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Cavour, Revue nouveZ/e, juin

Albert, héritier du rétrograde Charles-Félix dont le règne touchait à sa fin (27 avril 1831), ne crurent pas nécessaire de les demander à la sédition. A Naples, on se tint tranquille par le même motif. Un jeune homme de vingt ans, Ferdinand II, venait de succéder au vieux roi abhorré (8 novembre 1830) : il avait marqué les débuts de son règne par une suffisante amnistie, parle renvoi des ministres impopulaires et leur remplacement par des hommes modérés ; il avait donné à l'union nationale un gage personnel en prenant pour femme non une archiduchesse autrichienne, ce qui eût été épouser la vassalité politique, mais la sainte Marie-Christine de Savoie, fille de Victor-Emmanuel. Aussi lorsqu'il se montra dans la rue de Tolède, le peuple f accueillit avec un véritable délire d'enthousiasme aux cris de : a Vive l'Italie î »

Au contraire, finsurrection éclata dans les Etats pontificaux, dans les Marches, l'Ombrie, les Romagnes et dans les duchés de Parme et de Modène. La vacance du trône pontifical (du 30 novembre 1830 au 2 février 1831) jusqu'à Fexaltation du moine Mauro Cappellari, Grégoire XVI, donna des facilités à l'explosion.

En Suisse, les constitutions aristocratiques établies en 1815 furent renversées dans plusieurs cantons et remplacées par des constitutions démocratiques fondées sur la souveraineté populaire, l'élection directe, l'égalité des conditions; les maîtrises et jurandes encore en vigueur furent abolies sauf à Schafîouse ; la

durée des fonctions fut réduite en même temps qu'on tendait à accroître la force du pouvoir central, de manière qu'il pût assurer une certaine unité au dedans et la dignité au dehors.

L'Espagne et le Portugal ne furent pas secoués, mais le mouvement, traversant l'océan, alla au Brésil. L'empereur Don Pedro ayant refusé de renvoyer des ministres impopulaires parce que, disait-il, « il était prêt à tout faire pour le peuple, mais rien par lui, » fut abandonné par ses troupes, même par sa garde d'honneur, et contraint d'abdiquer (7 avril).

Le mouvement national hongrois que conduisait le grand Magyar Szecheenyi et celui qui était destiné à le devenir, le jeune François Deak, fut accéléré et amena l'Empereur à convoquer la diète pour en obtenir régulièrement des levées.

Le Danemark, qui vivait sous l'absolutisme effréné de la loi royale de 1661, eut un réveil très violent ; de nombreux cercles s'ouvrirent à la vie publique ; le roi Frédéric dut concéder quelques institutions constitutionnelles qui produisirent une agitation passionnée, suscitèrent l'organisation d'un vigoureux parti démocratique.

La solide Angleterre elle-même subit l'impulsion. Le général Baudrand, envoyé en mission pour obtenir la reconnaissance du nouveau gouvernement, fut accueilli sur toute sa route par des ovations enthousiastes. On eût dit que le peuple anglais avait opéré lui aussi la révo-

lution, tant il en était exalté d'une ivresse triomphante. Lorsque le navire qui portait Charles X et sa famille entra dans la rade de Portsmouth, les Anglais accoururent en foule sur le port avec la cocarde tricolore. Le duc de Raguse ne fut pas plutôt débarqué qu'une multitude furieuse entoura sa voiture en proférant des menaces. Le roi qui venait de monter sur le trône, Guillaume IV, renvoya le ministère tory Wellington-x\berdeen et donna les affaires au ministère libéral Grey-Palmerston (novembre) dont le premier mot fut d'annoncer une réforme électorale ^

En Pologne, au lendemain même de notre Révolution, commença à régner une sourde agitation. Elle éclata en un soulèvement, à la nouvelle que l'armée polonaise allait être mise en état de guerre et dirigée contre la France. L'avant-garde, selon l'expression de Lafayette, se retourna contre le corps d'armée. Le 29 novembre, dans la nuit, les conspirateurs toujours en éveil s'insurgèrent, réunissant dans une même revendication leur cause et celle de la liberté des peuples (29 novembre 1830). Surpris,

1. La réforme rencontra de sérieuses difficultés: d'abord dans la Chambre des communes, puis dans la Chambre des lords, mais l'opinion publique se manifesta jusqu'à menacer d'un soulèvement, et les résistances s'aplanirent. L'acte de réforme de 1832 corrigea des imperfections dont on se plai» gnait depuis plus d'un demi-siècle. A partir de ce moment, on put dire que la Chambre était élue plutôt que nommée. Franqueville, Le gouvernement et Le ^parlement britanniques, tome II, chap. xxvi, v.

mal renseigné et maladroit, le grand-duc Constantin leur abandonna Varsovie, ce qui entraîna la défection de l'armée. Loubeçki eut encore une pensée de salut. S'étant assuré le concours du général Clopicki, vétéran de nos armées en Aragon, populaire et respecté, il tenta de se servir de la révolution en la dominant et d'obtenir du Tsar les réformes constitutionnelles et la consolidation définitive de l'indépendance du royaume. Vouloir aller au delà et prétendre se détacher de la Russie lui paraissait aussi insensé que « de vouloir atteindre le soleil avec une houe ». Il se rendit à Pétersbourg solliciter des concessions tandis que le général, devenu dictateur, essaierait d'imposer la modération aux révolutionnaires. Ils échouèrent tous les deux : le Tsar ne voulut rien concéder avant la soumission ; les révolutionnaires se refusèrent à rien abandonner: tout ou rien, répondirent-ils. Clopicki fut renversé, et Loubeçki déclaré plus que jamais un traître. On proclama la déchéance des Romanzoff et l'indépendance de toute la Pologne '25 janvier 1831). Peu de jours après, dans une procession patriotique, la cocarde tricolore était portée sur un coussin; des paysans racontèrent qu'ils avaient vu une grande armée franco-polonaise en marche, vers le nord, traverser, au clair de la lune, les brouillards de la Lithuanie.

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