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Exposé de Condorcet da 20 avril

2. Circulaires du ministère des affaires étrangères à Chauvelin du 0 et du \'6 décembre 1792. — Message du ministre des affaires étrangères au président de la Convention du 20 décembre 1792. — Rapport de Brissot au nom du Comité de défense générale des 12 janvier et 13 février 1793.

contraindre à faire ou de les en empêcher. C'était la négation à Tintérieur du droit divin, à l'extérieur du droit de conquête. A cette double négation correspondait la double affirmation : à l'intérieur du suffrage universel, à l'extérieur de la non-intervention et de la liberté des alliances et des annexions.

Le principe constitutif de la théorie des nationalités dégagé, on la distingue aisément de quelques autres théories avec lesquelles on la trop souvent confondue, celle des grandes agglomérations, des limites naturelles, de la race.

La volonté des populations produira probablement, suivant la prophétie de Napoléon, de grandes agglomérations ; rien ne s'oppose néanmoins à ce qu'elle en maintienne ou qu'elle en constitue de petites. La théorie des nationalités s'accommode d'une combinaison aussi bien que de l'autre, elle n'est inconciliable avec aucune d'elles.

Dans la politique des nationalités, et en cela elle se sépare de son inspirateur Napoléon, il n'y a pas de limites naturelles. Les véritables frontières sont celles que constitue la volonté des populations, les autres sont les murs d'une geôle qu'on a toujours le droit de briser. Malheureux le pays qui traîne après lui une province comme une meule au cou; malheureux celui dont tous les habitants ne s'épanouissent pas sous son soleil d'un cœur joyeux et libre. Créer l'unité morale est plus capital que satisfaire aux exigences stratégiques d'une montagne ou d'un

fleuve. Une domination maudite par ceux sur lesquels on l'exerce n'est pas enviable !

La théorie des nationalités n'admet pas un prétendu droit de race, manifesté par la langue ou par la tradition historique, en vertu duquel tous les peuples issus d'une commune origine, parlant une même langue, doivent, bon gré mal gré, sans qu'on ait à les consulter, être réunis dans un même État. L'idée de race, selon elle, est une idée barbare, exclusive, rétrograde, n'ayant. rien de commun avec l'idée large, sacrée, civilisatrice de patrie.

La race a des limites qui ne peuvent être dépassées, la patrie n'en a aucune; elle peut s'étendre et se développer sans cesse; elle pourrait devenir le genre humain comme sous l'empire romain. 11 y a des siècles que les races se sont fondues dans des patries, et il serait impossible de détruire le mystérieux travail d'où sont sorties les belles œuvres que cette fusion a produites. La civilisation a consisté à détruire les groupes primitifs pour constituer par de libres attraits des groupes conventionnels, bien plus solidement cimentés que ceux nés du hasard des choses. Loin que le progrès consiste à isoler de nouveau chaque race et à la ramener sur elle-même, il pousse au contraire à rapprocher, à unir de plus en plus les races diverses, qui. sans ce croisement salutaire, s'étioleraient. Vaudrions-nous ce que nous valons si, autant que le sang latin, ne coulait dans nos veines le sang germain, celte, normand, et en certains

,oins ibère ou arabe? L'Angleterre n'est-elle ^as un mélange de Gaëls, de Danois, de Saxons, /le Normands? En Allemagne l'élément germa- / nique n'est-il pas vivifié par l'élément slave et > juif? La Suisse n'est-elle pas une réunion volontaire et heureuse de trois races diverses ? L'Amérique ne se grossit-elle pas quotidiennement des alluvions de toutes les races du monde ? Dans quel creuset dissoudrait-on de pareilsamalgames? Il y a une douceur inefFable dans le mot de Patrie précisément parce qu'il exprime, non une agrégation fatale, mais une création libre, affectueuse, dans laquelle des millions d'êtres humains ont mis leur cœur pendant des siècles. D'ailleurs, ou le droit qu'on revendique pour la race est confirmé par la volonté des populations, ou il est combattu par cette volonté, de telle sorte que la force soit nécessaire pour l'imposer : dans le premier cas il s'identifie avec le principe des nationalités ; dans le second, il en est le renversement; c'est la résurrection^ sous un masque hypocrite, du droit de conquête. La volonté des populations est donc le principe dominateur, souverain, unique, absolu, duquel doit sortir le droit des gens moderne tout entier, par une suite de déductions logiques, comme d'une source inépuisable. C'est le principe de la liberté substitué dans les relations internationales à la fatalité géographique et historique. Aussi où la liberté manque il ne saurait être invoqué. Si, par exemple, un pays est envahi par une armée, occupé militaire-

ment, et que, les canons encore braqués, on appelle sa population au scrutin, ce vote, quel), qu'il soit, n'aura aucune valeur juridique, parce qu'il n'aura pas été libre.

En un mot, une nation n'est pas runiversalilé des hommes parlant le même idiome ou enfermés dans les mêmes limites géographiques; c'est l'universalité des hommes qui, par suite d'une ancienne habitude acceptée ou en vertu de leur volonté expresse, vivent sous la même loi.

Bien différente fut la théorie officielle de nos gouvernements depuis 1815. Ils ne se conformèrent pas aux déclarations de Metternich à Troppau et à Vienne et en thèse générale se gardèrent de contester le principe même de la théorie des nationalités. Adoptant un système mitoyen, ils ne prétendirent qu'à limiter par des correctifs chacune de ses conséquences.

Sans doute, dirent-ils, un peuple n'a pas le droit, en vertu dune idée quelconque, de peser d'une manière permanente sur la volonté d'un autre peuple; l'expérience s'est prononcée contre les interventions ; elles n'ont pas profité « à ceux qui les avaient réclamées et elles ont été au moins désagréables à ceux qui les avaient accordées ^ » ; néanmoins elles sont nécessaires

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