Spencer Walpole, Life of lord John Russell, t. II, p
et que la reine Christine et le gouvernement espagnol , pressés par la France et l'Angleterre se décideraient à adopter ce prince. » Réfléchissez à la perfidie de la tactique. Recommander à Christine Enrique, objet de son aversion, c'était rhumilier, l'indigner, la détacher de nous, la livrer aux conseils de Buhver, faire perdre à coup sur Finfante à Montpensier. Ainsi Palmerston nous conviait galamment à démolir nousmêmes notre candidat et notre influence.
Souvent trop de finesse équivaut à maladresse. Ce fut le cas. Palmerston avait voulu nous alarmer, il y réussit plus qu'il n'avait souhaité. Le roi et Guizot soupçonnèrent la trame; Bresson la pénétra en plein et ne perdit pas un instant pour la déjouer : il se fit autoriser à communiquer à Christine et à son gouvernement la partie vitupérative de la dépêche du 19 ; puis, profitant de l'indignation provoquée par le langage du ministre anglais, il obtint, le 8 août, l'abandon définitif du Cobourg soit pour l'une soit pour Fautre des deux sœurs et la conclusion du mariage de la reine avec le fils aîné de François de Paule, le duc de Cadix, et celui de Montpensier avec Finfante.
La régente imposa que les deux mariages seraient célébrés simultanément : ainsi l'un serait relevé et fortifié par Fautre, et l'éclat du rang de notre prince et le prestige de la France contiendraient les opposants. Le roi, quoique se considérant comme délié par la dépêche de Palmerston, hésitait à cause de ses rapports affec-
tueux avec la reine Victoria, non sur les mariages mais sur leur simultanéité; Guizot ne se décidait pas non plus. Bresson, de plus en plus résolu au contraire, manda que si l'on tergiversait plus longtemps, Christine se retournerait et reviendrait au mariage allemand. Effrayé de cette perspective, Guizot prend enfin son parti, triomphe des derniers scrupules du roi et, sans même consulter ses collègues, autorise Bresson à conclure. Dans la nuit du 28 août les derniers arrangements se terminaient à Madrid; le lendemain la nouvelle était officielle : le prince allemand et le prince espagnol notre ennemi étaient évincés, finfluence française raffermie, la revanche du « grand coup de 1840 » prise. Le double mariage se célébra en grande pompe les 10 et 11 octobre 1846.
Aucun doute n'est admissible sur la nécessité des mariages espagnols, u Ils étaient plus dangereux à éviter qu'à conclure^ » ; dans l'état de l'esprit public depuis 1840 aucun gouvernement n'aurait résisté à l'indignation causée par l'établissement toléré en Espagne « d'une troisième préfecture anglaise sous la prétendue royauté d'un troisième Cobourg" ».
Malgré les explications concluantes du roi à la reine Victoria et celles données magistralement par Guizot à la tribune, quelque soupçon subsista dans l'esprit du peuple anglais et même du public européen sur la loyauté du gouver-