‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirsChapitre 251 sur 260 · LE PRINCIPE EGOÏSTE DE L'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LE PRINCIPE EGOÏSTE DE L'ALLEMAGNE

devenu l'unique loi morale de la science historique allemande, à ce point qu'elle n'aperçoit plus même ailleurs l'aspiration contraire. « Quelle grande puissance, s'est demandé Sybel, se laisse décider par des motifs autres que ses propres intérêts^? » La France, Monsieur. Ailleurs, en effet, les enthousiasmes nationaux sont suscités par une haine à poursuivre ou une convoitise à satisfaire, les nôtres ne naissent que d'un amour à servir.

Après que le roi Lear eut retiré à Cordélia ses préférences et ses faveurs et qu'elle fut dépourvue de tous les biens de la fortune, son fiancé, le duc de Bourgogne l'abandonne, mais le roi de France survient et lui dit : « Très belle Cordélia, ta pauvreté te rend plus riche à mes yeux, ton abandon plus précieuse, ton délaissement plus aimée. Puisqu'on te rejette, permets-moi de te relever avec un respect enflammé, deviens notre reine, celle de nos sujets et de notre belle France. »

Tel a été le bon peuple de France. Lui aussi, il a aimé Cordélia, c'est-à-dire toute nation vaincue, malheureuse, opprimée, à cause de son délaissement, et il l'a épousée à cause de sa pauvreté; pour elle il a dédaigné la splendeur des riches alliances; il en a fait sa madone et sa reine, et il l'a consolée par les plus tendres chansons de son cœur, fort comme celui des héros, doux comme celui des femmes.

1. Die Bcgriindung de^ Deutschcn Reiches durch WiUilem, t. II, p. 188.

492 LEMPIRE LIBÉRAL.

Mais l'infortune s'est abattue sur le bon peuple de France, et Cordélia a trouvé trop dur le lit de la défaite et de la douleur, et elle lui a dit : « Souffre tout seul, je vais où l'on se réjouit et où Ton se couronne des fleurs de la victoire. » Plaignons-la, et ne maudissons cependant pas les jours où nous Tavons trouvée belle parce qu'elle était en larmes.

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