A Granville, 16 avril
pressions populaires, préoccupé surtout de la crainte de paraître dupe ou faible. La confiance que Guizot plaça dans leur bonne volonté ne tarda pas à être soumise à de rudes épreuves : des deux côtés éclatèrent des dispositions malveillantes et blessées qui ne s'apaisèrent plus. En France ce fut à propos d'une convention sur le droit de visite; en Angleterre àToccasioivd'une tentative de notre part de conclure une union douanière avec la Belgique.
Deux conventions de 1831 et 1833 avaient établi entre la France et l'Angleterre, en vue de la répression de la vente des esclaves, un droit réciproque de visite qui se pratiquait, au grand profit de l'humanité, sans exciter de trop graves plaintes. Les diverses puissances ayant successivement accepté ce droit de visite, une nouvelle convention générale fut rédigée, reproduisant avec quelques modifications les anciens traités (20 décembre 1841). En temps ordinaire cet arrangement n'eût soulevé aucune objection. Par suite des amertumes récentes, il excita un mouvement national tel que, majorité et opposition s'unissant, Guizot fut obligé d'ajourner la ratificationà une date indéterminée (22 janvier 1842).
Les Anglais ne furent pas plus endurants à propos de l'union douanière négociée par nous avec la Belgique (10 juillet 1842). Notre prétendu ami Aberdeen adressa aux représentants de l'Angleterre à Berlin, Vienne et Pétersbourg, avec ordre de la communiquer, une dépêche dans laquelle il soutenait, invoquant la neutralité de
la Belgique, que les cabinets auraient le droit de s'opposer à une combinaison dangereuse pour l'équilibre européen (28 octobre 1842). « Prenez garde, nous notifiait-il à nous-mêmes, l'union douanière entre la Belgique et la France nous paraîtrait une atteinte à l'indépendance belge et conséquemmentaux traités qui l'ont fondée. » Le roi Léopold, toujours neutre de la môme façon, feignaitd'Mrepropiceànotreprojet, et,en réalité, s'accordait avec ceux qui empêchèrent sa réussite* .
Une éclaircie d'espérance se produisit à l'improviste dans cette situation tendue. La jeune reine Victoria vint spontanément visiter à Eu la famille royale (2 septembre 1843). Alors tout le passé paraît effacé. On eût dit un arc-en-ciel sur des nuages qui se dissipent. Guizot ne doute plus que l'avenir ne soit fixé ; dans son transport il se compare à Jeanne d'Arc, « elle a chassé les Anglais de France, il assure la paix entre la France et les Anglais. Ce jour-ci est pour lui ce que fut pour Jeanne d'Arc le sacre du roi à Reims ^ ))Une expression nouvelle caractérisera ces relations qui ne sont pas une alliance mais quelque chose de plus, une espèce de fusion de sentiments : ce sera l'entente cordiale.
Rêve de vanité d'un jour, que la cruelle réalité ne tarda pas à dissiper en fumée . Cette fois encore, desdeux côtés, presque simultanément, sedécouvrirent les dessous réels de cette entente cordiale.
L'amiral Dupetit-Thouars avait voulu nous