‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 125 sur 240 · Mémoires, t. IV, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. IV, p

voyaient plus de modèles dans notre société bourgeoise. Il les séduisit comme il avait séduit les rois, par l'agrément de ses flatteries. On disait devant lui d'un des plus spirituels de ces dominateurs de l'avenir, en qui il se sentait déjà revivre, Thiers : « Il est parvenu. — Non, ripostait-il, il est arrivé. )>De tels mots assurent des panégyriques. Il réussit si bien à se draper dans une gravité historique qu'il vit l'Académie des sciences morales et politiques, oublieuse ce jour-là du premier de ses noms, se lever tout entière à son entrée, comme si le Dieu de la sagesse politique venait apporter ses oracles.

Afin de ne laisser derrière lui aucun de ses actes contredit ou désavoué, et pour clore dignement par une imposture une existence toute d'imposture, il ne lui restait qu'à simuler une réconciliation avec l'Église : il n'y manqua ' pas. Après avoir dupé la terre, il voulut finir en dupant le ciel, oubliant qu'on ne le dupe pas. L'Église ne se montra pas exigeante ; satisfaite d'une rétractation, elle n'imposa aucune restitution. Le monde officiel, littéraire, financier fit cortège à sa dépouille*; le peuple n'y vint pas et mit comme post-scriptum à l'apothéose officielle , une anecdote apocryphe. La veille de sa mort, le roi était venu visiter le moribond. « Eh bien, prince, lui aurait-il dit^ comment êtes-vous? — Je souff're comme un damné. — Déjà, » aurait répondu le roi.

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