‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirsChapitre 152 sur 260 · Gl'izot. Mémoires, t. VI, p · texte numérisé non relu

Gl'izot. Mémoires, t. VI, p

•2. GmzoT, Mémoires, t. VI, p. 196.

annexer un îlot de l'Océanie, Tahiti. On le désavoua, et l'on se contenta d'un protectorat (17 avril 1843). Les missionnaires anglais trouvèrent que c'était encore trop, et harcelèrent ce protectorat de leurs sournoises hostilités. Fatigué de ces menées, un de nos officiers de marine, sans aucun éclaircissement préalable, fait arrêter le plus remuant, Pritchard, alors qu'il mettait le pied dans un canot destiné à le porter vers l'un des navires anglais en rade, Tenferme dans un étroit réduit situé au-dessous d'un blockhaus et lui interdit toute communication au dehors, même avec sa femme (3 mars 1844). Cette claustration dura quatre jours, après quoi il fut embarqué et expédié en Angleterre. Évidemment ces procédés sommaires regrettables demandaient une réparation. Robert Peel, dont la réserve habituelle, effet d'une orgueilleuse timidité, ne se défendait pas des soudaines impulsions, la réclama à la tribune par une déclaration des plus violentes : « Je n'hésite pas à affirmer qu'un outrage grossier, accompagné d'une injure grossière, a été commis contre la personne de notre agent. Je dois présumer que le gouvernement français prendra des mesures immédiates pour faire à ce pays l'ample réparation qu'il a droit de demander. » Ces paroles impérieuses, en partie inexactes puisque Pritchard n'était plus consul lors de son emprisonnement^ furent rectifiées par Aberdeen qui atténua le discours du Premier*. \ la suite de ces explica-

d. GuizoT, Mémoires, t. VII, p. 89.

tions, Guizot se crut contraint d'accorder une indemnité pécuniaire. On ne peut se figurer le cri de fureur que cette équitable décision suscita. Du coup Guizot devint le ministre de l'étranger ; on le traîna dans la boue ; il put à peine retenir sa majorité; à titre d'injure on disait de quelqu'un : c'est un Pritchardiste.

Les Anglais ne se laissèrent pas longtemps dépasser en injustice. La protection que le sultan du Maroc accordait ouvertement à Abd-el- Kader nous contraignit à. l'attaquer sur terre et sur mer. Tanger et Mogador furent bombardés par le prince de Joinville, l'armée marocaine mise en déroute à l'Isly. Bugeaud (14 août 1844) dans cette courte et glorieuse campagne, contrairement à l'opinion en faveur aujourd'hui, démontra une fois de plus que la puissance d'une armée se mesure moins au nombre de ses combattants qu'à leur force morale , à leur discipline, à la confiance des soldats envers leurs officiers, à l'échange journalier des dévouements mutuels , et surtout, et par-dessus tout, au caractère de son général en chef.

Les alarmes du ministère anglais égalèrent l'éclat de nos succès : il crut que nous allions nous emparer du Maroc. RobertPeel se refusait à regarder nos assurances pacifiques et amicales comme des garanties suffisantes; il insistait auprès de

1. J'emprunte cette réflexion à un admirable récit de la bataille d'Isly par le général du Barail. Les mémoires du vaillant et loyal général prendront place, à côté de ceux de Marbot, parmi les chefs-d'œuvre de la littérature militaire.

ses collègues pour que l'Angleterre se préparât, promptemeiit et largement, à une guerre qui lui paraissait probable et prochaine. Aberdeen, moins défiant, cependant faisait dire à Guizot <( que c'était la plus grosse question qui s'était élevée entre lesdeuxpuissances depuis 1830 » et il ajoutait : « Je veux éviter le plus possible de susciter des difficultés extérieures à M. Guizot ou de prévoir les extrémités même les plus inévitables ; mais de vous à moi, soyez sûr que l'occupation définitive d'un point quelconque de l'empire marocain par la France serait forcément un casiis helli et que dans la mesure même où vous paraîtriez prendre pied définitivement nous serions contraints de faire des démonstrations de guerre proportionnelles \ » Nous dûmes déguerpir après une paix bâclée (10 septembre 1844) ; si nous avions laissé la moindre trace de nos pas sur le rivage, c'eût été la guerre.

Gela n'empêcha pas le roi Louis-Philippe de se rendre à Windsor (8 octobre 1844), puis la reine Victoria, voulant faire oublier une apologie provocante de Waterloo faite devant elle par le roi de Prusse, termina un voyage en Allemagne par une visite rapide à Eu (8 septembre 1845). On s'embrassa, on se complimenta, on se proclama amis et alliés. Mais cette idylle princière fut plus courte que les précédentes ; on s'en réveilla dans le fracas des mariages espagnols.

i. Guizot, Mémoires, t. Vil, p. 164.

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