‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 127 sur 240 · Mémoires, t. IV, p · texte numérisé non relu

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coup moqué des hommes, pas assez, cependant, puisqu'il a encore des admirateurs. Il aimait la France, a dit récemment Tun d'eux. Certainement, comme Ton aime la ferme qui rend de gros revenus. Cet amour lui a rapporté une soixantaine de millions*. « Les hommes médiocres jouent un grand rôle dans les événements, a-t-il dit, uniquement parce qu'ils se sont trouvés là*. )) Cela explique ses succès, car en regardant de haut on peut juger médiocre un homme qui a beaucoup d'un certain esprit.

Chateaubriand l'a flagellé ; le chancelier Pasquier l'a jugé en magistrat; Lamartine, après avoir accumulé toutes les formes dithyrambiques de l'éloge, laissant échapper enfin sa pensée secrète, confesse le désenchantement caché sous son indulgence : « Je le classe, dit-il, parmi les hommes très supérieurs en intelligence, très inférieurs en conscience, qui professent, tout haut ou tout bas, à l'égard des formes sociales, la politique du mépris, coupable parce qu'elle désespère, mais politique bien explica-

\ . C'est le chiflfre établi par Sainte-Beuve dans sa remarquable étude, p. 62, 85, 95. On voit qu'il s*agit de bien autre chose que des gratifications et dons diplomatiques d'usage anciennement. La vénalité de Talleyrand, vigoureusement affirmée par Chateaubriand dans ses Mémoii*es, reconnue par Bulwer-Lytton dans sa belle étude, de notoriété publique parmi ses contemporains, a été matériellement démontrée en certains points dans la Biographie universelle de Michaud et dans celle de Didot. Les Mémoires du chancelier Pasquier la confirment par le détail. Causa finita est

2, Mémoires^ t. P% p. 68.

ble par le spectacle des impuissances éternelles des sages à améliorer la condition des insensés *. » Vitrolles est celui qui Fa le mieux défini : « Les deux mobiles de cette existence aux phases si yariées, a-t-il dit, ont été Tamour des femmes et Tamour de l'argent ; toute son ambition, loin d'être le but, n'a été que le moyen de satisfaire ces deux passions La politique était son indus-trie^. » Ceux qui ont mis leur patriotisme à détester Napoléon ont voulu faire de Talleyrand un homme d'État extraordinaire ; aux yeux de ses -contemporains, il fut surtout un intrigant hors ^air, le premier des politiciens. La politique était son industrie : c'est le mot définitif sur le diplomate d'Erfurl et de Vienne.

§ 6. — L\ FRANGE EST EXCLUE DU CONCERT EURO- PÉEN PAR LE TRAITÉ DU 15 JUILLET 1840. — FALLAIT-IL FAIRE LA GUERRE ?

Quoique sincèrement attaché à l'alliance anglaise et persuadé qu'elle était la garantie de cette paix à laquelle il mettait tant de prix, Louis-Philippe, en 1834, n'en était pas moins découragé que Talleyrand. Il déclarait avec tristesse à l'ambassadeur prussien qu'il n'avait eu à essuyer de l'Angleterre que méfiances et exigences.

Ces méfiances et ces exigences continuèrent

i. Entretien sur Gœthe.

• 2. MCmoireSf t. III, p. 443,

à se manifester dans les affaires d'Espagne. Là guerre civile un instant terminée par la défaite en Portugal de Miguel et de Carlos avait recommencé plus acharnée, et Tissue en paraissait incertaine. Le gouvernement de la reine Isabelle demanda à Paris et à Londres de rendre efficace par une intervention armée le traité de la quadruple alliance. Aussitôt le conflit commence entre les deux cabinets : Thiers opine pour que le désir de TEspagne accueilli, on recommence à rebours l'expédition de 1823; Palmerston s'y oppose (mai-juin 1835). Un an plus tard Palmerston réclame Tintervention; Thiers la refuse. Quelque temps après Thier& change d'avis et de nouveau veut intervenir; alors la résistance vient du roi. En thèse générale, Louis-Philippe était opposé à toute intervention : il pensait que même quand sur le moment elle sauve, les peuples n'aiment pas longtemps leur sauveur, pas plus que Martine n'aime le voisin qui la protège contre le bâton de Sganarelle. Dans les circonstances actuelles il craignait en s'engageant au midi de s'affaiblir sur le Rhin et sur les Alpes. Inflexible, selon son habitude, à demeurer le maître de sa politique étrangère, il notifie à son ministre : « qu'il ne lui céderait pas même s'il ameutait une majorité contre lui. » Thiers ne se rendant pas, il le renvoie (septembre 1836).

Une autre cause de rivalité, celle-là permanente, s'ajouta aux divergences de vues sur l'intervention. L'Espagne légendaire de Saragosse^

înaccessible à Fétranger, n'était plus qu'un souyenir : dans l'Espagne de la guerre civile, la préoccupation principale des partis en lutte, tout en proclamant avec magnificence dans leur superbe langue sonore, l'indépendance nationale, était de se fortifier de l'appui soit de la France, soit de l'Angleterre. Le parti constitutionnel modéré étant soutenu par l'ambassadeur français, les progressistes, ses adversaires, recherchèrent et obtinrent l'appui de l'ambassadeur anglais. Il en résulta des dissentiments, des récriminations, des chocs qui amenèrent décidément Palmerston « à ne plus attacher une valeur aussi grande aux relations intimes avec la France ^ »> .

Ces dispositions générales du ministre s'accrurent par le mariage de la jeune reine Victoria* récemment montée sur le trône d'Angleterre (20 juin 1837) avec le prince Albert de Saxe-Cobourg (10 février 1840). Ce prince fort distingué, séduisant et sérieux, très attaché aux intérêts de sa patrie, persuada à la jeune reine, qui l'aimait passionnément, que l'intérêt de l'Angleterre et celui de l'Allemagne étaient identiques ; il l'enlaça dans un réseau d'informations 4éfiantes, de conseils hostiles dont les bouts étaient tenus à Bruxelles et à Berlin. De ce moment il fut exactement vrai, comme Robert Peel s'en vantait avec Bunsen, « que la politique anglaise fut allemande et non française ».

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