L'ANGLETERRE CONTRARIE NOS EXPEDITIONS
vengea des obstacles violemment apportés à son action en Espagne en n'en opposant aucun à celle des Anglais en Portugal. Il s'y décida d'autant plus aisément que, rendu plus modéré par notre résolution et surtout par notre succès, Canning facilitait notre évacuation en ne l'exigeant point par des représentations inopportunes et malveillantes.
Notre expédition de Morée, quoiqu'elle parût la réalisation d'une pensée commune, suscita aussi quelques ombrages. Charles X n'en tint aucun compte. « La France, dit-il, quand il s'agit d'un noble dessein, d'un grand service à rendre à un peuple lâchement, cruellement opprimé, ne prend conseil que d'elle-même. Ainsi, que l'Angleterre veuille ou ne veuille pas, nous délivrerons la Grèce. » Le Cabinet anglais, présidé par Wellington, n'insista pas : comprenant qu'il n'empêcherait pas, il facilita; sa flotte appuya notre corps expéditionnaire, et la Morée fut évacuée par les troupes égyptiennes (août 1828).
L'expédition d'Alger rompit de nouveau cette entente. Polignac, dès le début, expliqua catégoriquement les vues humanitaires que nous poursuivrions*. (( Le roi ne bornant plus ses desseins à obtenir la réparation des griefs particuliers de la France, a résolu de faire tourner au profit de la chrétienté tout entière l'expédition dont il ordonnait les préparatifs, et il a adopté pour
i. Dépêches à M. de Laval, ambassadeur à Londres, notamment des 12 mars et 12 mai 1830.
but de ses efforts la destruction définitive de la piraterie, Tabolition absolue de Tesclavage des chrétiens ; il était décidé à ne poser les armes qu'après avoir atteint un double but : le redressement des griefs, cause immédiate des hostilités, et le triomphe des intérêts communs à toute la chrétienté. » Ce double but atteint, en effet, nous nous décidâmes encore, dans une vue générale d'humanité, à convertir, au prix de sacrifices écrasants, notre expédition vengeresse en une occupation permanente sans laquelle notre œuvre de civilisation aurait été éphémère : les riverains de la Méditerranée n'auraient joui du bienfait de la délivrance que pour en être privés aussitôt.
Polignac offrit à Wellington d'associer les troupes anglaises aux nôtres comme à Navarin et en Morée. Le ministre anglais refusa, estimant l'expédition trop hasardeuse. Néanmoins, il nous harcela de ses protestations. Dans notre œuvre d'intérêt général, il s'obstina à ne voir (( que le réveil de l'esprit d'ambition et de conquête naturels en France ». Les paroles de son ambassadeur à Paris devinrent un jour tellement menaçantes que le roi lui riposta : « Monsieur l'ambassadeur, tout ce que je puis faire pour votre gouvernement, c'est de n'avoir pas écouté ce que je viens d'entendre. >> « La France insultée, dit-il à son conseil, n'a besoin de personne pour se venger; nous ne nous mêlons pas des affaires des Anglais, qu'ils ne se mêlent pas des nôtres. »