérieurs de notre ministère, il le somme avec une impatience impérieuse de faire déguerpir nos troupes ; sinon ce sera la guerre \

Cherchant un adoucissement à toutes ces résignations dont l'opinion publique française n'était pas satisfaite. Talleyrand dit à l'oreille de Palmerston : « N'y aurait-il pas moyen de faire un arrangement par lequel le Luxembourg pourrait èlre donné à la France ? — Non, répond TAnglais. — Mais, dit alors Talleyrand, ne pourrions-nous pas au moins obtenir Philippeville et Marienbourg? — Pas davantage, riposte Palmerston. Nous ne vous donnerons pas même une vigne ou un potager'. » Sans aucun doute Palmerston avec raison jugeait sans dignité ces tentatives de giignotemeiit, comme il disait. • Eussent-elles réussi, elles n'auraient guère

1. Palmerston à Granville : « Une chose est cerlaine, c'est qu'il faut que les Français sortent de la Belgique, ou bien il y aura une guerre générale, et cela dans un petit nombre de jours. »

2. Lettres du 7 janvier 1831, du 2o mars 1831, du 12 avril 1831.

relevé notre prestige. Mais sa résistance manquait à la fois de courtoisie et de prévoyance. N'eût-il pas été plus habile de consentir immédiatement en disant : « Ah ! vous ne voulez rien retrancher de plus des traités de 1815 et vous nous tenez quittes du reste; soyez satisfaits, nous ne le serons pas moins que vous. » Il finit par consentir au démantèlement de quelques forteresses dont l'entretien eût coûté trop cher aux Belges, mais en dehors de nous\ par un accord entre les quatre puissances et uniquement dans la crainte qu'elles ne tombassent entre nos mains en cas de guerre -.

En Portugal surgit un imbroglio matrimonial : Don Pedro, sans consulter Louis-Philippe, sans l'en instruire qu'incidemment et par hasard, forme un projet de mariage entre sa fille Maria et le duc de Leuchtenberg, malgré l'exclusion déjà prononcée en Belgique contre tous les membres de la famille des Napoléon, a C'est une inconvenance, une insolence, une insulte, écrit le ministre des affaires étrangères Broglie à Talleyrand. Demandez à l'Angleterre d'agir énergiquement avec nous, contre un projet aussi fou, aussi désastreux. » (15 août 1833.) Palmerston ne dit pas non, mais le chef du ministère Grey, ainsi que ses collègues ne disent pas oui. Ils sont unanimes, au contraire, sur le simple soupçon d'une union avec un des fils du roi, à laquelle personne ne songeait aux Tuileries, pour

Page 1