‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 16 sur 240 · Duchesse de Broglie · texte numérisé non relu

Duchesse de Broglie

humeur. Si on le prenait à deux heures du matin, à la suite d'une soirée passée dans le monde, on n'avait qu'à l'écouter patiemment, sans paraître le pénétrer : il jasait à tort et à travers, laissait échapper les secrets d'État les plus importants et commettait mille indiscrétions*. Il était particulièrement irrésistible à envelopper par le charme délicieux d'une flatterie exquise et comme involontaire. Bonaparte lui parlait de son projet de transporter sa bibliothèque à un étage supérieur de la Malmaison : « En effet, lui dit-il, vous ne pouvez habiter que sur les hauteurs. » — « Vous êtes un agioteur, lui disait Napoléon : combien avez-vous gagné avec moi ? — Je n'ai spéculé qu'une fois dans ma vie, repartit-il, j'ai acheté de la rente la veille du 18 brumaire. »

Prêtre sans vocation, homme d'Etat sans principes, avide de plaisirs, d'argent, d'importance ; en quête, à toutes les époques, du dominateur du jour pour s'en servir en le servant, « dès ses premières années, il n'avait eu d'autre règle que de se mettre à la disposition des événements » et, sans s'inquiéter d'aucun scrupule, « de ne pas élever d'obstacle entre l'occasion et lui, et de se réserver pour elle ^ ». Par prévision, il traitait ses ennemis comme s'ils devaient être ses

Page 1