NICOLAS
nistre français Rumigny se montra zélé à encourager la généreuse résistance de la Confédération suisse.
Ainsi, quelques années après la révolution de 1830, de 1832 à 1836, une réaction européenne semblable à celle de 1819 à 1821 avait une fois de plus triomphé des idées libérales et imposé aux peuples découragés une domination dont les plus optimistes n'entrevoyaient pas le terme. Metternich continue à être l'instrument actif de cette seconde réaction; cependant il a dès lors au-dessus de lui un personnage qui peu à peu, sans Tetfacer, le domine et apparaît à tous comme la personnification de la résistance aux idées modernes et à l'aspiration des peuples, l'empereur Nicolas.
Son frère Alexandre avait été jeté des idées libérales dans la réaction surtout par les résistances polonaises à ses intentions généreuses. Lui, y avait été disposé dès les premiers jours de son règne par la sédition militaire qu'il avait dû réprimer ; son action libérale en Grèce l'en avait écarté; l'insurrection polonaise l'y ramena et l'y fixa irrévocablement.
Aussi décidé que son frère était flottant, aussi tenace qu'il était mobile, aussi sûr qu'il était fuyant, Nicolas n'hésita plus un seul instant sur sa voie et son existence souveraine se déroula avec une droiture majestueuse. Il se considéra, dans les circonstances les plus diverses, comme l'envoyé du Très-Haut pour faire régner la justice et la gloire dans la sainte Russie sans cesse
260 KEMPIRE LIBÉRAL.
menacée par la révolte polonaise, l'ordre dans l'Occident miné par les idées subversives de la Révolution, la foi orthodoxe dans l'Orient assujetti à la domination de l'infidèle. Il se voua à cette triple tâche avec l'indomptable volonté d'un vaillant homme de devoir.
11 ne limita pas son action préservatrice de l'ordre social à la seule Russie, il prit l'habitude de considérer les affaires de l'Allemagne comme les siennes, y distribuant les décorations et les encouragements autant qu'à ses sujets; donnant ses princesses en mariage aux princes de la Confédération, et lui-même ouvrant sa famille aux princesses allemandes, avec cette différence toutefois que celles-ci, devenues Russes, abjuraient leur religion et que les princesses Russes, malgré leur mariage, conservaient la leur.'
Sa vie était rigide : il dormait sur un sac de cuir garni du foin apporté de ses écuries, ne buvait que de l'eau et mangeait peu; dès le matin , il revêtait son uniforme ; ni la littérature, ni les arts ne l'intéressaient; sa passion était la politique et la revue des troupes ; son admiration, Napoléon. A son heure aussi, surtout dans sa famille, lorsqu'il se roulait sur les tapis avec ses petits-enfants, il répandait autour de lui le charme de la familiarité affectueuse; habituellement, malgré la simplicité noble de ses manières, son aspect était sévère.
Droit et haut comme un sapin de ses forêts, ses traits étaient d'une régularité classique, mais sa bouche, petite et bien faite, souriait